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Pierre Faubert, le diplomate accompli !

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Conseiller et aide de camp du Président Jean-Pierre Boyer, le poète Pierre Faubert gérait également des dossiers diplomatiques cruciaux, notamment celui de l'indemnité imposée par la France à Haïti et le concordat de 1860.

Les négociations avec le Vatican entamées par Pierre Faubert sous le gouvernement de Boyer et ensuite sous celui de Fabre Geffrard se sont révélées ardues. Le Saint-Siège a rejeté les deux propositions que l’État haïtien lui a soumises, estimant que ses intérêts y étaient lésés. 

Il fallait attendre l’arrivée du pape Grégoire XVI pour que les sollicitations répétées des autorités haïtiennes d’ouvrir des négociations entre les deux États soient prises en considération. C’est ainsi que deux prélats dépêchés par le Vatican débarquèrent en Haïti en 1834. Il s’agit de John England, Évêque de Charleston de la Caroline du Sud (USA) et l’évêque de Saint-Louis Monseigneur Joseph Rosati. 

Ces émissaires devaient collaborer avec les représentants haïtiens, notamment Pierre Faubert. Ce dernier jouait un rôle crucial dans ce dossier qu’il a géré jusqu’à la fin. Bien que Faubert n'ait pas laissé de documents personnels sur son voyage au Vatican, les archives du Vatican contiennent de nombreuses références à son nom, avec 27 entrées qui témoignent de son implication.

Les négociations marathon n’avaient pas abouti que Pierre Faubert ait rédigé et présenté un troisième projet de concordat. C’est bien connu qu’en diplomatie et surtout lors des négociations bilatérales ce qui semble irrecevable aujourd'hui peut devenir recevable dans un avenir très proche. C’est ce qui s’est passé avec l’arrivée de l’Eglise protestante nord-américaine en Haïti, Vatican n’avait plus le choix que d’accélérer les choses.

En tout cas, Pierre Faubert a marqué l’histoire de la diplomatie haïtienne en portant jusqu'au bout ce projet de convention avec Rome qui, une fois ratifié, allait permettre de clarifier définitivement la présence de l’Église Catholique Romaine au pays de Dessalines. Il fut en charge du suivi de ce dossier du début jusqu'à sa finalisation, ce qui relève de l’exploit dans les annales de l’histoire diplomatique haïtienne. Malgré les péripéties, il était arrivé à faire ratifier ce concordat. Cependant, celui-ci comportait un écueil : l’Archevêque excluait tout transfert du siège de la partie est à Port-au-Prince. Comme souvent dans les accords de cette importance, le temps est le maître-mot. 

 

Tout a commencé avec Boyer

Jean-Pierre Boyer qui arriva au pouvoir le 29 mars 1818 fut le premier chef d’État à se préoccuper des questions épineuses liées à la culture et l’origine ethnique des deux peuples habitant l’île, y compris les rapports du nouvel État avec la religion catholique demeurèrent l’une de ces nombreuses épines. Le Siège de l’archidiocèse de Santo Domingo est alors occupé par Mgr. Pedro Valera y Jiménez. Celui-ci afficha son dégoût pour le nouveau régime haïtien, et refusa la demande de Boyer de transférer le siège de l’archidiocèse à Port-au-Prince ; un refus qui lui valut l’exil. La relation entre l’Etat haïtien et Saint-Siège s’envenima.

Après plus de quinze ans de négociations, le concordat entre le Vatican et Haïti a été signé à Rome en 1860. Pierre Faubert a représenté la partie haïtienne, tandis que le Cardinal Giacomo Antonelli a agi au nom du Vatican.

Comme toujours dans notre malheureux pays, convaincre les parlementaires haïtiens de voter des lois ou des accords, il fallait se lever tôt. Notre diplomate, Pierre Faubert, n’était pas au bout de ses peines. Le concordat ne trouvait pas d’appui chez les parlementaires, non pour des raisons diplomatiques, mais strictement politiques. Ces derniers refusaient de voter l’accord pour s’opposer au Président Geffrard, qui ne les ménageait pas. Finalement, le dictateur Geffrard réussit à conclure un accord avec les parlementaires, et le concordat fut ratifié par le Sénat le 1er août 1860. Le diplomate Pierre Faubert et le Président Geffrard entrèrent ainsi dans l’histoire. Ce concordat restera en vigueur jusqu'en 1966. Élu en 1957, François Duvalier va le remettre en cause.

 

Le noiriste Duvalier

Le futur dictateur prit l’affaire à bras-le-corps, une fois élu. La raison est que Duvalier n’avait jamais apprécié les nominations d’évêques blancs par le Vatican en territoire haïtien. Ainsi une fois installé au Palais National, il allait s’atteler à corriger ce qu’il considérait comme une anomalie. Et voilà Haïti repartie pour de longues négociations avec le Vatican pour imposer l’indigénisation du clergé haïtien, ce qui fut fait non sans mal.

C’est ainsi que le 6 octobre 1966, le Délégué Pontifical, Mgr Samoré, procéda à l'ordination de cinq évêques, tous Haïtiens, dans la cathédrale de Port-au- Prince : Mgr François-Wolf Ligondé, pour l'archidiocèse de Port-au-Prince ; Mgr Claudius Agénor, pour le diocèse des Cayes ; Mgr Emmanuel Constant, pour le diocèse des Gonaïves ; Mgr Jean-Baptiste Décoste, coadjuteur de Port-au-Prince ; Mgr Cari-Edward Peters, coadjuteur des Cayes. Bien qu'il ait été expulsé par le gouvernement, Mgr Rémy Augustin était autorisé à rentrer en Haïti pour prendre en charge le diocèse de Port-de Paix.

Les points sur lesquels Duvalier a obtenu gain de cause figuraient déjà dans les articles 3 et 4 du concordat de 1860. Cependant, en 1983, le fils du dictateur, Jean-Claude Duvalier, qui hérita le pouvoir de son père, a pris une direction radicalement différente, reniant notamment la doctrine noiriste de son père. La classe politique haïtienne s'interrogeait alors avec inquiétude sur les raisons d'un tel changement de cap. On se demandait alors pourquoi le fils du dictateur avait choisi de remettre à Rome le pouvoir de nommer les évêques haïtiens.

Selon certains, c’était à cause de son épouse mulâtresse. On murmurait que c’était elle, en réalité, qui dirigeait le pays. Elle affichait, dit-on, une fascination pour tout ce qui était étranger, y compris le Vatican. Cette inclination à valoriser tout ce qui est étranger influençait fortement les décisions politiques à la fin du régime. 

 

Écriture engagée

Pierre Faubert Fils vit le jour en 1806 aux Cayes, Haïti, deux ans après l'épopée de 1804, l'année du régicide. Ce dramaturge, poète et diplomate, reconnu comme le plus talentueux de sa génération, partageait les convictions des descendants de Dessalines concernant la préservation de l'indépendance haïtienne. Il se dressait ainsi résolument contre les aspirations des anciens colons français. 

Le mouvement littéraire auquel il appartenait prit naissance en 1804, une année mémorable qui changea le cours de notre histoire. Son impact fut si puissant qu'il influença la poésie de l’époque, devenant le berceau d'une écriture engagée. Bien que les auteurs de cette époque fussent profondément marqués par la France, Pierre Faubert se distinguait parmi eux. Ses poèmes oscillaient entre le classicisme de Voltaire et celui de Hugo, tout en intégrant avec brio et candeur les réalités haïtiennes qu'il magnifiait. 

L’engagement de ce poète diplomate était sans faille. Ceci se ressentait dans ses poèmes et sa dramaturgie où de manière constante, il dénonçait les préjugés liés à la couleur de la peau et à la xénophobie aux États-Unis. 

Autrefois, sous les présidences de Jean-Pierre Boyer et de Fabre Geffrard, la diplomatie haïtienne était avant tout une affaire de lettres. À cette époque, on choisissait les meilleurs intellectuels comme négociateurs. Les chefs d’État haïtiens comprenaient parfaitement l'importance de cette dimension et Pierre Faubert était présent dans tous les cabinets pour suivre les dossiers avec le Vatican. On croyait fermement à la continuité des affaires de l’État et à l’importance des connaissances. Comme l'a si bien souligné l'ancien président Leslie Manigat, « c'était l'âge d'or de la diplomatie haïtienne ».

 

Maguet Delva

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