Recoller les ossements
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«Recoller les ossements», est une rubrique de poésie dirigée par l'écrivain et critique littéraire Feguerson Fegg THERMIDOR. Face aux actes barbares qui ravagent Haïti, cette initiative utilise la poésie comme un baume pour apaiser les plaies et résister à l'obscurité.
Le premier numéro met à l'honneur Feguerson Fegg THERMIDOR, initiateur de cette rubrique engagée, où chaque mot tente de réparer les fractures d'une société meurtrie.
I
Je vis en toi avec le mensonge de toutes les époques
Voix coincée dans l’ironie des saisons
Une fleur pousse dans ma main mon sang devient chanson Dans une ville qui ment
Comment apprendre à l’enfant à dire bonjour
Dans une voix réduite en cendres
Dans un pays nos yeux chambres de cadavres
La douleur pénètre les phrases
atteint l’os des rues
Avares de sang
II
Je vis avec logorrhée des saisons d’hier
imbibe moi-même
Temps décrépi imbroglio
Dans la bêtise du ciel sexualité avortée
mon nom note de musique effacée
Des mélodies chauves mort sur une croix à Guantánamo
III
Peyi a deplòtonnen
lespwa kanyank kanyank
simityè bwè dlo sou vant nou
dlo je nou neye nigrit vil la
souvni tòdye nanm nou
men kè m ap fè foto palè nasyonal mezanmi
tout ri Pòtoprens
pote parabòl sou tèt bouch yo
lè kò m tounen echèk
vwa nou gen foli envante moun
kè m tounen moso papye
peyi a ekri non tout fanm
Twotwa mòde nan lonbrit
kite m di w cheri
kòman peyi a leve lè bri bal tounen bo
suiv bonnanj nou
san n jwe
marèl sou kò nou
lari jwe ak bonnanj ti bebe
n ap degoute souf
lanmò ap degoute nou
syèl nou chire vwa nou tounen mizik
envante malè nou
m ap di nou sa
anverite
m pè bonnanj mwen
IV
limanite manje idantite nou
lenfini blese souf mwen
yon ti bebe fenk fèt
pote doulè Pòtoprens sou vant li
kè m gwòs inosans timoun
k ap bay limanite manti ak kò yo
lannuit site non tout fanm twotwa joure
V
...âme ville de Jéricho lassée, ma terre s'ouvre aux ténèbres
Mon âge frais, recoin funeste, je baptise ma volupté en larmes mes bras saignent
J'ai un tourbillon dans ma gorge, mon cœur livre endommagé
Des chapitres saignés
J'abreuve ma solitude, poumon en flaque, torchon de mes blessures
La douleur de Port-au-Prince aux yeux brisés est morte sur tes hanches
La ville n'a pas de souffle, rescousse languissante
Enchevêtre des temps d'appocalypse
Ici- bas, vie trouble la mort en liesse
Mes euphories saignent comme saigne nuit en transe
J'ai des sables dans ma voix, ma poitrine, nids des maux solitaires
Les enfants jouent au malheur, Haïti malédiction des époques folles
Dis- moi, ma ville, qui te guérit lorsque les saisons t'ont blessée?
Dans le ventre de mes phrases écorchées, cimetière ébloui
Ma vie nef sombre du monde regard fatale des horizons
Ma souffrance blanche, éclat de malheur, dérivée des martyrs fragiles
Mon sang symbole de Golgotha blasé
J'ouvre ma vie à la moisson, je récolte grain de sables
Mon ébat sans abat dolent
Mon âme soubresaut, temps junché
Ma main saison douloureuse a trahi mes poèmes, ramasse nuit funeste
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