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A quand de nouveaux monuments pour rapprocher Haïti et l’Afrique ?

A quand de nouveaux monuments pour rapprocher Haïti et l’Afrique ?

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Depuis l’inauguration du musée des Civilisations noires à Dakar, qui a offert une œuvre de l’artiste Philippe Dodard, en 2018, on attend d’autres événements majeurs pouvant rapprocher Haïti de l’Afrique de façon valorisante. Entre la statue du Marron Inconnu d’Albert Mangonès, le monument de la Renaissance africaine au Sénégal, et d’autres symboles architecturaux anciens et récents, il y a une urgence de communication, de publication et de promotion de nouvelles représentations des valeurs et vertus pour renforcer l’émancipation des peuples noirs dans le monde selon plus d’un ?

De nombreux créateurs en arts plastiques et architecture, pour la plupart d’origine haïtienne continuent de se rendre sur le continent africain, la terre de leurs ancêtres, sans être capables de faire renaître la grandeur de leurs grands-parents à travers d’autres œuvres symboliques et majeures. Que dire du passage en retour en Haïti des rares créateurs, plasticiens et des arts visuels, originaires des États répartis sur le continent africain ?

Dommage que ces deux principales régions du monde, intimement liées par leur africanisme, leur africanité et leur ancestralité, manquent terriblement des symboles authentiques et des repères esthétiques capables d’illustrer les relations, de renforcer les liens et de promouvoir entre elles, un véritablement rapprochement culturel, esthétique et symbolique, en attendant que les politiques, les scientifiques et les économistes explorent les autres chantiers et dimensions partagés.

Depuis l’organisation du concours d’architecture pour la reconstruction du palais national (présidentiel) d’Haïti, qui allait permettre aux deux architectes d’origine haïtienne et britannique d’origine ghaneen, Cassandre Méhu et David Adjaye, réunis autour du Consortium Raco Déco et Adjaye associés, de gagner la première place de ce grand chantier national, le pays tarde à concrétiser ce grand rêve.

Dans la capitale haïtienne, même en pleine destruction, délabrement et déshumanisation, on a du mal à identifier une adresse, à se référer à des personnages qui rappellent ou racontent l’histoire de l’Afrique, en dehors de certaines rares institutions ou d’autres cas accidentels, en majorité des initiatives personnelles et solidaires à la terre des ancêtres.

Derrière les pyramides et d’autres monuments célèbres en Egypte, associés certainement au passé lointain qui peuvent raconter la grandeur de la civilisation africaine, on compte difficilement des symboles récents et des sculptures contemporaines qui peuvent faire référence de façon restreinte aux pays, en particulier aux plus importantes villes et des grandes capitales d’Afrique. Les cinquante quatre États qui composent ce continent et la première République noire dans le monde, Haïti, devraient plus que jamais penser à investir dans la promotion de nouveaux monuments et d’autres ouvrages architecturaux qui pourraient illustrer le réveil et le renouvellement de la grandeur de cette civilisation, depuis plusieurs siècles marginalisée ?

Dans la ville natale des grands-parents de François Dominique Toussaint Louverture, au Bénin, on retrouve une modeste statue très peu attractive qui célèbre malgré tout, la mémoire et l’héritage du père de la Géopolitique d’Haïti, des Caraïbes et de la race noire. En tenant compte de l’influence universelle de ce génie et les impact significatifs de ses actions et réalisations de ce personnage militaire, historique, diplomatique, et politique central dans la guerre de l’indépendance d’Haïti, comme précurseur, les plasticiens, les sculpteurs, les créateurs aux compétences croisées et les architectes doivent inévitablement se mettre au travail, ensemble autour d’une table, pour tenter de redéfinir les contours d’une nouvelle série d’oeuvres monumentales qui auraient pour objectif d’écrire et de reconstruire l’histoire des noires dans le monde.

Dans le média « Afrique Magazine », on peut lire un article portrait de cet architecte de renommée internationale, dont les talents ont servi dans le projet architectural pour la reconstruction du palais national en Haïti. « On rêverait de faire son métier avec ce talent, cette capacité à imaginer, à dessiner les plans, à construire le monde.”.

Des origines croisées, l’architecte David Adjaye est né en Tanzanie en septembre 1966, fils d’un diplomate ghanéen, David Adjaye suit son père de poste en poste avant d’atterrir à Londres à l’âge de 9 ans. « Et de commencer l’aventure qui fera de lui l’un des architectes les plus talentueux de sa génération.”.

David Adjaye a signé près de 70 projets à travers le monde, rapportent les médias. Parmi ces œuvres architecturales majeures, on retrouve: « Le magnifique et émouvant Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaine à Washington. Un travail en collaboration avec les cabinets Freeland et Bond. Une construction-conception de bas en haut, en commençant en sous-sol, dans les profondeurs de la terre, depuis les siècles sombres de l’esclavage et de la traite, et en remontant progressivement les étages, avec l’émancipation progressive des Noirs américains, les victoires, et le nouveau racisme.”.

Diplomatie des villes, ou l’art de défendre à partir des dessins l’avenir des espaces urbains et de négocier les nouveaux concepts de la modernité des villes. L’article en question publié en janvier 2020, par Zlimam, poursuit : « Adjaye, architecte global, symbole d’une migration réussie, cultive sa dynamique des origines et son africanité. On lui doit un unique livre, en sept volumes, Adjaye Africa Architecture (2011), pérégrination urbaine photographique, et dessinée dans plus de 50 villes du continent. Sur sa table de travail, le projet de la controversée cathédrale nationale du Ghana, à Accra. Et celui d’un grand musée qui rassemble les œuvres d’art du grand royaume du Bénin, œuvres aujourd’hui disséminées aux quatre coins....".

Dans quel sens l’arrivée d’un architecte au sommet de l’État haïtien pourrait-elle construire des passerelles entre ses pairs d’ici et d’ailleurs ? Haïti et l’Afrique, des territoires lointains physiquement à première vue, pourtant qui partagent les mêmes racines, réalités et représentations multidimensionnelles similaires.

Diplomatie des villes entre Haïti et l’Afrique, comment la conception, la construction et l’érection de nouveaux monuments pourraient-elles rapprocher les dirigeants et les peuples éloignés ? Dans quel sens les revers sociopolitiques et sécuritaires partagés entre certaines villes d’Haïti et d’Afrique pourraient-ils inspirer des hommages conjoints ? Pourquoi les pays d’Afrique autant que la République d’Haïti devraient-ils s’organiser pour se doter de nouveaux monuments, des œuvres architecturales imposantes, importantes et innovantes, pouvant inspirer les générations actuelles, influencer les générations futures et immortaliser les ancêtres martyrs ?

Dans quel sens la construction de nouveaux monuments et la promotion d’une architecture de résistance et de résilience pourraient-elles contribuer à l’éducation populaire et la construction de nouveaux repères dans l’imaginaire des peuples martyrs, et dans l’illustration des manuels scolaires ? En dehors des cartes postales, des agendas culturels et touristiques et d’autres supports valorisant autant les villes et les valeurs ancestrales symboliques, la promotion de nouveaux monuments connexes et conjoints autour d’une stratégie argumentant la diplomatie des villes en Haïti et en Afrique, s’impose comme un passage obligé pour la renaissance nègre.

Dans cette nouvelle ère géopolitique, teintée par le panafricanisme 2.0, en pleine migration, mutation et mobilisation, portée de plus en plus par des figures féminines actives sur plusieurs fronts, en dehors des hommes qui continuent de s’investir et de se sacrifier pour la dignité, le bien-être et la survie de la civilisation noire, il parait d’une part, important d’éviter de penser à la création de nouveaux monuments simplement pour rendre hommage aux martyrs et victimes de toutes sortes.

D’autre part, se confirme l’urgence pour les acteurs et les élites de ces deux régions, d’inscrire dans l’agenda de la coopération culture et scientifique entre l’Afrique et Haïti, des rencontres au sommet entre les créateurs plasticiens et les architectes, avec la participation des philosophes, sociologues, archéologues, designers, dessinateurs, psychologues et d’autres penseurs visionnaires, qui soient en mesure de réfléchir sur les nouveaux monuments et les futurs symboles indispensables à ériger, pour générer les émotions infinies des peuples noirs et amplifier les énergies inépuisables partagées entre Haïti et l’Afrique depuis plusieurs siècles. A quand la première grande rencontre entre les architectes haitiens et les autres architectes d’origine africaine établis un peu partout dans le monde sur la création et la reconstruction de nouvelles villes à bâtir autour du sacré et des symboles de grandeur de la race noire ?

Depuis toujours, les civilisations utilisent en permanence des symboles dans les villes pour manifester l’histoire et la grandeur dans les trois temps (présent, passé et futur). Ces monuments construits avec tous les matériaux possibles et prenant les différentes formes d’expressions et d’esthétisme sont des vecteurs. Ces œuvres d’art ou d’architecture majeures sont créées pour faire passer les messages et les valeurs des nations, et participent dans la construction et la déconstruction de certaines vérités dans l’imaginaire collectif.

Diplomatie culturelle entre les États-Unis et la France, en dehors de la construction de la ville Washington par un architecte français, la statue de la Liberté de New York représente l’un de ces monuments imposants qui participent dans le renforcement et la reconnaissance des liens entre les deux pays. Ce symbole participe activement et en permanence dans la promotion des valeurs et la vision du monde et d’autres considérations, constructions, ou coopérations dans l’histoire des deux peuples et États occidentaux. Comment Haïti devrait-elle s’inspirer d’un tel modèle pour renforcer ses liens avec les différents pays établis sur le territoire de l’Afrique ?

Des monuments haïtiens connus parmi d’autres, comme la Citadelle Laferrière, et d’autres éléments qui composent le Parc national historique, ainsi que le réseau des fortifications qui portent les empreintes de l’Empereur Jean Jacques Dessalines et du roi Henry Christophe, ne sont malheureusement pas assez vulgarisés tant en Haïti que dans la diaspora haïtienne éparpillée dans le monde, encore moins, dans les 50 États qui composent le continent Afrique. Dire que l’existence de ces monuments, le message qu’ils portent, les valeurs qu’ils symbolisent et transmettent depuis plusieurs générations participent autant au réveil, à la résistance, à la résilience et au renouveau de la civilisation noire.

 

Dominique Domerçant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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