Prix des jeunes écritures 2024 RFI/ AUF, la jeune étudiante haïtienne Taina Fleury vient de remporter la sixième édition
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Aux côtés de Baldur Adjaï, Taïna Fleury vient de remporter la 6ème édition du Prix des jeunes écritures 2024 RFI/AUF destiné aux jeunes de 18-29 ans avec sa nouvelle "Perejil". Retour sur ce texte poignant qui a conquis le jury.
C’est l’œuvre de Taïna Fleury, intitulée" Perejil", qui a remporté les suffrages du jury pour sa très grande qualité littéraire. Ce concours, organisé par l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), Radio France Internationale (RFI) et Short Édition, vise à encourager l’écriture et la lecture en français à travers des œuvres courtes. Ouvert aux francophones du monde entier âgés de 18 à 29 ans et affiliés à l’AUF ou à l’École de Management de la Francophonie (ESFAM), il est cette année labellisé Festival de la Francophonie. Les deux jeunes auteurs se sont démarqués parmi 222 nouvelles qui toutes devaient débuter en ces termes : « Est-ce à moi une vieille femme de vous apprendre le courage ? ». Un incipit tiré du roman Peine des faunes (prix du roman d’écologie 2023) d’Annie Lulu, présidente du jury du Prix RFI -AUF des jeunes écritures 2024. Taïna Fleury est étudiante à l'Université d' État d' Haïti. Le National propose à ses lecteurs un extrait du texte :" Perejil"
"Est-ce à moi, une vieille femme, de vous apprendre le courage ?
Rafael se demandait toujours pourquoi cette question de sa harpie de grand-mère – qu'elle repose en paix (ou pas) ! – revenait en permanence le hanter dans les moments les plus inattendus de sa vie : la première fois qu'il avait fait l'amour à sa femme, le jour où il avait tenu son premier bambin dans ses bras, quand il avait trouvé ce poste de garde dans un champ de cannes ou encore lorsqu'il tuait, comme maintenant, un insecte traqué.
Insecte ou homme. En vérité, il lui arrivait de ne plus savoir faire cette distinction. Par exemple, en ce moment, il était à peu près certain d'avoir sous ses doigts des cheveux d'homme, mais ce n'était pas important. L'important, c'était qu'il se sentait plus que jamais fou d'amour et que sa magnifique femme risquait à tout moment de le quitter pour aller s'installer à Santo Domingo, s'éloignant ainsi des bateyes qui bordaient la frontière.
Que ne comprenait-elle pas, enfin ? Certes, son travail de garde ne lui rapportait pas gros. En revanche, de toute sa misérable vie, il n'avait guère ressenti de plaisir plus grand que lorsqu'il tenait son fouet et striait quelques dos de bonnes marques sanglantes. Il trouvait une certaine jouissance à voir sa cravache dompter l'air avant de s'abattre sur une peau ébène luisante de sueur. C'était terriblement... poétique ! Cette fascination, il la ressentait déjà lorsque, enfant (...)"
Schultz Laurent Junior
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