Un Grand Prix des Arts pour Franck Étienne : Un projet inachevé!
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« J’ai tout fait pour la création de ce prix et je ferai tout pour que ce projet se concrétise »
En 2007, le ministre de la Culture de l’époque, l’Architecte Daniel Elie, m’a demandé de l’accompagner chez Frankétienne. Il voulait le rencontrer, échanger avec lui, s’imprégner de sa pensée foisonnante. Ils se sont longuement parlé, pendant au moins deux heures, dans cette atmosphère dense et vibrante qui naît lorsqu’un grand esprit en rencontre un autre.
Sur le chemin du retour, Daniel Elie, visiblement touché par la conversation, m’a fait part de son désir de rendre hommage à Franck d’une manière grandiose. Il m’a alors confié une mission : préparer un dossier pour la création d’un Grand Prix des Arts destiné à honorer Frankétienne. Ce prix, imaginé comme une reconnaissance ultime du génie artistique et littéraire haïtien, aurait dû être décerné à Franck en premier. Il avait aussi en tête d’honorer Levoy Exil l’année suivante.
L’enthousiasme était là, la volonté aussi. Mais le temps nous a filé entre les doigts. En ces jours-là, Franck préparait une grande exposition de vingt tableaux monumentaux au Musée d’Art. Pris dans le tourbillon de la création, accaparé par les contraintes administratives, le projet de Grand Prix des Arts s’est progressivement effacé devant l’urgence du quotidien. L’opportunité s’est diluée dans l’attente, jusqu’à disparaître.
Les années ont passé. J’ai tenté, inlassablement, de raviver cette flamme. À chaque ministre qui se succédait, je rappelais l’idée, je plaidais pour que cette reconnaissance prenne vie. Mais je n’étais pas la voix qu’ils voulaient entendre. Il y avait toujours d’autres priorités, d’autres urgences, d’autres projets. Le Grand Prix des Arts pour Franckétienne est resté une esquisse inachevée, une ambition suspendue dans le vide.
Et voilà qu’aujourd’hui, Franck est parti. Comme souvent, la mort agit comme un révélateur. Ceux qui l’ignoraient hier l’encensent aujourd’hui. Ceux qui doutaient de son génie proclament leur admiration. Peut-être que c’est ainsi que les choses doivent être. Peut-être est-ce mieux ainsi. Franck, avec son ironie mordante et sa lucidité implacable, aurait sans doute trouvé cela amusant. Il connaissait les travers de son époque et de ses contemporains. C’est pourquoi il a écrit cette phrase percutante : « Je suis un génial mégalomane… » Il avait pris soin d’en donner l’explication.
Aujourd’hui, il est trop tard pour lui décerner un prix de son vivant. Mais est-il trop tard pour honorer sa mémoire ? Peut-être que son départ pourrait enfin ouvrir une porte : celle de la générosité. Une reconnaissance tardive vaut mieux que l’oubli. Et si, au lieu d’être un simple tribut posthume, ce Grand Prix des Arts voyait enfin le jour pour célébrer, chaque année, les créateurs haïtiens d’exception ? Ce serait un bel hommage à Franckétienne et à tous ceux qui, comme lui, ont fait vibrer la culture haïtienne dans toute sa splendeur.
Si la mort de Franck pouvait nous offrir cela, alors, quelque part, il en rirait encore.
Yves Lafortune, MAP, AV
PH. D Candidate In Public Policy & Administration
Member Of the National Society of Leadership and Success ( USA)
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