Vers une Journée nationale du dessin en Haïti ?
Dans la présente publication, je tenterai d'apporter une nouvelle pierre dans la construction du réveil social autour de l'intelligence collective à travers, des initiatives créatives, pratiques, utilitaires tellement simples souvent qui nous échappent.
Demandez-vous pourquoi, dans le contexte de crises actuelles très complexes, destructrices et aussi deshumanisantes, il serait important d'investir dans ce plaidoyer pour la reconnaissance d'une pratique fondamentale et fonctionnelle sur l'utilité et la pratique du dessin en Haïti, dans de nombreuses autres sociétés voisines et éloignées ?
Depuis toujours, dans la société haïtienne en général et dans les milieux éducatifs, économiques, professionnels entre autres, le dessin est souvent réduit, dans l'imaginaire collectif, à un loisir d'enfant ou à un talent réservé à quelques artistes.
Dommage ! Cette perception restrictive occulte pourtant une réalité plus vaste, qui démasque toujours celles et ceux qui affirment souvent qu'ils ou qu'elles ne savent pas dessiner. Pourtant, ces hommes et ces femmes écrivent régulièrement, signent quotidiennement des documents divers. Ces personnes se déplacent en permanence par les différents moyens de déplacement qui suivent pourtant des lignes géographique dans l'esprit et l'espace. Il n'y a pas une seule activité humaine qui n'utilise pas le dessin et que l'on ne peut pas utiliser le dessin pour la décrire, l'expliquer, la représenter ?
Dessin, à quoi ça sert? A cette question je vous rappellerai que le dessin est un langage universel, un outil cognitif, un instrument de pouvoir et de mémoire, une technologie de la pensée qui précède et accompagne l'écriture elle-même. Haïti, terre de Saint-Soleil, de l'art naïf, de la peinture métaphysique, de la danse, de la route des esclaves, de la migration permanente, et d'une riche tradition graphique liée au Vodou, parmi d'autres champs techniques, artistiques et scientifiques ne doit pas continuer à ignorer le rôle, la place et l'importance du dessin dans le destin qui rapproche et repousse ses fils de la nature, de leur rêve, vision et trajectoire.
Devant cette richesse culturelle mondialement reconnue, et ces sommes immenses de savoirs, de connaissances et d'informations pas assez valorisées et associées au dessin dans toutes ses dimensions et ses représentations, je m'autorise à encourager une plus large communication, diffusion, animation et valorisation de ce concept, ce patrimoine matériel et immatériel à travers des actions commémoratives ou communicationnelles telles une année, un trimestre, un mois, une quinzaine ou une journée nationale du dessin en Haïti ?
Définissons le dessin : ses dimensions et la diversité des pratiques ?
Du nombre des approches anciennes ou actuelles, les autorités et autorités pourraient s'étendre sur le fait que le dessin peut se définir comme l'acte de tracer, sur un support, des lignes, des formes ou des signes représentant une réalité perçue, imaginée ou conceptualisée. Cette définition simple recouvre en réalité une extraordinaire diversité de pratiques, qu'on peut regrouper en plusieurs grandes familles.
Dans cette déclinaison, on peut citer le dessin artistique qui met en avant les croquis, l'esquisse, l'illustration, la bande dessinée, la caricature, le dessin d'observation ou d'imagination, autour de l'expression esthétique et narrative.
De la dimension artistique à la fonction technique. Il existe également le dessin technique et industriel qui se traduit par le plan architectural, le schéma d'ingénierie, le dessin technique normalisé, le design de produit, le langage de la construction et de la production dans tous les domaines liés à la transformation des matériaux et de la matière naturelle, artisanale, industrielle entre autres.
Difficile de parler de la science, sans faire appel au dessin scientifique. On s'entendra sur le principe que le dessin scientifique peut faire référence à plusieurs champs d'intervention comme l'illustration botanique, anatomique, zoologique, croquis de terrain en géologie ou en archéologie. Le dessin sert d'outil d'observation et de transmission du savoir.
D'autres considérations ou représentations importantes telles le dessin cartographique à travers la carte, le plan urbain, la représentation du territoire en tant qu'outil de pouvoir, de navigation et de gestion de l'espace.
Dans l'espoir de décrypter un jour les secrets des Vèvè, on retiendra dans une approche à la fois artistique et scientifique sur le dessin symbolique en lien avec les rituels, qui existent dans plusieurs organisations et pratiques ésotériques et religieuse anciennes, comme la Franc-maçonnerie, les Vèvè du vodou haïtien, entre autres.
Désormais on fait face à l'assaut du
dessin numérique, qui passent par le développement accéléré ou démesuré de l'infographie, la modélisation 3D, l'interface utilisateur, l'extension contemporaine du geste graphique dans l'univers digital, et l'intelligence artificielle de nos jours.
Des actions, des créations et des dimensions qui ne s'excluent pas pour autant le même geste graphique, qui peut être à la fois technique, esthétique et symbolique. Plusieurs spécialistes considèrent que le dessin est une méta-compétence, un socle commun à des disciplines que l'on croit souvent séparées.
Dans la vie individuelle, quelle place pour le dessin ?
D'un enfant à un jeune, en passant par leurs parents et les adultes en général, le dessin dans la vie individuelle joue un rôle capital dans le fonctionnement quotidien de ces derniers. Comment serait le monde sans l'écriture? Comment parler de transport ou de la circulation terrestre, maritime et aérienne sans les panneaux de signalisation pour les automobiles, sans les plans dr navigation et les trajectoires souvent invisibles pour les bateaux et les avions entre autres ?
D'un point de vue individuel, le dessin remplit plusieurs fonctions essentielles telles la fonction cognitive. L'enseignement des arts plastiques et visuels prouvent que dessiner développe l'observation, la motricité fine, la structuration spatiale et la capacité d'abstraction. Chez l'enfant, le dessin précède l'écriture et structure le développement du langage et de la pensée symbolique.
De la fonction thérapeutique et émotionnelle, on retient que le dessin permet d'extérioriser des émotions difficiles à verbaliser. Il est utilisé en art-thérapie, notamment auprès de populations ayant vécu des traumatismes (Ce qui n'est pas étranger à la réalité haïtienne), une dimension particulièrement pertinente pour notre société marquée par des chocs répétés (séismes, crises politiques, violences, massacres, exécution, sacrifices...).
Dans la fonction de mémoire personnelle, avant le temps numérique, dominé par les téléphones et les tablettes, le carnet de croquis, le journal graphique, s'imposaient comme des outils d'introspection et de traçabilité de l'expérience vécue. Quelle chance d'avoir connu cette belle époque?
Dans la fonction professionnelle, il faudra retenir le dessin de l'architecte à l'ingénieur, du designer au médecin légiste, du cartographe à l'urbaniste, le dessin demeure un outil de travail quotidien et un vecteur d'employabilité.
Dans le domaine économique, financier, bancaire ou comptable, quel banquier ou officier opérant dans les caisses ne prend pas le temps de vérifier, de comparer et de valider la signature d'un client lors d'une transaction ? Une pratique qui s'impose également dans le champ juridique, avec la validation de la signature d'un client chez le notaire, et tous les autres acteurs du système judiciaire pour vérifier, valider et exécuter une décision ?
A suivre...
Dominique Domerçant
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