Julien Clerc, et si on chantait, les souffrances d’Haïti....
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Du plaisir à écouter des chansons qui parlent et inspirent, au désir de les adapter dans la réalité chaotique actuelle d’Haïti, Julien Clerc propose depuis plusieurs années, pratiquement tous les matériaux nécessaires pour illustrer le drame géopolitique de la première nation francophone d’Amérique.
Drame partagé, on se rappellera que Julien avait été retenu plus d’une fois, parmi les artistes qui chantaient en hommage aux victimes des actes terroristes en France. Il s’est ainsi rendu utile en chantant le 11 janvier 2015, bientôt dix ans, la composition « Utile », lors de la soirée d’hommage aux victimes des attentats de Charlie Hebdo. Un an après, le 15 octobre 2016, il allait reprendre ce même titre pour rendre hommage aux victimes de l’attentat de Nice, survenu le 14 juillet de la même année.
Difficile de dire : « Ce n’est rien », face aux récents massacres perpétrés en Haïti durant l’année 2024, c’est cracher sur la mémoire des dizaines et centaines de familles victimes dans le pays, comme partout ailleurs. À défaut de mobiliser à nouveau plusieurs grandes stars dans le monde au chevet d’Haïti, comme ce fut le cas au lendemain du séisme de 2010, je nous invite à revisiter le répertoire de Julien Clerc, où chaque titre et chanson parle pour Haïti dans la forme et le fond, par des phrases symboliques.
Demandez-vous combien de parents, et le nombre d’orphelins qui fuient au quotidien les différents quartiers de la capitale haïtienne et dans l’Artibonite ? Ces derniers, comme Julien Clerc, continuent de demander : « Fais-moi une place ? », non pas dans un cœur, mais de préférence dans la cour d’une vieille maison, ou dans le coin d’un édifice pour abriter les femmes et les enfants, ou d’autres proches orphelins de bien-être.
De 1968 à 2021, nous avons retenu une sélection de 27 albums produits par Julien Clerc, dont plusieurs titres qui pourraient bien se confondre à la première lecture, à ce sombre décor qui incarne Haïti en 2024. Vivre dans ce pays, à travers les douloureux souvenirs qui rappellent : « Les jours heureux », ce titre sorti en 2021, qui se perd ainsi dans l’imaginaire nostalgique d’un peuple fier et frère.
Détourné des intentions de déformer le sens de ces compositions originelles, encore moins pour les dénaturer. Il s’agira de puiser dans l’essence de ces mots et rythmes retenus à travers ces cris du chanteur, une somme d’émotions dans ces paroles (universelles certes), qui peuvent bien s’adapter dans ce nouvel acte historique.
Dans la chanson: « Utile », titre également de l’album sorti en 1992, Julien Clerc questionne dans les premiers mots. « A quoi sert une chanson si elle est désarmée ?". Face à une somme de compositions dans la musique haïtienne aussi désarmée et désengagée, on ne peut que se consoler dans les pièces comme : « Et si on chantait », « Ma préférence », « Si j’étais elle », qui nous invitent à ajouter ou remplacer elle par Haïti.
D’autres titres d’album tels que : Liberté, Égalité, Fraternité....ou la Mort, sortie en 1972, peuvent également inspirer les jeunes écoliers d’Haïti ? L’année suivante, en 1973, on se demande si le chanteur n’était pas aussi inspiré par le futur des Haïtiens, en nommant son album: « Ça fait pleurer le Bon Dieu ».
Dieu et le peuple haïtien tardent à se donner rendez-vous, face aux pays qui produisent et exportent en Haïti les armes de guerre utilisées par les terroristes haïtiens pour tuer les paisibles citoyens? « Jalou », le titre de l’album de 1978 de Julien Clerc, pourrait bien justifier un tel comportement.
Désespoir imposé comme seul recours à tout un peuple en plein 21e siècle, certains des privilégiés qui peuvent voyager vont jusqu’à témoigner à certaines personnes, les mêmes qui exportent le deuil dans les familles: « Souffrir par toi n’est pas souffrir. », un autre titre à retenir pour justifier cette triste réalité.
Des chansons de J.C., qui n’est ni Jude Célestin, Jonas Coffy, encore moins Jésus Christ, décrivent autant les souffrances et l’amertume de toute une nation, qui cherche à : « Partir », pour ne pas mourir.
Dans plusieurs quartiers, nous « Laissons entrer le soleil », juste pour ne pas asphyxier, par la fumée des maisons qui brûlent, ou l’odeur des corps calcinés qui portent l’ADN de Toussaint et de Dessalines.
Des titres qui portent tous la signature du célèbre compositeur Etienne Roda Gil, parmi d’autres textes profonds et inspirants, sont devenus intemporels au fil des ans.
Dans cette pièce majeure « Utile ». On revient et on retient dans ce tube qui traduit la réconciliation entre Julien Clerc et son parolier Étienne Roda Gil, des paroles: « Me disaient les Chiliens, bras ouverts poings serrés. Comme une langue ancienne qu’on voudrait massacrer. Je veux être utile, à vivre et à rêver.".
Dans ces phrases armées, même le silence parle jusqu’aux morts, et invite les survivants à se rendre utiles, en ouvrant leurs bras tout en gardant les poings serrés.
Depuis sa sortie le 8 décembre 1992, Utile, comme si c’était hier, propose une belle sélection de sujets et des mélodies. On peut citer: « Et je veux vivre là », comme un rappel aux criminels de loin et de proches qui souhaitent voir partir tous les Haïtiens de leur terre sacrée entre 1791 et 1804.
Devant cette arche de la migration imposée à la jeunesse, Julien Clerc tente de questionner dans un autre titre:"Noé", « Noé, pourquoi t’es pas sur le bateau ? Pourquoi t’a trouvé la voile et le drapeau ». De quel drapeau parle le chanteur ? Est-ce le bicolore partagé entre la France et la première République noire dans le monde ? A noter que JC nous a dit, qu’on a pris des menteurs pour dire qu’il fait chaud ! Ce soir c’est le déluge...
Dans la chanson: « Les séparés », qu’on aurait pu renommer également dans une adaptation à l’haïtienne: « Les déplacés », ou les deux. Combien de couples, de familles, de parents, de proches et d’enfants ont ete séparés durant les cinq dernières annees en Haiti ? Entre séparation, déplacement ou déportation, les Haïtiens se sont inventés un nouvel ordre mondial, tout en se déshumanisant sous le regard des autres nations et institutions.
Des chansons d’ici, et surtout d’ailleurs, peuvent rappeler la situation d’Haïti qui se mesure à l’aune de la « Solitude dans la foule », avant que Luck Mervil, s’éclipse dans la ville. Des mélomanes francophones pourront se contenter des vers et des verbes de Julien Clerc, pour traduire la déboire des familles et la mémoire des villes.
Dominique Domerçant
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