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Puisque la poésie restera poésie, lisons Adlyne Bonhomme !

Puisque la poésie restera poésie, lisons Adlyne Bonhomme !

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Dans la période de l’adolescence, on vit comme la plus grande injustice naturelle, le fait d’être l’aîné des trois derniers d’une fratrie de neuf.

Dans une famille qui accordait un privilège incontestable aux études, la sanction la plus plausible restait toujours une invitation prononcée avec une ferme véhémence à aller « prendre ses livres » !

Cette invitation pouvait émaner de six personnes différentes et comptait sur le soutien tacite inconditionnel des parents.

Mais, les aînés prêchaient en affichant clairement eux aussi le bon exemple. Ainsi, quand je me battais avec les tables de multiplication par sept ou par neuf dans mon coin, me venaient d’ailleurs d’autres échos de ces sujets très en vogue de nos programmes de fins d’études classiques.

Sans beaucoup y comprendre, j’entendais le développement de sujets comme “le revirement de Toussaint”,  “l’assimilation chlorophyllienne”,  “propriétés chimiques du benzène”.

Des bribes de paragraphes de dissertations en littérature haïtienne, me restaient gravées dans la tête comme de ce sujet mettant face à face Oswald Durand et Etzer Vilaire autour du thème à savoir lequel méritait le titre de « poète national »

            Autour de cette même discipline,  j’avais ainsi appris que Antoine Dupré était mort au cours d’un duel et je récitais des vers de « la brise au tombeau d’Emma ».

Dernièrement, en fouillant dans ma bibliothèque, j’ai sorti, sans raison évidente, le recueil, « Poésies Nationales » de Massillon Coicou, édité en 1892

En l’ouvrant, guidé par le hasard, j’ai retrouvé un de ces textes que répétaient aussi mes aînés :

Pourquoi suis-je nègre ? Oh pourquoi suis-je noir ?

Lorsque Dieu me jeta dans le sein de mère

Pourquoi la mort jalouse et si prompte au devoir

N’accourut-elle pas l’enlever de la terre ?

Je portai mon attention ensuite vers la préface rédigée par un certain Charles-D Williams et sa toute première phrase me cogna l’esprit avec une violence inouïe : “La poésie n’est pas morte !”

Pour des raisons aujourd’hui pas assez indispensables pour être évoquées, je me retrouve en contact très serré avec ce genre littéraire. La date affichée de parution de l’exemplaire que je tenais dans les mains est 1892 !

Logiquement j’ai pensé à ces individus se baignant dans la littérature qui ont eu ou ont sorti des arguments annonçant “la mort de la poésie”. Un sujet en soi très intéressant surtout quand on considère la tendance à vouloir attribuer quelques à la poésie des vertus nobles, “des fonctions utiles”, par endroits comme celle de “sauver le monde» par exemple.

Avant d’aller fouiller ailleurs, je poursuivis la lecture de cette préface à travers laquelle l’auteur fit une vraie déclaration d’amour à la poésie. La lecture de ses 17 pages vaut largement le coup et le temps passé dessus est très enrichissant. Voici ce que l’on y lit: :

“ La poésie est morte !”. Tel est le cri ses éternels ennemis, ou plutôt de tous ceux-là chez qui le sentiment du beau a cessé d’exister. Et ils s’en vont, glorieux, le refrain sur les lèvres, comme s’ils venaient de remporter une victoire. “La poésie est morte ?” mais jamais. Elle est coéternelle à Dieu, donc elle ne peut mourir. Elle a précédé la création. Avant que les peuples aient eu leur histoire, ils ont eu leurs poètes. Que deviendrait le monde sans poésie ? ...La poésie est la plus haute expression de l’art ; elle n’est pas seulement “la mélodie de la parole exprimant ce qui émeut le cœur et frappe l’imagination”. Elle est partout où est le beau : la présence de l’un révèle l’existence de l’autre.” Charles-D Williams...

Je me suis mis aussi à écorcher quelques arguments escrimés par les (faux prophètes de malheur) ; j’ai été surpris et étonné de retrouver des noms d’auteurs consacrés comme des valeurs sûres du genre littéraire rangés dans cette catégorie.

Je préférai retenir que ces propos d’un être en trance ont été inspirés par la poésie de Massillon Coicou qui a su toucher en plein cœur cette sensibilité qui habite tout le genre humain.

«Pourquoi donc suis-je nègre ? Oh ! pourquoi suis-je noir ?

Lorsque Dieu m'eut jeté dans le sein de ma mère,

Pourquoi la mort jalouse et si prompte au devoir

N'accourut-elle pas l'enlever de la terre ?

 

Car libre l'oiseau vole et redit ses concerts ;

Car libre le vent souffre au gré de son caprice ;

Car libre, l'onde limpide, harmonieuse, glisse

Entre les gazons verts.

Esclave, il n'est pour moi nul bonheur, nulle fête,

Et je n'ai pas de place où reposer ma tête.

Ou se trouve t-elle? Comment l’atteindre?

La poésie en a les codes et le secret!

Ces derniers temps, ma sensibilité – si j’en ai une – aura été fouettée à rudes épreuves par les assauts mugissants et tendres de la violence poétique à travers la lecture de textes rangés dans une large variété de gammes.

La poésie dispose et regorge de cette vertu à même de toucher une aire proche de la spiritualité, capable de plonger une âme dans un silence de sépulcre, dans une démarche forcée de quête de soi ; ou de pousser à une extraversion logorrhéique pour dire.

Dire pour que «  les mots ne s’entre-tuent » (1)dire des mots qui claquent, cognent et ricochent en échos parcourant temps et espaces.

J’ai eu à lire plusieurs fois le recueil  «  Un chant d’oiseau dans la paume », dernier recueil édité de Madame Adlyne Bonhomme ( Éditions Recto Verso). Mon ressenti fut dominé d’abord par cet effet de surprise qui adopte les contours d’une incompréhension. Une incompréhension qui découle de l’impossibilité de se placer, en immersion dans la lecture, entre balises, limites et réalités de l’instant.

«Pourtant

sur la tombe des oubliés

des enfants s’effondrent

en portant dans leurs mains

une table nue

une table vide qui trébuche

qui ne sait pas corriger son rêve»

Peu importe ! Sans comprendre on poursuit la lecture, happé par les mots justes, des images dessinées avec une minutie certaine et un brin de divinité.

«Se tournant vers le soleil

mes bras défeuillent la mer

Voici que ma bouche reste couchée

dans la boutonnière du vide

Parfois

il vaut mieux être une fenêtre

qui ignore le cri des habitudes.»

 

On est extirpé de cette réalité trop rude pour être humaine et on se rend compte que l’on est en balade, dépouillé du vieil homme, dans l’univers poétique de Madame Adlyne Bonhomme.

Oui, ce monde peuplé d’images rangée en hordes poétiques et en rythmes; un monde qui habite la poétesse depuis le jour où «  la poésie lui tomba dans la main comme une passion avec une flamme bleue »(2)

C’est grâce à cette capacité d’inventer et de provoquer de tels instants que la poésie reste poésie.

 

« Un chant d’oiseau dans la paume » offre cet interstice à la fois sublime et subtile  qui permet  l’accès non seulement à ce voyage mais surtout à cette destination: le monde merveilleux et enchanteur de la poésie.

Il suffirait, semble-t-il, d’une main en pronation, une paume exposée comme une âme assoiffée de beauté dans toutes ses formes, pour accueillir et captiver un oiseau, son chant et un poème.

 

Dr Jonas Jolivert

11/08/2024

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