Frankétienne, l’astre spiralé s’éteint
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Le grand architecte des spirales s’est éclipsé. En ce jeudi 20 février 2025, Frankétienne a rendu son dernier soupir en sa résidence à Delmas, emportant avec lui l’écho d’une voix qui résonnait comme un cri incandescent dans la nuit haïtienne. Celui qui maniait les mots comme des lames de lumière, celui qui tissait des labyrinthes de sons et de couleurs, a déposé sa plume à jamais.
Né Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d’Argent, le 12 avril 1936 à Ravine-Sèche, une modeste localité de Saint-Marc, il fut un enfant du vent et de la résistance, élevé par une mère à l’ombre du destin. L’abandon du père n’entacha point sa soif d’absolu. Très tôt, il comprit que la parole serait son refuge et son arme, que l’écriture, la peinture et la musique seraient les sentiers de sa révolte et de son illumination.
Frankétienne ne se contenta pas d’écrire, il réinventa la langue. Père du mouvement spiraliste, il entrelaça les rythmes et les images, sculpta des fresques littéraires où le chaos et la beauté s’étreignaient. Son œuvre, portée par l’ébullition de son génie, naviguait entre le tumulte et la transe, entre l’éveil et le vertige. Mûr à crever, Dézafi, Ultravocal... Autant de brûlures jetées sur le papier, autant de passerelles entre l’homme et l’infini.
L’enseignant, le poète, le dramaturge et le peintre ont fusionné en un seul être, une comète incandescente qui traversa le ciel tourmenté d’Haïti. Son théâtre, flamboyant et incisif, réveillait les consciences endormies. Sa peinture, telle une explosion de songes, racontait la révolte des formes et des couleurs. Il était un artisan du cri, un sculpteur d’émotions brutes.
Dans les ruelles du Bel-Air, où il grandit, il comprit que l’art ne pouvait être un simple ornement mais un brasier, un combat. Il forgea un langage où le créole s’imposa avec puissance, faisant vibrer les cœurs et les mémoires d’un peuple en quête de rédemption. Avec Pèlin Tèt et Dézafi, il donna au créole haïtien ses lettres de noblesse littéraire, l’érigeant en langue de la révolte et de la poésie.
Aujourd’hui, les mots pleurent leur maître, les pages frémissent d’absence, les toiles se figent dans une mélancolie muette. Haïti perd l’un de ses phares, l’un de ses prophètes. Mais, les étoiles ne meurent jamais vraiment : elles se transforment, elles chuchotent encore dans le silence des nuits. L’œuvre de Frankétienne, monumentale et indomptable, continuera d’illuminer les âmes affamées de beauté et de liberté.
Il s’en est allé, mais son écho demeure, vibrant dans chaque spirale de son héritage. Là où les ombres et les rêves se croisent, là où les mots deviennent des flèches et des flammes, Frankétienne nous parle encore.
Aterson-N Sainval
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