Hommage
POUR FRANKÉTIENNE
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Frankétienne n’est pas mort
Un monument ne peut pas mourir
Frankétienne n’est pas mort
Il est juste passé de l’autre côté
Il nous regarde avec son air malicieux
Lui le professeur qui a nourri les cerveaux
de milliers et de milliers de jeunes Haïtiens
Lui cet écrivain géant
dont la langue inventive et imagée
a hissé le créole sur un piédestal mondial
Lui le peintre exceptionnel
à nul autre pareil
au talent inimitable...
Frankétienne n’est pas mort
Lui cet enfant d’Haïti,
né, comme mon père, un 12 avril
L’un dans le Nord, l’autre dans le Sud
Lui qui a toujours voulu habiter
et vivre dans son pays natal
Dans cette capitale
Port-au-Prince
qui se décompose sous ses yeux
sous nos yeux
Dans cette capitale
Port-au-Prince
Où les gens meurent
dans l’indifférence générale
dans un pays en paix, pourtant
Frankétienne n’est pas mort
Lui qui n’a jamais cessé
de hurler sa rage
contre tous les corrompus
sous toutes les formes
Frankétienne n’est pas mort
Son indignation le maintient toujours en vie
Lui qui disait profiter de chaque minute,
de chaque heure, de chaque jour qui passe
Dans ce pays où l’on meure comme l’on respire
Frankétienne n’est pas mort
Il fut nommé « Artiste pour la Paix »
par l’Unesco en 2010
Aussi nommé pour le Nobel de Littérature
Frankétienne n’est pas mort
Il a encore tant à dire
Sa voix de stentor continuera
de retentir depuis l’au-delà
Frankétienne n’est pas mort
Il est juste passé de l’autre côté
Paris, 21 février 2025
Chantal Guerrier
N.d.l.r. :
* Chantal Guerrier est une journaliste haitiano-française. Elle travaille pour le quotidien français, « Le Figaro »
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