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Le paradis bordel

Le paradis bordel

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Le cœur battant plus vite, elle s’approcha, prenant soin d’éviter les zombies qui, dans leur silence spectral, ne la remarquaient pas. La chaleur mordait ses joues, et son souffle devenait plus rapide. La lumière brillait toujours. Un espoir fragile, une lueur dans l’obscurité oppressante de ce monde en furie. Quand elle arriva près du bâtiment, elle fut frappée par l’odeur. Ce n’était pas celle de la décomposition, qu’elle connaissait trop bien, mais quelque chose de plus… vif, presque humain. Elle hésita un instant avant de pousser la porte de bois craquelée. Celle-ci grinça doucement, brisant le silence pour la première fois depuis des années.

À l’intérieur, l’obscurité l’enveloppa comme un manteau lourd, mais au fond de la pièce, une faible lueur pulsait, attirant son regard. En avançant, elle sentit une étrange énergie, comme si les murs eux-mêmes vibraient d’une vie passée. Des ombres dansaient autour d’elle, écho de souvenirs figés, tandis qu’une chaleur douce émanait du centre de la pièce.

Elle découvrit un cercle de lumière, où se tenait un objet ancien, une sorte de cristal, illuminé d’une lueur presque divine. La beauté du cristal la frappa, mais ce qui l’attirait le plus, c’était cette sensation de connexion, comme si l’objet connaissait son âme. Elle s’en approcha, son cœur s’accélérant à chaque pas, attirée par une force inexplicable. Le cristal semblait lui parler, une voix douce et persistante résonnant dans son esprit. Elle pouvait presque entendre des mots, des promesses de renaissance, de guérison. Était-ce un leurre, ou pouvait-elle vraiment trouver une issue à cette apocalypse ?

Soudain, un bruit sourd résonna derrière elle. Elle se retourna brusquement, le cœur au bord des lèvres. Un zombie, plus grotesque que les autres, s’était approché. Ses yeux vides, chargés de désespoir, la fixaient. Elle savait qu’elle n’avait que quelques secondes avant que cette créature ne se rue sur elle. Poussée par un instinct de survie, elle se jeta vers le cristal.

Au moment où ses doigts touchèrent la surface froide, une vague de chaleur la submergea. La lumière l’enveloppa, et elle ressentit une connexion intense avec l’univers entier. Les souvenirs de sa vie défilaient devant ses yeux : des rires, des pleurs, des visages aimés disparus. Le cristal pulsait au rythme de son cœur, comme s’il reconnaissait sa douleur et son espoir.

Mais la créature était toujours là, et la lumière commença à faiblir. Dans un dernier effort, elle concentra toute son énergie sur le cristal, priant pour que son appel soit entendu. La lumière éclata dans un éclat éblouissant, repoussant le zombie en arrière, et emportant avec elle toutes les ténèbres.

Quand la lumière se dissipa, elle se retrouva dans un paysage étrangement familier. Le monde avait changé, mais la beauté des collines et des champs lui était connue. Elle comprit alors qu’elle n’était pas seulement dans un autre lieu, mais dans un autre état d’être. La mort n’était pas une fin, mais une transformation.

 

Elle se leva, émerveillée, le cœur léger. Dans cette nouvelle réalité, les souvenirs des siens ne pesaient plus, mais brillaient d’une lumière douce. Elle avait échappé aux horreurs du monde, mais elle savait que son voyage n’était pas terminé. À ses pieds, un sentier sinueux serpentait à travers des prairies fleuries. Chaque pas qu’elle faisait résonnait comme une mélodie, résonnant avec le rythme du monde nouveau. Elle marcha, le soleil caressant son visage, découvrant des paysages d’une beauté irréelle. Des arbres majestueux, aux feuilles argentées, s’étiraient vers le ciel, tandis que des fleurs éclatantes et luminescentes illuminaient le sol.

À mesure qu’elle avançait, elle croisa d’autres âmes, des silhouettes qui semblaient tout aussi étonnées qu’elle. Chacun portait des traces de son passé, des éclats de douleur et de joie, mais ici, ces marques ne semblaient pas alourdir leur existence. Une femme, au regard profond et apaisé, s’approcha d’elle.

« Bienvenue », dit-elle d’une voix douce, « ici, nous avons tous été retrouvés. Nous sommes les rescapés d’un monde qui nous a oubliés. » L’inconnue lui expliqua que cet endroit était un refuge, un lieu où les âmes pouvaient guérir. Les souvenirs de leurs vies passées étaient présents, mais ils n’étaient plus une source de douleur. Au contraire, ils formaient un tableau vivant de ce qu’ils avaient été, illuminant leurs esprits. La jeune femme se mit à explorer ce nouveau monde, découvrant des rituels de célébration, des moments de partage et de réconciliation. Les gens se réunissaient pour parler de leurs vies, des luttes qu’ils avaient endurées, et de la manière dont ils avaient été transformés. Chacun avait une histoire, et toutes ces histoires formaient une tapisserie riche et complexe. Les jours passaient, et elle trouva peu à peu une paix qu’elle croyait perdue à jamais. Elle commença à ressentir une connexion plus profonde avec les autres, comme si les cœurs de chacun battaient à l’unisson. L’amour et la compréhension régnaient ici, remplaçant la solitude et la peur qui l’avaient tant hantée.

Cependant, un soir, alors qu’elle contemplait le coucher de soleil, une pensée traversa son esprit. Ses amis, sa famille, ceux qu’elle avait perdus dans l’apocalypse… Étaient-ils ici aussi ? Une mélancolie l’envahit. Elle se demanda si, quelque part, ils cherchaient aussi leur chemin vers cette lumière.

Elle se tourna vers la femme qui l’avait accueillie, et lui posa la question qui la hantait. « Comment puis-je les retrouver ? »

L’inconnue sourit avec compassion. « Ce que tu cherches ne se trouve pas loin, mais en toi. La mémoire de ceux que tu aimes vit en toi. Chaque pensée, chaque souvenir que tu chéris les rapproche de toi. »

Avec ces mots, elle ressentit une nouvelle énergie. Elle comprit que l’amour ne se perd jamais, même au-delà de la mort. C’était un fil invisible qui la reliait à eux, un pont entre les mondes.

Elle décida alors d’organiser une célébration pour honorer ceux qu’elle avait perdus. Les habitants de ce refuge l’aidèrent, et ensemble, ils préparèrent une grande fête. Ils allumèrent des lanternes, racontèrent des histoires, et dansèrent sous les étoiles. Elle se tenait là, entourée de visages bienveillants, le cœur débordant d’amour.

 

Et quand la nuit tomba, elle ferma les yeux et se concentra. Elle se souvint des rires, des sourires, de chaque moment partagé avec ceux qu’elle avait perdus. À cet instant, une lumière éclatante apparut, illuminant la nuit. Elle ressentit une douce chaleur, et au loin, elle crut apercevoir des silhouettes familières. Leurs rires résonnaient dans l’air, mélodie d’un souvenir. Elle sut alors qu’ils n’étaient pas vraiment perdus. Ils faisaient partie de cette lumière, de cette danse éternelle. Et à travers cette connexion, elle les sentit près d’elle, plus vivants que jamais.

Elle ouvrit les yeux, le cœur léger, et sut qu’elle était enfin à sa place. Au-delà de la mort, elle avait trouvé un nouveau sens à sa vie, un monde où l’amour continuait de briller, unis dans l’éternité. À l’intérieur, une vieille femme se tenait devant un feu mourant. C’était Lucilia, sa grand-mère. Ses yeux, creux et fatigués, se levèrent lentement vers elle. Elle ne dit rien. Elles restèrent là, face à face, deux morts-vivants dans un monde où les mots avaient un autre sens. Il n’y avait que ce silence, blanc comme la neige, et les zombies dehors qui continuaient leur marche sans fin.

 

Godson Moulite

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