« J’ai juré de ne jamais me taire quand des êtres humains endurent la souffrance et l’humiliation, où que ce soit. Nous devons toujours prendre parti. »
Elie Wiesel (écrivain, prix Nobel de la paix)
J’ai vite fait de compléter la première lecture du merveilleux poème d’Edgard Gousse intitulé « COMPLICITÉ PLURIELLE ». En fait, le drame y est présenté sous les traits d’une allégorie, ou plus exactement sous l’apparence d’une sombre méditation portée par le poète. Évidemment, tout lecteur se rendra aussitôt compte que le texte s’ouvre sur une formule funéraire : « Ci-gît ! ». Dans un coup d’éclat, le poète révèle avec fracas les couleurs du drame et le martyre des corps, réduits au rang de simples victimes sacrificielles. « Corps en croix », annonce-t-il, faisant allusion d’abord au sort tragique du portier qui ne pourra plus jamais retourner à son travail, puis à celui de la femme de chambre sujette aux mêmes privations, donc à toute la horde des gens aux petits métiers qui n’avaient plus recours du coup aux institutions et qui cherchaient refuge dans le mystique.
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2 commentaires
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Harold Jn Baptiste
J’ai lu avec une certaine rage le désir de faire partie prenante des forces qui pourraient inverser le destin des quarante sacrifiés de Kenskoff, comme pour discerner le mysticisme de cet acte, miroir des quarante jours de Jésus dans le désert, ou les quarante ans du vrai peuple de Dieu (pas le faux d’aujourd’hui) dans le désert avant d’entrer dans le Canaan. Cette force de crimes en silence, dont même les dirigeants sont complices, est nourrie par leur servitude envers leurs colonisateurs, pour maintenir leur aisance quotidienne et leurs fortunes au détriment du peuple et du territoire, au profit de ceux qui tourneront la roulette russe à leur égard, un jour ou l’autre. La dénonciation est aisée au regard des cris des droits de vivre dans un pays acheté par le sang de nos ancêtres, nos aïeux, et de nos étudiants des universités, massacrés pour faire avancer les chevaux de race des faux patriotes, dirigeants éternellement attachés au pouvoir, pour servir l’emblème des étoiles de Savanne. Faisons le konbit de fétiches, de bois Caïman évolué, de conscience collective dans la compétence collective des vrais Hommes porteurs de lumière et d’effervescence, de sang de Bohio, de sang d’Okan, dans l’émergence d’un renouveau certain sous le regard de l’aigle d’or, dont l’aile droite est fragilisée et certainement brisée dans l’espace-temps qui revendique son dû…
Jc Henri
Mon cher ami Edgard, Je viens de prendre connaissance de l’article consacré à ton poème-fleuve « Complicité plurielle », et je tiens à te féliciter, non pas simplement pour la qualité littéraire de ton œuvre, mais surtout pour le courage de ta parole. À travers ta plume, tu as choisi de faire ce que beaucoup refusent encore de faire : nommer la souffrance, rappeler les morts et interroger les consciences. Kenscoff n’est malheureusement pas seulement un lieu de tragédie. Kenscoff est devenu le symbole d’une Haïti abandonnée, d’une population livrée à elle-même et d’un État qui, trop souvent, semble avoir perdu jusqu’au sens de sa première responsabilité : protéger la vie et la dignité de ses citoyens. Ton poème dépasse donc le simple hommage aux victimes. Il devient une mémoire debout. Tu transformes le deuil en parole et la parole en interpellation. Et c’est précisément là que réside la force de la littérature : elle refuse que les morts deviennent de simples statistiques et que les tragédies disparaissent dans l’oubli. J’ai particulièrement apprécié cette idée de « complicité plurielle », parce qu’elle nous oblige à regarder au-delà des seuls exécutants de la violence. Elle nous pousse à réfléchir aux responsabilités multiples, aux silences, aux renoncements, aux intérêts et aux compromissions qui permettent à la tragédie de se répéter. Mon cher ami, continue de parler. Continue d’écrire. Même lorsque la vérité dérange, même lorsqu’elle dérange ceux qui préféreraient que le peuple oublie. Car il arrive un moment où le silence devient lui-même une forme de complicité. Ton poème est un cri pour Kenscoff, mais aussi un cri pour Haïti. Avec mon respect, mon amitié et toute mon admiration pour ton courage intellectuel et patriotique. Fraternellement, Jc Henri