Écrire à la rédaction
Radio Pacific 101.5 fm
Culture

Petit éloge du Prix Littéraire Jean Métellus et hommage au Lauréat 2024

Petit éloge du Prix Littéraire Jean Métellus et hommage au Lauréat 2024

Écouter l'article

Je me souviendrai toute ma vie de ce grand frisson intérieur, de cette émotion indicible qui m'avait traversé entièrement lorsque mon nom fut, l’année dernière, associé à celui de Jean Métellus. Premier récipiendaire de ce prestigieux Prix, qui porte le nom d'un géant de la pensée haïtienne et universelle, je mesure chaque jour davantage l'immensité du legs qu'il incarne. Un tel prix ne couronne pas seulement une œuvre, mais aussi il interpelle et convoque à une responsabilité renouvelée : celle de poursuivre le chant solaire pour déchiffrer les plaies du monde, non par plaisir malsain ou vilaine obsession, mais par refus implacable de l’inacceptable et du silence complice.

Ce prix, instauré par les associations des Amis de Jean Metéllus et Franco-haïtienne d’Echanges et de Solidarités, est dédié à la mémoire et à l’héritage inestimable de ce poète et écrivain d’une profondeur rare, dans la littérature haïtienne et universelle. Il récompense, chaque année, pour ses qualités littéraires l’œuvre d’un-e écrivain-e résidant en Haïti, tout en honorant la créativité et la richesse des talents de notre scène littéraire contemporaine.

Le Prix Jean Métellus s’est déjà affirmé comme un phare, illuminant la voie de la révolte et de l'engagement de ceux qui jettent des ponts entre les silences et les bruits de ce monde. « La poésie est une arme chargée de futur », pourrions-nous scander, à la manière du poète espagnol Gabriel Celaya. Les organisateurs, sans doute, ont saisi cette mission : rendre hommage aux voix, comme celle de Jean Métellus, qui osent s’affirmer avec force dans un monde en quête de sens, nourries par le questionnement perpétuel et la soif de dire le « concert de souffrances » de l’aventure humaine.

Après délibération du jury de cette édition composé de Ginette Adamson, Professeure de littérature, chercheur et peintre ; Sylvestre Clancier, Ecrivain, poète, essayiste et éditeur ; Louis-Philippe Dalembert, Ecrivain, poète et romancier ; Makenzy Orcel, Ecrivain, poète et romancier ; un nouveau lauréat est enfin révélé au grand jour. En ma qualité de premier lauréat du Prix Jean Métellus, je tiens à saluer avec une joie toute féconde l’annonce du lauréat de cette nouvelle édition : le jeune poète Smeev Jerry dont le nom déjà résonne dans les sphères littéraires. J’adresse également mes plus profonds respects poétiques et mes compliments émus aux confrères Adelson Elias et Samuel Orphée, pour leurs mentions spéciales.  

L’annonce du nouveau récipiendaire est encore, et avant tout, une occasion de célébrer Jean Métellus lui-même. L’homme a brillamment allié l’engagement pour la vérité, la beauté du langage, et la force des mots face aux horreurs de cette existence. Homme de plume et d’action, il s’était versé dans le combat pour la dignité humaine, tout en démontrant un attachement profond à son pays et à sa ville natale, dont il n’a cessé de chanter la beauté et la résilience. Jean Métellus a su, tout au long de son imposante carrière, construire un feu vivant qui se perpétue à travers les âges. J’aime rappeler à ceux que j’invite à (re)découvrir cet homme qu’il a su marier la rigueur des sciences à la magie des lettres, avec une admirable virtuosité dans chacune de ces voies. Souvent, je me plais à raconter la beauté de ma rencontre avec le poète des « émotions du mur sous le pinceau rapide ». Recevoir une récompense littéraire en son nom a été, pour moi, un immense honneur et une responsabilité.

Smeev Jerry, à toi revient désormais cet honneur. Je te félicite et je salue ton talent, ton habilité à tisser avec nos blessures et nos espérances des éclats d’étincelles qui peuvent embraser les consciences et toucher les âmes. À partir du chaos qui nous habite, surgissent les oraisons du vide, cette prière née des bas-fonds de notre être. Quand tout semble se dissoudre dans les eaux intérieures, le langage trouve pourtant la force de renaître, et la parole émerge, donnant forme à ce qui paraît sans contour. Jean Métellus aurait sans doute trouvé dans tes mots des échos familiers, un chemin qu’il a emprunté, cette volonté de sonder les tréfonds de l’âme, de raconter les palpitations d’une terre tourmentée, ses tremblements de cœur, ses rêves piétinés, mais aussi la flamme ardente de son insoumission.

Je continuerai à croire que la littérature est une main tendue vers l’autre, un haut lieu de rencontres et de partages. Des camarades reliés par les mêmes inquiétudes se retrouvent sur une page pour s’ériger contre l’injustice à proximité ou à l’autre bout du monde. Et les mots s’allument telle une torche dans la grande nuit, et la voix s’élève pour briser le silence cruel, refuser l’ignoble accouplement avec les forces obscures. On ne se soucie pas que la voix soit mouillée de sanglots, calcinée par le brasier de l’indignation ou encore affaiblie par le poids trop pesant du chagrin. Il n’appartient à personne de juger, seul le poème tient le dernier mot.

Au milieu des circonstances qui tentent de brider nos élans humains, de néantiser l’amour en nous, le langage s’élève, fort heureusement, à notre secours. Tandis que de petits volcans sommeillent en nous, prêts à éclore, on se retrouve aussi à parler des effluves d’un lendemain qui, bien que lointain, porte au front une promesse d’aube. Aurons-nous assez de bras pour reconstruire le monde après la grande tempête ? Nous n’en savons rien. Cependant, il est certain qu’il existera toujours des voix qui appelleront les mains humaines à l’ouvrage.

Le Prix Jean Métellus est un vibrant hommage à la puissance de la parole poétique et un appel à ouvrir l’espace à la volonté incandescente de nos contemporains. Ce prix marque certainement un moment décisif dans une carrière. Félicitations pour cette reconnaissance bien méritée, cher lauréat ! Tes mots, pépinières d’orages et graines de lumière, germeront bientôt dans le cœur de nouveaux lecteurs !

J’espère que ce nouveau chapitre sera l’occasion pour toi, de continuer à porter témoignage et à œuvrer au dépassement de soi. Que ton œuvre inspire, qu'elle trouve écho au-delà des pages, des frontières dressées par les humains ! La poésie, mon frère, n’en connait pas, heureusement. Que ce chemin qui s’ouvre devant toi soit débordant d'inspiration et de rencontres enrichissantes !

 

Witensky Lauvince

0 commentaire

Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.

Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.

Se connecter Créer un compte

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.

À lire également

Toute la rubrique Culture

Alertes du National

Recevez une notification sur votre téléphone ou votre ordinateur dès qu'un article paraît dans les rubriques de votre choix. Gratuit, sans inscription.

Rubriques à suivre