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Asmaa Ezzarougui figure emblématique d’une génération propre et talentueuse

Asmaa Ezzarougui figure emblématique d’une génération propre et talentueuse

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En parlant de mon enfance, j’ai grandi dans un environnement calme et naturel, entouré de champs verdoyants, colorés de rouge sous un ciel bleu, avec le chant des oiseaux jouant de magnifiques symphonies. J’ai vraiment eu une enfance belle et innocente, mais très difficile pour plusieurs raisons, notamment la pauvreté. Nous étions totalement isolés du progrès. La télévision était notre seul lien avec un monde auquel nous n’avions pas accès.

Pourtant, j’ai pratiqué l’art de manière inconsciente : je sculptais l’argile, je redessinais et je peignais sur les murs et les portes avec du charbon, de la pierre et de la craie. Ce qui me fascinait le plus, c’était dessiner des yeux et des figures féminines. Je m’appelle Asmaa Ezzarougui, je suis marocaine, née en 1998 dans la région de Tafetachte, un petit village situé à environ 53 km de la célèbre ville d’Essaouira, connue comme la “ville des vents”, mais aussi pour sa richesse culturelle, artistique et spirituelle. J’y retourne de temps en temps depuis que j’ai grandi. Lorsque j’ai intégré l’école primaire, j’ai découvert une matière appelée “éducation artistique”. Ce fut une révélation pour moi : chaque cours était comme une boîte à merveilles, un trésor à explorer. Cependant, à l’âge de douze ans, j’ai décidé d’abandonner cet univers en moi pour me consacrer pleinement à mes études. Je voulais accéder à l’université, peut-être devenir enseignante. J’ai persévéré dans le cycle préparatoire et au lycée malgré les difficultés, ce qui m’a appris la patience. J’ai marché des kilomètres et des kilomètres pour poursuivre mes études, relever des défis et apprendre. Et j’ai réussi. Puis, j’ai choisi d’étudier le droit… et c’est là que tout a basculé. Ces études ont exigé énormément de temps et d’efforts, mais j’ai fini par échouer de manière désastreuse. Cet échec a affecté ma relation avec moi-même, puis avec ma famille, et enfin avec le monde entier. Je suis tombée dans une phase de désespoir profond.

J’ai traversé une période de troubles psychologiques que l’on pourrait qualifier de dépression. J’avais l’impression d’être un enfant perdu dans l’obscurité, avec un corps épuisé et un esprit éparpillé. Il n’y avait ni lumière, ni espoir, seulement des cauchemars, des pensées oppressantes, la solitude et les regards durs des autres.

Mais il y a Dieu, la foi… Et c’est cela qui a marqué un tournant. Je vivais des moments de méditation, des instants de connexion profonde avec mon Créateur, surtout la nuit. Dans ces moments-là, lorsque je fermais les yeux, je voyais des toiles colorées, des éclats de lumière dansant devant moi comme une danse de flamenco envoûtante.

Si l’on parvient à voir les vraies couleurs qui s’entrelacent et se répondent, alors on est chanceux. Pour moi, les couleurs sont une forme de guérison, un reflet de la santé mentale et une représentation fidèle de ce qui habite l’âme. Dans mes tableaux, les couleurs sont les épices, la magie, un langage sans mots.

Ma culture marocaine joue un rôle essentiel dans mon art. Elle est d’une richesse infinie, nourrie d’influences multiples. Et puis, il y a l’impact envoûtant de la musique Gnawa, qui me transporte jusqu’à la transe. Cette musique spirituelle fait vibrer les cordes de mon âme et résonner les tambours de la créativité dans mon esprit. Elle m’offre une liberté totale d’expression : je trace mes lignes au rythme des mélodies, comme une âme en extase. C’est ce qui me pousse vers l’art naïf. Je libère l’enfant passionné qui sommeille en moi, sans chercher à le restreindre par des règles. Ce jaune éclatant là-bas, ce rouge audacieux ici… C’est la passion. Mais il n’est pas facile de s’exprimer à travers l’art plastique, surtout face aux défis que j’ai rencontrés en tant que jeune femme sans emploi ni revenu. Comment acheter du matériel de peinture et des toiles dans ces conditions ? J’ai cherché du travail à plusieurs reprises, mais en vain. Finalement, j’ai affronté la réalité et refusé d’abandonner. J’ai tout fait : le ménage, la vaisselle, la cuisine… Tout cela pour continuer à poursuivre ma passion.

Il faut un courage immense pour exercer des travaux pénibles, non pas pour survivre, mais pour se sentir vivant. Car pour moi, l’art, c’est la vie.

Peut-être que tout cela marque la naissance d’une créativité qui cherche à émerger du plus profond de moi, à respirer. Acheter des peintures et des pinceaux reste un combat, car ils sont très chers pour moi. Mais aujourd’hui, je me sens forte, patiente et persévérante. Je n’ai peur de rien et j’affronte les défis de la vie avec diplomatie, avec la sagesse de persévérer et d’investir dans l’art.

Mon objectif actuel est d’organiser des expositions d’art, nationales et internationales. Je cherche la beauté, tout ce qui est noble… Et je n’oublie jamais que la clé réside d’abord dans la foi, puis dans la patience.

 

Godson Moulite

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Asmaa Ezzarougui

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