En marge du 11e Salon du livre haïtien :
Rencontre avec les Bruffaerts
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Il est 17h35, et je suis au rendez-vous fixé avec Josette et Jean-Claude Bruffaerts. Initialement prévu à 17 heures, Josette m’avait informé qu’elle aurait 15 minutes de retard. Finalement, elle n’a été retardée que de 5 minutes. Cette rigueur et cette attention à la ponctualité reflètent parfaitement sa personnalité. Peu importe la personne ou l’occasion, Josette s’efforce toujours d’être à l’heure, par respect pour les autres. C’est une marque de politesse et de souci du détail qui la caractérise si bien.
Comme à son habitude, elle était accompagnée de Jean-Claude. En cette période de Noël, la place Jeanne d’Arc dans le 13e arrondissement de Paris brille de mille feux. Les décorations illuminent la nuit, les étals des commerçants ajoutent une touche festive, et les deux rues qui surplombent la place sont impeccables.
Lorsqu’ils s’installent face à moi, l’énergie qu’ils dégagent est palpable et contagieuse. Jean-Claude, toujours aussi passionné, s’emploie à détailler avec enthousiasme des derniers aspects de l’organisation, tandis que Josette, malgré son sourire chaleureux, ne peut cacher une légère anxiété, portée par son désir que tout soit parfait, irréprochable. Ils se complètent admirablement, chacun prenant en charge un aspect différent de cette mission. Leur engagement est presque palpable, comme si l’urgence de ce projet les poussait à aller au-delà de leurs limites. Les Bruffaertz semblent insensibles à cette magie saisonnière de Noël. Leurs esprits sont ailleurs, déjà complètement focalisés pour le 11ᵉ Salon du Livre haïtien qui ouvrira ses portes samedi et dimanche de cette fin de semaine. ´
Un Salon qui dépasse la littérature
Le traditionnel coup d’envoi débute par une table ronde portant sur « Les 30 ans d’Haïti-Futur », animée par Josette Bruffaerts Thomas, présidente de l’association. Dans l’après-midi, à 15 heures, une autre table ronde, intitulée « Haïti dans la Caraïbe », sera animée par le géographe Jean-Marie Théodat, le journaliste Edwy Plenel et le sociologue haïtien Laënnec Hurbon. Le dimanche matin, un panel réunira des compatriotes venus directement d’Haïti, avec notamment la participation de Ginette Chérubin, autrice de Dans le ventre de la bête (2014) et de Sabine Malbranche qui vient de publier La Mémoire des lwa.
Pour eux, ce 11ᵉ Salon n’est pas seulement une question de littérature, mais une réponse à l’effacement de la mémoire, à l’obscurantisme qui guette Haïti, et à la marginalisation de ses voix. Jean-Claude évoque les défis logistiques avec minutie, et Josette, plus émotive, parle des tables rondes qu’elle espère comme des moments de réflexion intense. L’une d’elles, dédiée à « La littérature et la violence », semble la toucher particulièrement. « On ne peut pas ignorer la souffrance de notre peuple, ni la manière dont les écrivains la traduisent. », me confie-t-elle.
Malgré les obstacles, rien ne semble détourner les Bruffaertz de leur mission. Josette, perfectionniste, explique comment elle a passé une partie de sa journée à inspecter les livres, à relire les discours et à ajuster les derniers détails. Jean-Claude, quant à lui, continue de parler de ses archives photographiques avec une passion intacte. « C’est plus qu’un salon », me dit-il. « C’est un acte de foi en notre culture et en notre capacité à surmonter les ténèbres. »
Chez Josette Bruffaertz, tout respire la passion et la profondeur d’une vie dédiée à la culture et à l’histoire. Sa maison, véritable temple de l’art et de la littérature, est un univers foisonnant : des étagères débordant de livres en plusieurs langues, des objets d’art soigneusement disposés, des peintures, des sculptures, et des archives rares. Chaque pièce semble raconter une histoire, chaque objet témoigne d’un lien intime avec Haïti, sa culture et son identité.
Josette, perfectionniste jusqu’au bout des ongles
Josette, perfectionniste invétérée, s’affaire sans relâche. Ancienne élève du prestigieux Élie Dubois, réputé pour former des femmes d’une discipline et d’une rigueur exemplaires, elle incarne cet héritage. Dirigeant son association depuis trente ans, elle sait mobiliser et fédérer des bataillons de bénévoles autour de sa vision : une nouvelle Haïti, libre, éduquée et éclairée. Chaque détail doit être parfait pour l’événement. Rien n’échappe à son œil vigilant.
Mais derrière son énergie inépuisable se cache aussi une femme profondément touchée par les malheurs de son pays. Josette suit de près l’actualité haïtienne, avec ses tragédies récurrentes. Parfois, elle se laisse envahir par une amertume palpable. Elle tempête contre les injustices, les violences faites à son peuple, les espoirs sans cesse déçus. Pourtant, elle ne baisse jamais les bras. Sa maison, ses projets, et ce salon sont autant d’actes de résistance face au désespoir
Le Salon, cette année encore, n’est pas qu’un simple événement culturel. Il se veut un espace de réflexion, de débat et d’engagement. Parmi les moments forts, la table ronde du dimanche après-midi consacrée à « la littérature et la violence » promet d’être un échange marquant. Trois figures intellectuelles y prendront part : le professeur Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales à Sciences Po Paris, Obrillant Damus, chercheur en sociologie politique, et un troisième invité, Laennec Hurbon, qui intervient une deuxième au cours de cette rencontre. Autant dire que cette 11e édition promet, comme d’habitude, d’être riche en échanges, en découvertes et en moments mémorables. Entre la diversité des intervenants et la qualité des débats, tout semble réuni pour faire de cet événement un véritable succès.
Maguet Delva
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