William Smarth: toute une vie!
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« Haïti aura-t-elle son pape » ? Telle est la question posée dans le dernier film d'Arnold Antonin, consacré à la vie pastorale du père William Smarth. Il aura fallu la persévérance du cinéaste pour réaliser cette biographie filmée d'un homme de Dieu, connu pour sa simplicité et sa pudeur. Un être d'exception, qui choisit de se fondre dans la foule de ses concitoyens et refuse tout statut particulier.
Dans ce contexte, le cinéaste a précisé que le titre du film n'a rien à voir avec l'actualité concernant la maladie du pape. Il a été choisi bien avant les événements récents au Vatican. Quoi qu'il en soit, tout en étant un témoignage sur la vie d'un homme, le film offre également une rare revue de plusieurs décennies de pratiques ecclésiales, tant en Haïti qu'en diaspora.
La caméra d'Arnold nous guide entre Cavaillon et les Cayes, chez les Smarth. Nous découvrons la vie bucolique et studieuse d'une grande famille dont les membres, frères et sœurs, ont tous consacré leur existence à servir leur pays ou leur communauté ecclésiale. William Smarth a consacré sa vie à la vocation sacerdotale, sous l'influence de sa mère. D'ailleurs, son grand frère, Lucien Smarth et sa sœur ont également choisi la même voie.
Le père Smarth a rapidement compris qu'une véritable pastorale de justice ne pouvait se faire qu'en créole. C'est ainsi qu'il s'engagea, aux côtés d'une équipe vaillante, dans la traduction des textes liturgiques en créole. À l'époque, une messe sans latin ou français était considérée comme une offense envers le Très-Haut. Le jeune prélat se retrouva alors plongé dans l'univers répressif de la dictature. En ces temps-là, il fallait «se parler par signes», pour répéter le très regretté Anthony Phelps. Toute évangélisation émancipatrice était perçue comme subversive. Ce fut le début d'une série d'assignations à résidence et d'exils, que le père Smarth accepta comme faisant partie de sa vie de sacrifice, sans jamais renoncer à son idéal de justice.
Le film se déroule autour d'un homme, de son sacerdoce et de son engagement communautaire, tout en offrant une "radiographie" d'une Église haïtienne cherchant sa voie entre une orthodoxie conservatrice et les fractures causées par le Concile Vatican II.
Il convient de noter que les prémices de ce qui deviendra plus tard la théologie de la libération en Amérique latine commençaient à émerger au Petit Séminaire Collège Saint-Martial, véritable ruche bourdonnante d'idées nouvelles. Durant les années de braise, alors que le dictateur montrait ses crocs, les Pères du Saint-Esprit écrivaient, à leur manière, une histoire de la pensée sociale haïtienne. Cette pensée était profondément influencée par le personnalisme du philosophe Emmanuel Mounier. Les Pères Antoine Adrien, Ernest Verdieu, Max Dominique et Claude allumèrent, chez les jeunes des années 60, la flamme de la conscience : conférences, lectures publiques, cours magistraux, pèlerinages. Tout était prétexte à l'épanouissement d'une pensée critique, alors même que la chape de plomb du régime duvaliériste servait d'éteignoir à toute forme de réflexion qui osait s'écarter des chemins balisés par le pouvoir.
Des sociologues, des supérieurs de congrégations et des personnalités connues de la société civile ont témoigné sur la vie de William Smarth. Laenec Hurbon, Michel Eugène, Kesta Augustin, Laurent Pierre, Lucien Smarth, Hérold Toussaint, Colette Lespinasse, Paul Corbanese, Julien Jumelle, Ludovic Cauvin et Baudelaire Martial ont également analysé le rôle social de l'Église. Ils ont, sans détour, abordé pour la première fois publiquement les failles éthiques au sein de certaines communautés pastorales, tout en reconnaissant les contributions majeures des églises dans le domaine de l'éducation et de l'accompagnement humanitaire du "peuple de Dieu".
Des années 60 à aujourd'hui, en passant par le flirt «incestueux» de la religion avec le pouvoir dans les années 90, le film ouvre largement les fenêtres sur des vies parfois discrètes, mais aussi sur une phalange de «justes» qui ont vécu sincèrement leur foi à la lumière de la doctrine.
Roody Edmé
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