«Ench ap li» : Le Festival des idées qui favorise la créativité, la réflexion et l’engagement communautaire
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Porté par Le Réseau de l’Intelligence appliquée en Haïti (RIAH) est l’organisateur principal du Festival des idées Ench Ap li veut être depuis sa création un moteur dans la promotion de l’éducation, de la culture et du patrimoine en Haïti. Ench ap li entend incarner cette vision, en mettant en avant des initiatives qui favorisent la réflexion, la créativité et l'engagement communautaire. Ce festival se distingue par sa capacité à rassembler des publics variés autour d’activités innovantes et enrichissantes, toutes orientées vers la valorisation des savoirs et des patrimoines locaux.Le rideau vient de tomber sur la cinquième édition de ce festival. Le National a rencontré Malachy Bastien , tête pensante de cette activité . Il revient pour les lecteurs du journal Le National en particulier et du public haïtien en général sur les temps forts de la cinquième édition du Festival des idées Ench ap li. Entretien.
Le National : Comment s’est déroulée la cinquième édition du Festival des idées Ench AP li ?
Malachy Bastien : La 5e édition du Festival des Idées « Ench ap li » a été lancée avec succès le 27 octobre 2024 à la Bibliothèque Municipale de Hinche autour du thème : « an n kreye atraksyon patrimonyal an Ayiti », marquant une nouvelle étape dans la promotion de la culture et de la créativité haïtienne. La cérémonie d’ouverture a débuté par les mots de bienvenue d’Ithamar Jean, donnant parfaitement le ton à cette journée de célébration et d’échanges. Malachy Bastien a produit une réflexion sur la pertinence de thème de ce festival pour cette année. La raison de choix de la date 27 octobre 2024, du lancement de la cinquième édition, en prélude de la journée célébration de langue et de la culture créole. Il a fait une brève présentation sur l’origine du Festival et sa mission. Joslyn Prévilus élabore sur la problématique de lecture dans la ville de Hinche. Cette intervention a stimulé plusieurs réactions auprès des invités. Les participants ont découvert un programme riche et varié pour cette édition, comprenant de nombreuses activités telles que « Blag Lakay ». La scène a ensuite accueilli la danseuse LaLa, qui a présenté une danse inspirée de la culture haïtienne. Le slameur Baka a offert une performance marquante avec un poème intitulé « Ti bon Nanm », suivie d’une intervention de Maître Yoobensly Saint Fleur, qui a mis en lumière l’importance de la langue créole dans la culture et l’éducation en Haïti. Guedner Louis a ensuite apporté une touche musicale entraînante, ajoutant à l’ambiance festive de la soirée. Venue de Jacmel, Angeline Pierre a ému le public avec une interprétation a cappella poignante, suivie de Madame LaLa et de l’artiste hinchoise Ruth Théodore, qui ont livré de belles interprétations en cappella, ajoutant une note d’authenticité à cette soirée inoubliable. Dans un geste de reconnaissance, l’équipe organisatrice a partagé un moment symbolique avec les invités et les organisations ayant répondu positivement à l'invitation au lancement du festival, telles que “AJPECBH, UCRAH, ASOJEDHAI, CECAREE, REZO CLE département du Centre, Voix d’or communication, SOS talent, des dirigeant-e-s du MPP, des élèves du collège (Saint- André, Saint-Louis, Baptiste Conservatrice, Fondation Chrétienne) et du Lycée Dumarsais Estimé ; GTKPA”, en sablant le champagne. Des plaques d’honneur ont été remises à trois personnalités – Bony Joseph, Juyo Vany Sainvil, et Elysée Luckner Vil – pour leur contribution remarquable au succès du festival depuis sa création. L'événement s'est clôturé à 16h56 par les mots de remerciement de Patricia Menelas, membre du Festival des Idées, qui a invité les participants à suivre la page du festival sur les réseaux sociaux pour rester connectés à la programmation. Des photos commémoratives ont immortalisé ce moment. Le Festival des Idées « Ench ap li » s’affirme comme un carrefour d’inspiration et de dialogue pour les créateurs haïtiens, contribuant activement au rayonnement du patrimoine culturel du pays.
LN: Le public a-t-il été au rendez-vous ? Et quelles ont été leurs réactions dans chacune de vos activités ?
MB:Les jeunes ont été au rendez-vous dans nos activités. Ils/elles ont exprimé leur satisfaction de manière ouverte. Leur réaction et leur présence sont variées d’une activité à une autre.
LN: Quel est l’impact positif du Festival des idées dans la communauté Hincheloise ?
MB:Les retours que nous recevons sont très encourageants et reflètent un impact positif de nos initiatives. Nous constatons une implication croissante de la société civile, marquée par un engagement actif des différentes composantes de la communauté. En particulier, les jeunes écoliers et écolières manifestent un intérêt soutenu pour nos activités. Leur enthousiasme se traduit par une participation active aux côtés des chercheurs, contribuant ainsi à dynamiser les échanges et à enrichir les travaux en cours. Cette collaboration intergénérationnelle ne se limite pas à une simple curiosité, mais témoigne également d’un désir collectif de s’approprier et de valoriser le patrimoine culturel.
LN:Qu est-ce qui a différencié cette cinquième édition des éditions antérieures ?
MB:La différence se trouve au niveau de nos innovations. Par exemple avec la nouvelle stratégie communicationnelle, konbit manje tchaka autour du thème : an n ranmase patrimwàn kilinè ayisyen an nan manje tchaka et le théâtre des rues ayant du sujet : teyat popilè nan rezistans kont okipasyon militè an Ayiti.
LN: Les attentes des organisateurs ont elles été comblées ?
MB:L’évènement a été un succès en termes de qualité de l’organisation et de réseautage. Nos attentes ont été comblées à 75 %, parce que notre Festival est véritablement pauvre en ce qui a trait au sponsoring. Les institutions de sponsoring ne répondent pas vraiment à nos attentes. Elles n’intègrent pas notre cadre logique du dossier de sponsoring. Ce problème de financement engendre des difficultés puisqu’on est incapable d’atteindre nos objectifs. Nos initiatives visent à atteindre des objectifs stratégiques et significatifs: Renforcer les capacités des acteurs culturels, sensibiliser et former les acteurs culturels des communautés à l’importance du lien entre les activités de loisir et la valorisation du patrimoine. Cette démarche favorise une utilisation créative et éducative des ressources culturelles, tout en encourageant des approches novatrices pour leur préservation. Informer et engager la communauté : doter les membres de la communauté, les étudiants et les écoliers de connaissances essentielles sur la valorisation et la gestion du patrimoine. Cette sensibilisation contribue à développer une responsabilité collective envers la préservation des richesses culturelles locales. Promouvoir la lecture et l’écriture : cultiver chez les écoliers et étudiants une passion pour la lecture et l’écriture, outils fondamentaux pour la transmission des savoirs, la créativité, et la préservation des récits culturels. Conscientiser sur l’importance des figures historiques : sensibiliser la communauté à la nécessité de créer un espace d’interprétation dédié à François Borgia Charlemagne Péralte, figure emblématique du mouvement des Cacos durant l’occupation américaine en Haïti (1915-1920). Cet espace mettra en lumière son rôle dans la stratégie de lutte et de résistance, offrant une opportunité de réinterpréter et de valoriser cette période clé de l’histoire nationale.
LN: Venons maintenant aux causeries et débats. Comment les conférenciers ont-ils débattu les thématiques retenues pour cette édition ?
MB:Des conférences-débats permettent d’explorer des thématiques culturelles et sociales en profondeur, tandis que le théâtre forum invite les participants à réfléchir et à interagir autour de problématiques spécifiques. Des visites guidées sont également proposées pour mettre en lumière les richesses patrimoniales locales, offrant ainsi une approche immersive et éducative. Ces initiatives, variées et complémentaires, traduisent notre engagement à promouvoir l’éducation, la culture et l’interaction communautaire. Nous avons fait plusieurs conférences (respectivement deux en ligne et l’une en présentielle) parlant autour du patrimoine où les intervenants appliquent une démarche participative, le 1er novembre 2024, avec l’intervenant Théophilo Jarbath et Samuel Pierre sur le Sujet 1 : l’innovation technologique au service du patrimoine culturel en Haïti. Réflexions anthropologiques sur une absence de politique culturelle. Sujet 2 : wòl atraksyon patrimonyal nan bati lapè an Ayiti. Iléus Papillon était le modérateur. Le 9 novembre 2024 avec l’intervenant Emmanuel Stephane Laurent sur le sujet : Haïti – la préservation du patrimoine en temps de crise. Wiguentz Dumornay était le modérateur. Le 24 novembre 2024, avec l’intervenant Malachy Bastien sur le sujet : importance de la gestion intégrée et du tourisme solidaire dans la préservation du patrimoine naturel. Un atelier d’écriture pour les élèves le 30 novembre 2024 ayant pour thème : écrire pour résister. Cet atelier a été effectué par le guide Makendy Cadet. Entre 6 et 7 décembre 2024, une formation sur le théâtre populaire autour du thème : teyat popilè nan rezistans kont okipasyon militè an Ayiti. La restitution de ce théâtre s’était tenue le 7 décembre 2024, dans un défilé théâtral au sein de la ville de Hinche. Le 8 décembre 2024 ce Festival a été clôturé avec une visite guidée dans la commune de Boucan carré, spécialement à Cange : 500 marches. Plusieurs dizaines de jeunes avaient répondu à notre invitation et ont exprimé leur contentement pour cette exploration.
LN: Quelle est la place de la culture dans le département du Centre ?
MB: Sur le plan culturel, la ville de Hinche possède un ancien terrain de football appelé « terrain de Charlemagne Péralte », également connu sous le nom de « Teren kwèt ». Un nouveau terrain a été construit à Papaye, dans la troisième section communale de Hinche. Toutefois, cette construction, initiée sous l’administration Martelly – Lamothe, n’a pas été achevée. À Hinche, le football est pratiqué, mais peu de jeunes y réussissent. D’autres sports, comme le volleyball, sont également pratiqués à un niveau moyen. Cette ville ne possède pas de tradition littéraire, contrairement à d’autres grandes villes du pays comme Port-au-Prince, Cap-Haitien, Les Cayes, Gonaïves et Jérémie. En ce qui concerne la culture et les loisirs, la commune dispose seulement d’une bibliothèque naissante. Elle ne compte ni musée, ni salle de théâtre, ni centre d’interprétation, ni un véritable centre culturel. Cependant, des projets sont en cours pour la création de deux centres culturels : le Sant Kiltirèl Louvri Je (SKLJ) et le Centre Culturel Chavannes Jean-Baptiste (CJB). Des traditions carnavalesques existent à Hinche, mais elles n’ont pas l’ampleur de celles d’autres villes du pays, comme Jacmel, Cap-Haitien et Port-au-Prince. La ville est donc très pauvre en activités culturelles, ce qui limite les opportunités de développement intellectuel et récréatif pour les jeunes. Face à ce constat, l’anthropo-sociologue Malachy Bastien a lancé en 2020 le « Festival des idées – Ench ap li », visant à promouvoir la culture haïtienne et à améliorer les conditions environnementales pour valoriser le patrimoine naturel et culturel ainsi que les talents locaux. La coordination du Festival des idées a été l’initiatrice de plusieurs activités ciblant les jeunes de la communauté de Hinche. Car une carence de recréation a pour effet d’atrophier l’élan des jeunes du département du centre pour les choses de l’esprit. Nous pensons à faire du Festival des idées un point d'Impulsion pouvant favoriser l’éveil de la curiosité, le goût de la recherche et le sens de l'engagement communautaire. Nos champs d’action s’articulent autour d’un éventail varié d’activités visant à enrichir l’expérience culturelle et éducative des participants. Parmi celles-ci figurent des ateliers de lecture et d’écriture, des concours de textes pour encourager la créativité, ainsi que des formations sur la planification et la gestion événementielle, destinées à développer des compétences pratiques. Nous organisons également des ventes-signatures et des expositions de livres, offrant une plateforme de valorisation pour les auteurs et leurs œuvres.
Le National : Un dernier mot.
Malachy Bastien : Nous voulons que les entrepreneurs du département du Centre, spécialement à Hinche d’investir dans ce genre d’activité afin de contribuer à donner un autre sens à la vie et à l’avenir des jeunes au sein de la cité de Charlemagne Péralte. Un grand merci à tous les supporteurs et collaborateurs/trices de la cinquième édition du Festival des idées –Ench ap li et RIAH. Parmi eux : La colombe studio de Beauté, MK’art Production, Chavannes Jean-Baptiste, Top Services, SmartPlanner, Kay Baka, Bon ti grenn antrepriz, Ibolele-MPP, Festival Lago livres, Ecole Classico-Professionnelle du Centre (ECPC), Bibliothèque Municipale de Hinche, Roi Technologie, Okay ap li, Alexander Placide de l’émission Fenèt kiltirèl à la (RVP), Schultz Laurent Junior (Journal Le National), Joram Moncher (Lenouvelliste), Eguens Infos Culturelle, emisyon Konsonmen, emisyon Konpa Terapi (Guibens Joseph), Koze kilti –RFI, Chokarella, Alterradio –Fwote lide, etc. « Nou pa dwe janm bliye : rezilta inyorans se betiz ».
Propos recueillis par Schultz Laurent Junior
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