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In memoriam : andre dejean

In memoriam : andre dejean

M. André Déjean, le plus grand trompettiste de toute l’histoire de la musique haïtienne, arrangeur, compositeur, fin connaisseur du solfège et interprète de talent, s’en est allé ce vendredi 11 septembre 2026. Il s’agit d’une tragique nouvelle pour la population haïtienne déjà fortement affectée par le stress de l’insécurité et de la montée en flèche du kidnapping. M. André Déjean et  le groupe mythique les Frères Déjean de Pétion-Ville représentent des icônes de la musique haïtienne  ayant atteint même l’immortalité à travers leurs productions de qualité s’étendant sur près d’un demi-siècle. La génération qui a grandi avec la musique de ce groupe avait fini par croire que cette immortalité de leur musique pourrait s’étendre à la personne physique des membres du groupe. C’était  oublier, comme l’a souligné M. Malherbe dans son Ode à Du Perrier, que  « la mort a de ces rigueurs à nulle autre pareille » et qu’elle attend tout le monde au bout du chemin. Seules nos œuvres artistiques, humanitaires ou intellectuelles, pourront, dans certaines conditions bien déterminées, nous survivre.

M. André Déjean s’en est allé. Mais sa musique demeure. Son concept musical se maintient. Sa tonalité de trompette, reconnaissable dans toutes les circonstances et situations, continuera d’alimenter l’écoute des mélomanes tant en Haïti et surtout en Martinique, à la Guadeloupe et en Guyane. La technicité de M. André Déjean au niveau du maniement de l’instrument, sa science des accords et des dialogues musicales au niveau des partitions avec son autre frère, le Maestro saxophoniste Fred Déjean, constituent bien des héritages constants pour le patrimoine musical haïtien. Oui, M. André Déjean s’en est allé. C’est la loi de la vie. Le grand poète Victor Hugo, dans son ouvrage Les Contemplations nous avait déjà fait savoir que « la  création est une grande roue qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu’un »….

J’avais pris connaissance de la musique des Frères Déjean de Pétion-Ville au milieu des années 1970, alors fréquentant  le secondaire du Lycée Toussaint Louverture de la rue Saint Honoré. Ce, dans  un contexte particulier où les choix musicaux des jeunes de l’époque étaient tiraillés entre les productions du D.P. Express de M. Hervé Bléus  et du Scorpio Universel de M. Robert Martino. Des discussions à n’en point finir se tenaient alors sous la galerie du Bar de la dame Fania à l’angle des rues d’Ennery et du Centre.  Et voilà que M. Fritz Polynice (Fito Popo) qui habitait également en face du Lycée Louverture, et qui animait le soir, de 8 heures à 9 heures PM  sur les ondes de Radio Haïti Inter une émission de blagues et de musique très écoutée : Tam-tam détente sou  1330,  commençait à diffuser les pièces musicales de l’album Bouki ak Malice des Frères Dejean de Pétion-Ville. On s’est mis fidèlement à l’écoute et ce fut la révélation. On a écouté l’album pa gain Panne et depuis, la musique des Frères Dejean, en dépit de la polémique rageuse entre le D.P. Express et le Scorpio, s’est taillée une place de choix auprès des jeunes lycéens que nous fumes. Des pièces comme Marina, La Fwa, Arreté, Bouki ak Malice, Zòt, Mo kreyòl, et surtout Debake, faisaient le bonheur de nos écoutes et des mélomanes avec les prestations de deux grands chanteurs : M. Yvon Louissaint et M. Iznard Douby. Vraiment, « de la bonne marchandise », comme disait Iznard Douby. Du grand art. Cet album Bouki ak Malice, enregistré a la Martinique dans les studios DEB représente l’une des plus grandes réussites du groupe. A partir de cet album, s’est constitué ce que M. Ralph Boncy appelle « le son Dejean » constitué du mariage entre le son de la trompette de M. André Déjean et de celui du saxophone tantôt alto, tantôt ténor de M. Fred Déjean. Il s’agit d’un son spécial qui allait rendre le groupe les Frères Déjean d’une célébrité proverbiale aux Antilles françaises et des groupes ou artistes antillais venaient même enregistrer leurs albums en Haïti pour avoir ce « son spécial Déjean » dans leurs productions musicales. Quand des artistes étrangers comme par exemple Daniel Santos ou Nelson Ned firent des tournées en Haïti, c’est le duo André et Fred Deéjean qui assurent leurs accompagnements. Ils n’ont qu’à venir en Haïti avec leurs partitions musicales. Il en est de même pour les concerts de M. Ansy et de Mme Yole Dérose. En décembre de l’année 1979, le groupe les Frères Déjean de Pétion-Ville alla frapper un grand coup avec la parution de l’album L’univers  Nous retrouvons alors des titres immortels comme Naïdée, Konviksyon, Yoyo, l’univers avec les performances remarquables d’un batteur d’exception en la personne de M. Tuco Bouzi.  Un succès immense. Enorme. Tous les titres de l’album sont tournés et retournés à longueur de journée sur les ondes haïtiennes. Les arpèges de la trompette de M. André Déjean dans la chanson l’Univers ont été utilisés comme indicatif de l’émission de la circulation de la Radio Nationale d’Haïti et je me rappelle encore de la bande publicitaire de M. Jacques Sampeur alors animateur de l’émission de la Bonne humeur sur les ondes de Radio Port-au-Prince, annonçant les kermesses du groupe jouant pratiquement tous les jours à guichets fermés. 

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