Des femmes s’expriment par les arts plastiques en Haïti ?
Écouter l'article
Du 16 janvier au 13 février 2022, elles sont nombreuses les femmes qui manifestent à travers leurs talents inscrits dans les arts plastiques, pour mieux porter leur vision du monde, leur discours esthétique et leur sensibilité picturale.
Des couleurs vives portées par Rose-Marie Desruisseau, Tessa Mars, Barbara Prezeau, Luce Turnier, Marie-José Nadal ou des figures peu connues ou même oubliées comme Madame Henry, Gladys Laurent. Ces dernières, dans leurs démarches hautement primitives, présentent des scènes de la vie courante et de la campagne, entre le football, les filles qui se dirigent vers la rivière, et d’autres personnages anonymes qui seront immortalisées par la palette de ces femmes peintres.
Des couleurs sombres traversent les palettes de ces créatrices, comme un miroir qui cherche à traduire la profondeur de leurs rêves, de leur silence, de leur déboire et de tous les maux qui ornent le quotidien de ces femmes issues autant de l'élite que des communautés marginales du pays.
Des artistes encore vivants se croisent avec des femmes parties il y a des mois, des années et des décennies. Marie-José Nadal, Luce Turnier, Rose Marie Desruisseau, Tamara Baussan, Andrée Georges Naude, parmi d’autres. Ces immortelles sont pourtant si présentes dans les grandes collections de peintures haïtiennes, établies en Haïti et se trouvant à l’étranger, appartenant à des musées, des institutions philanthropiques et des personnalités avisées.
Des figures contemporaines encore dynamiques sur la scène culturelle locale et internationale comme Pascal Monnin, Sergine André, Pascale Faublas, Michele Manuel, Tessa Mars, Barbara Prézeau Stephenson, entre autres, sont présentes. Ces dernières s’inscrivent dans la grande majorité des cas dans des tendances qui reflètent certaines approches modernes. Entre les supports, les médiums, les discours et le croisement des cultures, ces femmes peintre plasticiennes se démarquent de plus en plus des représentations classiques des œuvres d’art pour tenter d’innover tant dans la forme, les sujets et les matériaux combinés.
Des aquarelles sur papier de Marie-José Nadal, des collages, des encres et lithographie sur papier, des sérigraphies sur papier de Luce Turnier, de la peinture acrylique sur toile, de l’huile sur Masonite, des gravures sur papier, de l’huile sur Masonite, ce sont autant de techniques parmi d’autres qui permettent de retracer l'évolution de l’art haïtien au féminin pluriel. Ces œuvres permettent à la fois de comprendre et d’apprendre la démarche technique de ces femmes, dans des contextes particuliers d’initiation, de création et d’innovation dans leur génération respective.
Dans les créations de Sergine André, il y a cette forte influence des temps sombres qui rappellent un peu la neige. Ses principales œuvres inscrites dans cette exposition finissent par libérer une certaine énergie dans la salle, à force de tenter de pénétrer la profondeur des sujets de l’artiste.
D’autres noms comme Marie-Nérette Lubin, Barbara Aubin, Hilda Williams, Mafalda Nicolas Mondestin, tout en étant très peu visibles dans cette exposition, offrent une certaine diversité picturale entre les temps d’une détente et une quête d'originalité. On ne laissera pas cette exposition sans s’accrocher aux œuvres qui rappellent le mouvement Saint-Soleil. Louisiane Saint-Fleurant est bel et bien présente dans cette manifestation de couleurs vives et du vivre ensemble des femmes, imposées par la démarche scénographique de la commissaire de l’exposition.
De la sociologie de l’art haïtien, aux couleurs féminines, qui se réinvente dans cette aventure picturale. Des femmes qui viennent et vivent dans des milieux socio culturels opposés, mais qui partagent le même espace, sans faire des jalouses. Au ton de leurs palettes, chacune tente de confirmer leur passion pour l’art, dans une sorte de dépassement pour certaines, et d’affirmation pour d’autres. Édith Lataillade-Hollant, Elzire Malebranche, André-Georges Naudé sont à retenir dans cette sélection.
De la flore à la faune, des feuilles aux fleurs, des personnages imaginaires aux portraits des hommes et des femmes mis à nu, cette exposition propose une sélection de femmes qui osent défier les limites de la société, de leurs générations en particulier. Ces œuvres retenues et présentées témoignent d’une volonté d’inscrire de manière totalement différente la marche des femmes dans l’histoire de l’art.
De nombreux noms se sont associés aussi dans cette exposition et dans la publication qui l’accompagne, en dehors de Régine Cuzin, qui assure le rôle de la commissaire d’exposition. On peut citer d’autres noms comme : Guy Régis Junior de l’Association Quatre chemins, Michèle Duvivier Pierre-Louis en tant que présidente du Centre d’art, Emmelie Prophète-Milcé, actuelle ministre de la Culture, Allenby Augustin directeur du Centre d’art, parmi d’autres.
Dans ce catalogue qui accompagne cette exposition, il sera possible d’apprécier les regards croisés des acteurs culturels retenus pour aborder cette double dimension de l’art et de la femme dans la culture haïtienne. « Vives » est à voir dans les décors de la Maison Dufort.
Dominique Domerçant
1 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Françoise Sch.
Puis-je avoir les coordonnées de Mme Gladys Henri ? Merci