Petite Fleur du Ghetto : petite radiographie de nos cruelles cités
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« Chaque coin est une instance de mort le quartier froid dans ce concert de coups de feu » (p.9)
Voilà des vers pour illustrer le réel quotidien qui coule comme du mauvais vin dans les bidonvilles ceinturant Port-au-Prince tel des barreaux de fer. Jean d'Amérique ( Jean Berthold Civilus, dans l'acte civil) à travers son livre de poèmes « Petite Fleur du Ghetto » a construit un tableau terrifiant de la vie noire qui prend langue aux gens peuplant les territoires infects de nos cités, véritables lieux de mort au superlatif. C'est comme la pluie sur Brest, les balles qui sifflent partout sur la ville :
« Il pleut des bijoux de malheur si pressés de cribler des corps La saison se nomme assassin » (p.13)
La mort court et coule de l'arme aux poings de l'enfant qui apprend à s'inventer un avenir de truand ! ( Moi, toi / unis / comme un flingue / et la main de ce gosse). Et c'est la faute à la ville, aux décideurs qui participent de la débâcle!
Ailleurs, dans le texte, il pleut des balles, il pleut des rafales, il pleut des corps renversés par les crosses et sous les coups dorés de la mitraille. Le poète a vu clair. Il a vu: le regard nu et triste, la mort élire domicile! Il a sans doute vu les villages et cités faire le commerce prolifique de la mort! Le doigt dans l'œil, aujourd'hui!
« Je ne savais pas que ce neuf millimètres allait partir en sanglots pour cueillir le flamboyant du corps de cet homme » (p.41)
Une atmosphère de mort et de violence armées parcourt le texte et c'est presqu'une dominance. Les réseaux lexicaux, si ici besoin est, rappellent la déchéance omniprésente représentée par l'idée de la violence, de la misère, des privations. Le thème de la violence armée regroupe les termes ( calibre, chanson de canons, se brise l'aventure du souffle, instance de mort, cribler, crime, flingue, neuf millilitres... )
Jean d'Amérique pleure aussi sa mère, ( quand un camion / leva le voile / sur ta fin) une amie ( la voix de Bob Marley / ignore/ que tu ne vas plus la respirer) et d'autres inconnus. Il fait par ailleurs allusion au drame du 12 janvier 2010 ainsi conclut-il le recueil.
« Il suffit au temps de marquer quelques paspour que petite terre soit plateau où pullulent des cadavres » ( p.69)
Petite Fleur du Ghetto a reçu la mention spéciale du prix René Philoctècte de la poésie (2015) et constitue le premier recueil de l'auteur.
James Stanley Jean-Simon
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