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Des sociétés humaines, du livre, de la lecture et des bibliothèques

Des sociétés humaines, du livre, de la lecture et des  bibliothèques

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Selon les données  les plus récentes de l’archéologie et de l’anthropologie, l’homme, tel qu’il se présente et fonctionne  dans les  différentes structures sociales actuelles, est le fruit d’un très long  processus d’évolution s’étendant sur plusieurs centaines de milliers voire de millions d’années. À partir de l’analyse des fossiles les plus anciens, les scientifiques ont pu remonter la chaine de l’espèce humaine jusqu’aux différentes familles des types variés d’homo  ayant  vécu sur notre planète.  De toutes ces familles d’homme, l’homo sapiens, ainsi dénommé pour ses capacités à se fabriquer des outils et des armes pour se défendre, avait pu survivre et se projeter dans un processus évolutif constant et multiforme qui n’est pas dans ses derniers cheminements.  L’écrivain Yuval Noah Haari a retracé cette saga évolutive de l’espèce humaine dans deux volumes qui sont devenus, dès leur parution, des bestsellers  mondiaux[1]. En  effet, pour  l’auteur,  l’homo sapiens, caractéristique du genre humain, possède en lui-même une capacité, une faculté propre lui permettant de comprendre son environnement, de se créer un langage symbolique pour communiquer et d’accéder à la pensée abstraite. Nous retrouvons ici les premières formes d’expression artistique. Ce processus d’interaction et de communication conduirait à la constitution des premiers groupements humains nomades et, plus tard, à partir du néolithique, aux groupements sédentaires constituant le cadre de fonctionnement pour la mise en place de l’agriculture[2]. Au cours de ce processus évolutif global affectant le climat et l’ensemble des composantes de la nature, se  constituaient, se mettaient en place des structures sociales  de plus en plus complexes  basées  sur des identités communes et des formes de division du travail de plus en plus élaborées[3]. Dans ce contexte d’organisation de la vie, la parole ne suffisait plus pour échanger et noter les impressions et  les volontés et, surtout, pour compter et contrôler les biens meubles et immeubles suite à l’émergence des premières formes de propriété, collectives d’abord et individuelles ensuite. Avec la mise en place des formes de pratiques commerciales, la nécessité se faisait de plus en plus sentir de compter, d’ordonner les marchandises, de calculer, de noter le volume des transactions.  Il fallait « conserver la  parole donnée » afin de pouvoir s’en servir ensuite dans la vie sociale.  C’est ainsi que l’on a eu les premiers systèmes d’écriture et de numération à Sumer en Babylone, en Inde, en Chine, en Egypte et puis, sur tout le pourtour méditerranéen avec les comptoirs de commerce des Phéniciens. Les premières formes d’écriture étaient surtout idéographiques. Avec les Egyptiens, on a eu les hiéroglyphes forme d’écriture particulière et initiatique qui n’a pu être déchiffrée jusqu’au milieu du XIXe siècle par le savant français Jean-François Champollion[4]. Pour Henriette Walter, « il y a loin de ce type d’écriture, où les traces sont des équivalents visuels, plus ou moins ressemblants, de mots complets (sons et sens), aux écritures alphabétiques, comme celle qui est sous vos yeux, c'est-à-dire de la seule face phonique des  mots »[5]. D’après l’auteure, « Pour passer de l’un à l’autre, c’est en fait le principe de base qui s’est trouvé complètement modifié, puisqu’on est a passé de la représentation des idées à celle des sons. Cela a pris des siècles, et il a fallu des contacts entre des populations de langues différentes (Sumériens, Phéniciens, Grecs, Étrusques, Romains) pour que cette transformation puisse s’opérer »[6]. Les Phéniciens ont été les premiers à mettre en place le système d’alphabet avec une lettre pour une émission de la voix. Les Grecs allaient partir de l’œuvre des Phéniciens pour produire un alphabet simplifié qui passera par la suite, avec  certaines modifications, aux Romains. Ceux-ci, dans leur démarche d’expansion continue,  devraient répandre  cet alphabet aux endroits les plus éloignés  de l’Europe. À partir de la mise en place des empires coloniaux par des pays comme l’Espagne, la France, l’Angleterre, le Portugal, la Hollande, cet alphabet sera diffusé et implanté en Amérique, et dans une certaine mesure en Asie, en Afrique et même dans les pays de l’Océanie. Un corpus  communicationnel se met définitivement en place à côté des écritures hébraïque, arabe, maya, hindoue, slave. Ce corpus aura à  assurer la conservation, la production et la transmission du savoir humain dans les contextes nationaux et régionaux les plus divers. L’apparition et la diffusion de l’écriture à grande échelle dans toutes les communautés humaines ont permis un développement sans précédent de la connaissance, des arts et de la technique dans tous les domaines. Désormais, il n’est plus une obligation pour la personne de tout retenir et de tout emmagasiner dans son cerveau. Elle peut consigner ces données ailleurs, dans un « endroit bien particulier» pour les utiliser après, permettant ainsi à son cerveau d’avoir le temps et surtout, l’opportunité de se consacrer  à des réflexions et calculs plus complexes et plus élaborés. Il faut  reconnaitre que cet « endroit », avec le temps, avait fini par se configurer en un « objet » bien déterminé et bien spécifique qui deviendrait le « Livre » sous les supports les plus divers. Ainsi, le livre constitué,  ce démiurge puissant, portable et manipulable à souhait, incontrôlable et incontrôlé, capable du plus grand bien pour l’humanité comme des plus grands désastres, cet outil de civilisation et de barbarie, d’amour et de haine, d’espérances et de déceptions, a connu au cours de son évolution les formes les plus diverses. Renfermant avant tout des idées et des concepts qui, mis en relation logique conduisent à des éléments d’information, de formation ou de connaissance, le livre a connu des supports différents  tout au cours de la longue et multiforme évolution de l’histoire de l’humanité. Le livre a donc été successivement sur la pierre, le bois, les tablettes d’argile, les feuilles de métal, les os d’animaux, le papyrus,  les peaux de mammifères, le vélin et le papier  pendant  plusieurs millénaires. De nos jours, le livre est sur le support électronique et se retrouve au centre de grands débats méthodologiques sur son utilisation et sa finalité. Car, le livre électronique est avec nous et constitue cette réalité qu’annonçait Frederik Wilfrid Lancaster depuis l’année 1978[7]. Ce, dans l’indifférence totale de gens qui avaient cru fermement en la pérennité du support papier. Or, force est aujourd’hui de constater et de relever que si le papier comme support de l’information et de la connaissance n’a pas encore dit son dernier mot, le support électronique s’affirme de plus en plus au niveau mondial dans tous les sphères de la vie économique, sociale et culturelle et annonce déjà une nouvelle civilisation planétaire. Il s’agit bien de la mise en œuvre de tout un processus déjà prévu par M. Alvin Tofler dans son célèbre ouvrage Le choc du Futur depuis les années 1980 et systématiquement conceptualisé par M Zbigniew Brzezinski[8] dans ses supports technologiques. Entretemps, avec les progrès de l’éducation, avec l’éradication de l’analphabétisme  dans de nombreux pays  dont la République socialiste de Cuba est un exemple éloquent, le livre est devenu un médium courant.

Déjà, avec l’invention de l’imprimerie par Johan Gutenberg en 1450 à Mayence en Allemagne, le canadien Marshall Mc Luhan parle de « la galaxie Gutenberg »[9]  en notant les transformations apportées par la page imprimée dans les sociétés humaines. Le livre est désormais partout, en  tout et parle de tout. Il est omniprésent et surtout, omnipotent. Il fait vivre. Il fait espérer.  Mais, il fait aussi mourir et des gens sont prêts à mourir pour lui. Le philosophe et historien du livre Roger Chartier, de son côté, évoque l’avènement de la « civilisation de l’écrit » avec ses caractéristiques bien particulières. Et, ce qui est encore plus déterminant, c’est que cette « civilisation de l’écrit » ne concerne pas seulement une partie de l’humanité et qu’elle est appelée, avec des variantes culturelles, géographiques et historiques bien précises, à intégrer les sociétés et populations les plus diverses.  Le concept de sociétés sans écriture, en vogue dans les débuts de l’anthropologie  comme science humaine  au XIXe siècle, a perdu  de nos jours tout son sens et ses possibilités d’emploi. Ce, en dépit du fait que la population des analphabètes, au niveau mondial, d’après l’UNESCO, est encore considérable, soit plus de 700 millions de personnes[10].

Mais le livre  comme support de l’information et de la connaissance n’évolue pas seul. Il évolue avec la société et n’a de sens et d’importance que dans et par l’acte de lecture. C’est un  objet  social par excellence. C’est l’un des rares objets du monde qui ne prend de la valeur et de l’importance que par son usage. Il a été écrit par un auteur dans une intention bien déterminée et pour un lecteur bien particulier. Pour cela, le livre doit être lu. Sa finalité ultime et décisive  reste la lecture. Car, c’est par la lecture que le livre trouve son expression, son autonomie propre, son essence, sa vitalité et son pouvoir dans la structuration de l’opinion. La grande Révolution française de 1789 en est un exemple éloquent.  Sans la lecture,  le pouvoir du livre cesserait et il ne serait point différent de n’importe quel autre objet inerte dont regorge la nature. C’est la lecture qui donne sens et vie au livre et qui rend par exemple Platon vivant depuis des siècles. Le Dr. Ranganathan est formel et clair : à chaque livre son lecteur ; à chaque lecteur son livre.  Les lectures, elles, sont diverses et variées. Elles peuvent être thématiques, rapides, en diagonale,  itératives ou en profondeur, privées ou publiques, profanes ou sacrées…Comme son sens étymologique latin le précise, la lecture permet de « recueillir » des données, des informations, de la connaissance. C’est un acte libérateur, permettant à l’homme de s’élever au-dessus de la monotonie  quotidienne pour entamer un dialogue fructueux avec les auteurs, la connaissance et le savoir. L’histoire de l’humanité regorge d’autodidactes, de personnes qui ont pu changer complètement  non seulement leurs propres  conditions d’existence à partir de l’éducation et de la lecture en continu, mais encore impulser le cours de l’histoire. Aux États-Unis d’Amérique (USA), le cas de M. Andrew Carnegie est toujours cité en exemple[11]. En France, on peut toujours mentionner le parcours vraiment atypique de M. Michel Mourre[12]

En Haïti, il faut toujours le rappeler, le Précurseur de l’Indépendance nationale, l’un des plus grands hommes d’État à avoir dirigé le territoire qui deviendra Haïti le dimanche premier janvier 1804 sur la Place d’Armes des Gonaïves, je veux bien parler du Général François-Dominique Toussaint Louverture[13], a été un autodidacte accompli. Ce savoir patiemment accumulé a permis à l’ancien esclave de Bréda de devenir ce talentueux négociateur que le Major anglais Thomas Maitland devrait rencontrer et connaitre lors des négociations devant aboutir au Traité de la Pointe-Bourgeoise à l’avantage des deux parties pour l’évacuation totale et complète des troupes anglaises de la colonie de Saint-Domingue. Un modèle du genre de négociations gagnant-gagnant qui avait vraiment irrité Napoléon et posé le premier acte de souveraineté sur la terre d’Haïti. Mais,  c’est déjà un autre champ de recherche…

Revenons donc, comme on dit, à nos moutons. Depuis l’apparition de l’écriture et la consignation des idées sous forme de tablettes, de rouleaux ou de volumes, les hommes ont senti la nécessité de rassembler ces entités en des endroits bien déterminés pour qu’elles puissent être consultées au besoin. Nous avons là les premières démarches de mise en œuvre des bibliothèques, bien que le terme n’était pas encore forgé et encore moins employé. Selon l’historien du livre André Labarre, en Egypte, on parlait de « Maisons de vie »  pour désigner  la nouvelle institution se mettant  lentement en  place[14]. Avec les Grecs, un tournant décisif a été abordé. Dans les écoles (Skolê), des endroits furent aménagés pour garder les rouleaux de textes. Les académies en disposèrent de même. Mais, la plus parfaite expression de la bibliothèque dans son acception moderne  a été la mise en place de la fameuse Bibliothèque d’Alexandrie dans la ville du même nom en l’an 228 avant  notre ère[15]

La  bibliothèque publique, nous dit le philosophe  Ortega y Gasset[16],  au cours de l’histoire de l’humanité, a été  instituée par un homme, un véritable homme d’État et qui fut aussi, on l’oublie très souvent, un très grand écrivain : Jules Caius César[17]. Dans ces tâches de gouvernance publique, César pensait toujours à la constitution d’une base informationnelle, d’une opinion publique au sein de la population. Celle-ci doit être informée de l’action gouvernementale, ainsi que de ce qui se dit ou se débat au Sénat. C’est ainsi qu’il a placé des fonctionnaires au Sénat pour suivre  les débats durant tout le jour et surtout la nuit et rédiger très tôt  le matin les fameux « Acta diurna » devant être affichés sur les portes de la ville. Ce furent les premiers « journaux »  tenant la population de la ville de Rome informée sur ce qui se passait au Sénat. Mais, César avait voulu davantage, car des gens mal intentionnés avaient pris la fâcheuse habitude de détruire les « acta diurna »  affichés.  César ordonnait alors aux édiles d’aménager dans leurs juridictions des endroits sécurisés ou le public puisse lire paisiblement les « acta diurna » et d’autres ouvrages, d’autres « volumen » traitant des  sujets les plus divers. Selon Suétone,  César « voulait ouvrir au public des bibliothèques grecques et latines aussi riches que possible, et confier à Marcus Varron le soin d'acquérir et de classer les livres »[18]. Mais Jules César n’a pas eu le temps de mener à bien son projet. Il fut assassiné par des proches et compétiteurs menés par son fils adoptif  Brutus sur les marches mêmes du Sénat romain un  jour des Ides de mars de l’année 44.  Mais son œuvre  a eu des continuateurs,  et parmi eux M. Asinius  Pollion. Le même site du nous apprend ce qui suit : « Le projet de César fut en partie repris par Asinius Pollion, qui employa le butin qu'il avait accumulé lors de sa victoire sur les Parthes pour restaurer l'Atrium Libertatis - un temple proche du Forum Iulium qui renfermait auparavant les archives des censeurs - et y installer la première bibliothèque publique romaine en 38 avant J.-C. Pollion la divisa en deux sections, l'une grecque, l'autre latine selon le programme césarien. Il fixait ainsi le plan général de toutes les bibliothèques publiques romaines qui seraient bâties par la suite. Loin de se limiter à une démarche purement utilitaire, Pollion élabora également un programme iconographique visant à agrémenter le lieu et à célébrer de grandes figures de la culture grecque et latine »[19]. Ainsi a pris naissance une institution nouvelle, la bibliothèque publique, ouverte à tous et à toutes et mettant tout le savoir et l’information disponibles à la  portée de toute la population, sans  restriction aucune. Ce qui représentait une avancée énorme dans l’évolution de la mise en place des services documentaires publics. Car, en dépit de toute sa splendeur, de tout son rayonnement et de la richesse de ses collections, la grande Bibliothèque d’Alexandrie n’était pas une bibliothèque publique. C’était plutôt une bibliothèque académique de grande portée, mais strictement réservée à la communauté intellectuelle et scientifique de l’époque. César, en instituant la bibliothèque publique, avait entamé un processus  de démocratisation du savoir et de la connaissance qui aura de grandes conséquences sur l’histoire subséquente de toute l’humanité et particulièrement dans la tradition anglo-saxonne de la nature, du rôle et du fonctionnement de la bibliothèque publique communautaire. Durant toute la période du Moyen-âge, avec le poids de l’Église catholique dans la vie sociale, politique et même économique, les fonctions de conservation et de transmission du savoir disponible ont été assurées par les monastères. Certaines congrégations religieuses, comme  par exemple les Bénédictins de l’ordre de Saint Benoit, se sont spécialisées  en entretenant de superbes et riches collections dans leurs abbayes. Certaines de ces collections, comme celles de l’Abbaye de Cluny en France, étaient vraiment  célèbres  et contribuaient, dans  une large mesure, et par le biais du travail des moines copistes, à transmettre à l’Occident les œuvres de la pensée gréco-romaine, particulièrement les traités d’Aristote et la tradition juridique romaine. Umberto Eco, dans son  fameux roman Le nom de la rose avait décrit minutieusement le rôle d’une abbaye bénédictine au début du XIIIe siècle  en rapport avec  la copie et la préservation des manuscrits de l’Antiquité.

Tout un artisanat efficace s’était donc mis en place avec des moines copistes spécialisés, des dessinateurs et des enlumineurs transformant le Livre en une véritable œuvre d’art. Ceci avait trouvé son expression  la plus heureuse dans la réalisation des magnifiques livres d’heures pour les princes et les ecclésiastiques dont l’un des plus célèbres dans  le monde de la bibliophilie reste le Livre d’heures du Duc de Berry. De nos jours, ces livres copiés à la main sur du parchemin et enluminés  font partie intégrante du marché de l’art et sont très demandés par les collectionneurs. Un commissaire-priseur comme Me Maurice Rheims, de l’Académie Française, en savait long sur la question et en présentait régulièrement une chronique dans les colonnes de  la revue française  Historia.  Actuellement,  dans le cadre du  marché de l’art, les incunables ou les premiers livres imprimés jusqu’en 1500, ont une valeur marchande en nette expansion. Ils sont de plus en plus demandés et constituent de véritables valeurs sûres pour  les collectionneurs et armateurs d’art. Cependant, en dépit des innovations technologiques configurant la structure basique du livre, la tradition du livre comme objet d’art, tradition initiée dans les monastères du Moyen-âge, a traversé les siècles pour parvenir jusqu’à nous. La reliure, les motifs de la couverture, les mors,  la qualité et le type du papier, les gravures et dorures stylisées, le signet, la mise en page et les illustrations, sont, entre autres des éléments conférant au livre un aspect esthétique important s’ajoutant à la valeur intrinsèque du texte. Ce qui convertit la consultation, la lecture  du livre en une véritable délectation tant pour l’esprit que pour le cœur et les yeux. Dans ce contexte, il s’est développé des éditeurs spécialisés dans des œuvres de qualité, des livres rares. L’éditeur Jean de Bonnot, en France, est l’un de ceux-ci. Il en est de même des réalisations de la librairie Jules Tallandier, éditeur de la Revue Historia[20]. Et nous retenons alors de véritables pièces de collections se rapportant davantage à la bibliophilie, au livre comme œuvre d’art, comme médium suprême de connaissance donnant un sens profond à l’évolution permanente de l’humaine condition.  Le  livre, au cours de sa longue évolution, s’il a eu des admirateurs, a eu également des ennemis et surtout, des ennemis acharnés, farouches et puissants. D’abord, il y a les ennemis naturels du livre comme les insectes rongeurs, les rayons du soleil, la poussière et l’eau. Il y a les accidents comme les inondations, les incendies, les cataclysmes divers. Mais, il y a l’action néfaste de l’homme sur le livre et les fonds documentaires. Nous avons ici à l’esprit les destructions systématiques de bibliothèques privées et publiques comme par exemple les diverses entreprises de destruction de la fameuse Bibliothèque d’Alexandrie. Nous avons les autodafés de livres par les nazis allemands et les fascistes italiens. Il y a eu les interdictions et les brasiers de l’Inquisition catholique et les destructions des livres des auteurs catholiques dans les pays protestants. En Haïti, pendant la période de la dictature duvaliériste de 1957 à 1986, des livres furent tout simplement interdits. Des écrivains, comme Jacques-Stephen Alexis, ont connu la prison, la torture et la mort. De nos jours encore, sur le plan international, il y a des persécutions contre des auteurs[21]. Durant son histoire, le livre a donc été pourchassé, interdit, détruit, jeté aux orties et aux oubliettes. De ce fait, de nombreuses œuvres historiques, philosophiques et scientifiques ont disparues de façon définitive. Dans le meilleur des cas, la postérité ne connait que leurs titres comme par exemple la fameuse grammaire écrite par Jules César. Une grande perte pour l’évolution et l’avancement de la connaissance humaine[22]. Pour faire face à ce problème, en Bibliothéconomie et en Sciences de l’Information il y a tout un domaine consacré aux activités de Préservation et de Conservation du livre et des documents. Ce qui deviendra tout un champ de spécialisation. En revanche, le  livre a et a toujours eu, au cours de son histoire,  des défenseurs acharnés, farouches  et efficaces. D’abord, il faut toujours se rappeler que  le contenu même du livre est son premier protecteur. Des personnalités importantes les plus diverses allaient protéger historiquement le livre à cause de son  contenu.  Sous ce rapport, il convient  de rappeler que bon nombre de livres ont été soustraits des différentes destructions de la Bibliothèque d’Alexandrie à cause de leur contenu et, ce qui peut paraitre paradoxal pour le profane, par des gens faisant partie des équipes de destruction elles-mêmes. L’histoire de la protection du manuscrit du Prince de Machiavel est encore à écrire. Au XVIIIe siècle, l’Encyclopédie  de Diderot et d’Alembert, à l’époque même de sa persécution, a eu des protecteurs  puissants au sein même de la Couronne de France.  Les ouvrages de Montesquieu, de Voltaire, de Rousseau, de D’Alembert,  en dépit de la censure, de leur  mise à l’index,  ont pu circuler, comme on dit, sous le manteau  et contribuer à la grande révolution de 1789. Si le livre peut se protéger lui-même dans des circonstances bien particulières,  il ne faut pas s’écarter de vue  que le lecteur est le protecteur naturel du livre. De nos jours encore, si les auteurs sont de mieux en mieux protégés avec par le biais des conquêtes démocratiques issues de la Philosophie des Lumières, de la lutte des peuples et des actions courageuses des associations d’écrivains, il ne faut pas oublier, et nous insistons là-dessus,  que les ennemis du livre sont toujours menaçants et à l’œuvre. Les situations des journalistes de Charlie-Hebdo et de l’écrivain Salman Rushdie sont assez malheureusement éloquentes. Le livre sera toujours attaqué, toujours objet de violence de la part de la pensée unique. Umberto Eco, avions-nous dit, a brillamment illustré cette situation dans son roman célèbre Le Nom de la Rose. Mais, le livre sera toujours, accueilli, sécurisé et protégé par des personnalités et secteurs sociaux luttant pour une saine  transmission des savoirs, pour l’accès du plus grand nombre, de tous et de toutes à la connaissance, à la communauté du savoir, bref, à une société ouverte sur le bien-être individuel et collectif. De nos jours, de grandes fondations protègent le livre contre les éventuelles attaques des secteurs rétrogrades et sa plus large diffusion au sein des communautés humaines. Avec l’invention et la mise en place de l’imprimerie, les bibliothèques allaient connaître un développement sans précédent. L’on peut désormais parler de fabrication industrielle du livre. Après les grands In-folio, in-quarto et les in-octavo non moins volumineux, la mise en circulation des collections et formats de poche dans tous les pays d’Europe avait rendu le livre aisément manipulable, transportable et  omniprésent. La lecture tend de plus en plus à devenir un loisir incontournable et même un phénomène de société avec la naissance des sociétés savantes en Europe occidentale et les lectures publiques données par les auteurs dans les salons. Des gens aisés, des princes commencèrent à se constituer des fonds documentaires privés. Dans ce contexte global, les bibliothèques se modernisent avec de collections de plus en plus importantes en nombre et en valeur. L’ouvrage de M. Gabriel Naudé Advis pour dresser une bibliothèque, paru en 1627, commençait à poser les problèmes d’organisation rationnelle des bibliothèques avec un système de classification et de catalogage des livres en vue de leur utilisation efficace par les lecteurs. Plusieurs tentatives et démarches d’organisation de la Res biblioteca allaient trouver le jour dans le contexte de la production de masse et de l’Organisation Scientifique du Travail (OST) de la Révolution industrielle. Ainsi, on a eu les initiatives d’Antonio Panizi  jetant au début du XIXe siècle les bases du catalogage moderne au British Museum de Londres après les différentes démarches pour organiser la grande bibliothèque du Vatican. Aux États-Unis d’Amérique (USA), le bibliothécaire Melville Kossuck Dewey allait mettre en place le système de la Classification Décimale de Dewey (CDD) qui sera diffusé à travers le monde entier à côté de la Classification Décimale Universelle (CDU).

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la bibliothéconomie s’est constituée comme une  science autonome enseignée dans les cursus universitaires. Les  bibliothèques, au niveau mondial,  allaient connaitre un développement sans précédent et un début de spécialisation. En 1887, nous apprend Mme. Annie Béthery[23], Melvil Dewey avait fondé, à l’Université de Columbia, aux États-Unis d’Amérique (USA), la première Ecole de Bibliothéconomie pour former correctement le personnel de plus en plus imposant des bibliothèques naissantes. On parle alors non seulement de Bibliothèque nationale, mais également de bibliothèque municipale, scolaire, académique, universitaire, spécialisée… La lecture pourra se faire presque partout : en promenade, en voyage, au cabinet de toilette, dans les métros, les autobus, dans les salons, les salles d’attente, les aires d’embarquement des aéroports internationaux. La bibliothèque, elle, dans sa grande diversité, était devenue, au cours de son évolution, une institution sociale présente dans les différents aspects de la vie sociale. Elle participe même, dans un pays comme les États-Unis, à la structuration d’une vie communautaire et associative. Un phénomène qui avait nettement attiré l’attention de M. Alexis de Tocqueville lors de son enquête aux États-Unis d’Amérique (USA) devant aboutir à la rédaction de  son célèbre ouvrage[24]. Les États-Unis d’Amérique, dès la constitution de l’Union, ont beaucoup investi dans les bibliothèques. Et, ceci à trois niveaux différents et complémentaires. D’abord, au niveau des fonds publics depuis la constitution de l’Union et de façon plus déterminante avec le Président James Madison. Dans le budget fédéral, il y a un poste pour les bibliothèques du pays incluant la part de la Bibliothèque du Congrès, considérée comme la plus grande bibliothèque du monde en termes de collections et de valeur du fonds. Des associations extrêmement puissantes, comme par exemple la American Library Association (ALA), veillent scrupuleusement à la protection et au développement du secteur des bibliothèques, de la liberté de pensée et à l’enseignement de la Bibliothéconomie et des Sciences de l’Information[25]. Au second niveau, il y a l’action des États, des Municipalités, des associations et des fondations comme par exemple la célèbre Fondation Carnegie. Au troisième niveau, nous  retrouvons les bibliothèques communautaires et publiques fonctionnant seulement et exclusivement avec les contributions des résidents, des populations locales et des bibliothécaires volontaires. Ces bibliothèques communautaires sont très jalouses de leur autonomie, de leur liberté d’action et mettent beaucoup d’emphase sur l’aspect social de leurs actions. Il existe ainsi tout un maillage de l’immense territoire des USA par des bibliothèques les plus diverses, sans mentionner les énormes bibliothèques spécialisées des Universités et des Centres de recherche.

Les sociétés humaines  dans leur  intégralité et leur diversité semblent ne point pouvoir exister et encore moins fonctionner sans la présence et le support des bibliothèques au niveau de la société d’aujourd’hui. L’écrit est donc consubstantiel de la vie sociale et c’est l’une des caractéristiques les plus marquantes de notre époque. Avec les progrès et développement technologiques, la bibliothèque est devenue virtuelle et ses ressources consultables en un clic de souris d’ordinateur. Elle est à  portée de main, dans et sur le téléphone. L’homo legens est désormais, sous tous les cieux, une réalité incontournable. Et, avec la Science et la Technologie, la Bibliothèque, dans ses évolutions ses plus récentes, n’en continu pas moins, au fur et à mesure, à contribuer à l’émergence  permanente d’un autre type d’Homo,  posant de grandes  et pertinentes questions pour l’avenir et que l’écrivain Yuval Noah Harari appelle bien, dans son œuvre maitresse du même nom,  l’Homo Deus

Jérôme Paul Eddy Lacoste

Documentaliste, Responsable académique de la Faculté des Sciences Humaines de l’Université d’État d’Haïti, juin 2024.

babuzi2001@yahoo.fr

 

NOTES

[1] Yuval Noah Harari (2018). Homo sapiens: a brief story of human mankind. Ensuite, Homo Deus: a brief story of tomorrow. Ces deux ouvrages constituent actuellement un phénomène de librairie en termes de vente  et sont en conséquence  traduits dans les langues les plus diverses.   

2 Sur les débuts de la constitution et du fonctionnement des premiers groupements humains sédentaires, voir l’ouvrage de Francis Hours (1997). Les civilisations du paléolithique. Ed. Presses Universitaires de France (PUF). Collection : Que Sais-je ? Paris.  

3  C’est la thèse de M. Emile Durkheim (1893) dans son ouvrage célèbre De la division du travail social. Presses Universitaires de France (PUF). Paris.  

4Voir sous ce rapport l’étude de l’historien Alain Decaux : « Champollion, l’homme qui fit parler l’Egypte » dans son ouvrage Histoires extraordinaires. Ouvrage paru en 1994 aux Editions  France-Loisirs. Paris.

5 Henriette Walter (1994). L’aventure des langues en Occident : leur origine, leur histoire, leur géographie. Ed. Robert Laffont, Paris, p. 36.

6 Ibid.

[1] Frederick Wilfrid Lancaster (1978).  Toward  a Paperless Information system.  Academic Press Inc.

7 Zbigniew Brzezinski (1971).  La révolution technétronique. Ed. Calmann-Lévy.  Paris.

8 Titre d’un ouvrage  célèbre de  M. Marshall Mc Luhan considéré comme un classique dans l’histoire des Sciences de la Communication.  

9 UNESCO « L’analphabétisme, cette autre forme d’esclavage ». Cet article mentionne que 773 millions de personnes dans le monde  ne savent pas lire ou frappées  d’illettrisme.  De ce texte, nous extrayons ce passage du directeur de l’UNESCO en 1949, M. Jaime Torres Bodet : « le XIXe siècle devrait se  louer d’avoir légalement aboli l’esclavage. Le XXIe devrait se vouer à  supprimer cette autre forme d’esclavage qu’est l’analphabétisme ». www.unesco.org. Accédé le 23 octobre 2022.      

10 M. Andrew Carnegie avait  laissé très jeune les bancs de l’école pour aller travailler dans les chantiers de  construction et les chemins de fer comme ouvrier manœuvre à la fin du XIXe siècle. L’après-midi, il fréquentait régulièrement  la petite bibliothèque publique de sa ville.  Dans ce « lieu sacré », il  apprenait seul les bases du fonctionnement des finances, de la comptabilité, de l’économie et de l’entrepreneuriat. À partir de ces  connaissances, M. Carnegie avait commencé à effectuer de modestes investissements qui, renouvelés avec discipline, lui a permis de devenir  l’un des hommes les plus riches des USA en son temps. Quand il prit sa retraite,  M. Carnegie a choisi de retourner sa fortune à l’institution qui le lui avait  donné,  à savoir la bibliothèque publique. C’est ainsi que nous allons retrouver des Bibliothèques Carnegie dans toutes les villes des États-Unis  d’Amérique (USA) et à l’étranger complètement  soutenues par la Fondation Carnegie.   

11 Michel Mourre  est  un  véritable autodidacte dans le domaine des sciences humaines et sociales. Il a pourtant écrit un Dictionnaire d’Histoire universelle encore appelé encyclopédie Mourre, ou tout simplement « le Mourre » qui fait toujours autorité comme  ouvrage de référence de base pour les bibliothèques publiques.   

12 De nombreuses études historiques ont été  consacrées à la personnalité et à l’action  de Toussaint Louverture. Le Professeur Watson Denis avait consacré  toute une bibliographie internationale spécialisée  de près de deux cents titres en plusieurs langues sur Toussaint Louverture publiée dans la revue Itinéraires de Décembre 2004 du Centre de Recherches Historiques et Sociologiques (CREHSO) de la Faculté des Sciences Humaines de l’Université d’État d’Haïti (UEH). Le gouvernement de Toussaint Louverture pose de sérieux problèmes d’appréciation et de compréhension, tant pour les historiens français que pour une certaine tradition historique haïtienne. Dans le premier cas, les travaux de M. Pierre Pluchon  peuvent en témoigner. Une documentation énorme, riche et de qualité. Une grande rigueur dans l’écriture et l’exposé des problèmes. Mais une incapacité de saisir pourquoi la France, en dépit de ce qu’avait pu confesser Napoléon à Sainte-Hélène, n’avait pas pu négocier la proposition autonomiste de Toussaint Louverture  dans le cadre de la Constitution de 1801. Force  est de constater et de relever que la tradition historique française, en dépit de la « bonne foi » de certains de ses historiens comme Jacques de Cauna par exemple, n’est pas encore prête à questionner le modèle colonial français, et encore moins, selon le mot de M. Yves Benot (2006), à questionner la politique « démentielle » de Napoléon,  personnalité politique que ces mêmes historiens, quand ils étaient sur les bancs de l’école en France, avaient appris à admirer « la gloire et la grandeur» à travers des images d’Epinal.. Une véritable impasse pour ces historiens français étudiant la question domingoise… Ce qui conduit à des omissions. Dans le numéro 215 de la Revue de la Société Haïtienne d’Histoire et de Géographie, M. Francis Arzalier relevait « la prudence extrême, sinon le mutisme total des historiens français Jean Tulard et Pierre Pluchon sur la répression coloniale par Bonaparte ».  D’un autre côté, dans la tradition historique haïtienne, il prévalait une forte tendance à mettre en exergue les hautes qualités intrinsèques du personnage Louverture, sa stratégie militaire, sa diplomatie, sans étudier et bien tirer les conséquences des caractéristiques essentielles de son modèle économique. Ainsi les historiens haïtiens, en majorité, n’arrivent pas toujours à saisir et à tirer les conséquences des antagonismes fondamentaux entre le modèle économique de Louverture et les aspirations des cultivateurs. Ainsi, l’on reprochera à Toussaint Louverture son ouverture aux « Blancs » détenteurs du grand capital, et surtout son « caporalisme agraire », la « dureté » de ses règlements de culture en ignorant totalement ou en passant sous silence que le modèle de Louverture n’était autre chose que la première et peut-être la seule tentative dans notre pays d’une démarche de passage de l’esclavage au capitalisme, comme cela a mis du temps pour se concrétiser aux États-Unis d’Amérique (USA) avec tous les ravages que l’on sait pour les Noirs du Sud. L’on semble oublier que le capitalisme, en Europe, avait fait travailler des femmes et des enfants dans les mines pendant des journées de travail de douze heures et même de quatorze heures… Toussaint voulait avoir les cultivateurs comme des ouvriers agricoles recevant compensation et salaire pour leur travail, mais attachés aux plantations produisant des denrées d’exportation pour un État riche et fort entretenant des liens étroits avec le commerce et le grand capital international. La liberté pour Toussaint, c’était certes l’abolition de l’esclavage, mais aussi et surtout le travail rémunéré, divisé, organisé et fortement contrôlé sur les plantations mêmes. Hors de la plantation, pas de survie.  Pour cela, Louverture avait farouchement combattu le marronnage, le vaudou et la petite propriété paysanne. Il avait formellement interdit aux notaires sur place de passer des actes de vente de moins de cinquante carreaux de terre, et, surtout l’article 17 de la Constitution de 1801 prévoyait d’introduire de « nouveaux bras » dans la colonie… Cependant, il y a de nouvelles approches sur la question. Ici, je dois rappeler une intervention du Professeur Roger Petit-Frère à l’émission Intérêt Public de Madame Liliane Pierre-Paul sur les ondes de Radyo Kiskeya. Le Professeur Petit-Frère a insisté sur le fait signalé par le Professeur Michel Hector que les esclaves à Saint-Domingue, « étaient farouchement anti-plantationnaires». Le Professeur Jean Casimir parle de « contre plantation » qui est tout une nouvelle conception de la vie et de son organisation de la part des cultivateurs après l’esclavage.  Ainsi, les cultivateurs, eux, voulaient la terre pour eux-mêmes, afin de pouvoir devenir des paysans autonomes produisant d’abord des vivres alimentaires et même des denrées pour leur propre consommation et leur mode de vie. La production pour l’exportation, dans une certaine mesure, viendrait après. Pour les cultivateurs, c’était cela la liberté. Des positions pratiquement irréconciliables. C’est ce que l’historien Pierre Buteau dans une étude intéressante parue dans les numéros de janvier 2018-décembre 2019 de la Revue de la Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie appelle « le malentendu » entre le régime économique de Toussaint Louverture et les aspirations des masses. Dans le numéro 215 d’avril de la même Revue, le Professeur Buteau avait clairement montré « les particularités et les limites » du projet louverturien et tirer les implications logiques durables. Nous avons là deux modèles politiques et économiques totalement contradictoires et qui vont s’affronter durant tout le dix-neuvième siècle jusqu’à nos jours en passant par la période de l’occupation américaine de 1915-1934. Le triomphe de l’un de ces modèles, dans une forte mesure celui de Moyse, implique nécessairement le rejet de l’autre. Les Américains en ont fait l’amère expérience lors de l’Occupation de 1915 avec l’échec cuisant des tentatives d’implantation de quelques grandes plantations capitalistes…D’autres échecs de ces tentatives de monoculture sont encore récents dans la période contemporaine, particulièrement dans le Département du Nord-est. Bref, l’on a, peut-être sans le vouloir et dans un « désir patriotique », construit  une certaine image d’un homme politique qui avait certes en tête un modèle cohérent et précis de sortie de l’esclavage. Mais, un modèle qui n’était pas moins en très grande contradiction avec les aspirations de la masse des anciens esclaves pour qui la liberté, c’était d’abord et surtout, la possession de la terre. Il faut toujours le souligner. Ce qui ne diminue en rien l’apport de  l’ancien esclave de Bréda à l’Indépendance Nationale de 1804. Même si la gestion de cette Indépendance a donné lieu, au fil du temps, à un régime économique et politique se retrouvant totalement aux antipodes de ce qu’avait voulu le Précurseur…

13 Albert Labarre (1978). Histoire du livre. Coll. Que Sais-je ? Ed. PUF, Paris, p. 5.

14La Bibliothèque d’Alexandrie a donné lieu à une immense littérature que nous ne pourrons mentionner ici.  Notons qu’elle a été  fondée par  Ptolémée Soter au IIIe siècle avant J.C.  À partir des plans de M. Démétrius de Phalère, il s’agissait d’une  bibliothèque construite conformément aux normes en la matière pour l’emmagasinement et la consultation des documents. De plus, avec M. Callimacus de Cyrène, il y a eu en cette bibliothèque un  système de classification par sujets, matières et disciplines, système qui serait  à la base de la Classification Décimale de  Melvil Dewey  (CDD) en 1876 aux USA. Il y fonctionnait une sorte de procédure de Dépôt Légal avec l’obligation  pour les auteurs d’y déposer un exemplaire de leurs ouvrages pour effectuer des copies  à l’intention de la Bibliothèque. Des services de lecture furent accordés sur demande aux savants, écrivains et maitres d’écoles. La Bibliothèque d’Alexandrie fut durement affectée  par la conquête de l’Egypte par les Arabes. Elle fut finalement détruite par les Chrétiens. Ce qui eut des  conséquences très graves sur l’évolution et le  progrès des  connaissances  au niveau de l’Occident. La pensée des auteurs de l’Antiquité sera  adoptée par les Arabes. C’est par la traduction des textes arabes qu’un auteur comme Aristote a pu revenir en Occident par exemple. Sur le site de la ville d’Alexandrie, la bibliothèque a été reconstruite  et inaugurée par l’UNESCO  le 17 octobre 2002.

15 Ortega y Gasset (2005). La misión del bibliotecario. CONACULTA,  Mexico.  

16 Jules César représente l’un des Hommes d’État  qui, par leurs  initiatives, ont  eu  une action  déterminante sur le cours de l’histoire universelle. La bibliographie sur un tel, personnage  historique est immense dans les langues les plus diverses. On ne peut même pas l’évoquer dans le cadre du présent ouvrage. On pourra toujours référer le lecteur aux classiques travaux de M. Jérôme Carcopino. Le Dr. Joseph D. St. Vil, dans son cours de Latin au Lycée Toussaint Louverture, nous faisait toujours savoir que même les dénominations de Tsar, de Czar, de Kaiser, sont des références au  nom de César. Mais on ignore, ou l’on passe  souvent  sous silence que ce grand Stratège  au sens hellénique du terme, ce grand Homme d’État a été aussi un très grand écrivain. Issu d’une riche famille de patriciens, Jules César avait reçu  une éducation soignée. Dès sa jeunesse, il était un grammairien réputé  et  avait  écrit une grammaire latine (De Analogia) qui n’est pas parvenue jusqu’à nous. Mais, dans son œuvre majeure,  « Commentarii de Bello Gallico », qui est une revue militaire de la guerre pour la conquête  de la  Gaule dans sa grande diversité, nous retrouvons le Grand maitre du latin pur, simple dans son expression, cohérent dans son  articulation syntaxique. Car, la phrase de César est un  modèle de clarté, de simplicité et de concision avec, entre autres, des emplois judicieux de l’ablatif absolu et des prépositions corrélatives. Je me rappelle comment le Dr. Joseph D. St. Vil, notre Professeur de Latin au Lycée Toussaint Louverture, nous faisait découvrir les subtilités de la prose de Jules César à travers des traductions commentées des extraits du « De Bello Gallico ». L’on comprend bien que les différentes grammaires  latines utilisent souvent des  exemples tirés du « De Bello Gallico »  pour illustrer des modes d’utilisation des tournures grammaticales latines spécifiques à l’endroit des jeunes apprenants. Pour les Professeurs  J. Gason,  A. Thomas et E. Baudiffer, (1990). Précis de grammaire des lettres latines, Editions Magnard, Paris, p. 8, « Encore aujourd’hui, quand on rédige un thème, c’est César et Cicéron que l’on s’efforce d’imiter et les « règles » de la grammaire latine correspondent à la langue de ces auteurs ». Comme dirigeant politique, Jules César a été assassiné le jour marquant les Ides de mars de l’année 44 avant notre ère sur les marches du Sénat Romain. Parmi les assaillants se retrouvait  M. Brutus, le fils adoptif et protégé de César. Il faut rappeler que ce fut M. Brutus qui commandait la flotte romaine lors de la guerre de Gaule. D’après Plutarque, en remarquant  son fils adoptif parmi les  assassins, César avait prononcé cette phrase célèbre : Tu quoque filii (Toi aussi mon fils) avant de succomber sous les coups de poignard des assaillants. Etre assassiné ou trahi par celui à qui l’on a fait le plus de bien, c’est un  peu courant dans les chemins tortueux de  la politique et de l’Histoire. Plus près de nous, M. Salvador Allende au Chili, M. Patrice Lumumba au Congo belge et  M. Thomas  Sankara au Burkina Faso en eurent à faire la mortelle expérience. Plusieurs siècles plus tard, la figure emblématique de  Jules César a été  présentée au théâtre par l’un des plus grands dramaturges de tous les temps, M. William Shakespeare. Et, à la fin de la pièce, le rideau tombe sur ces paroles exprimant la pensée profonde de  l’auteur : Le mal que font les hommes vit après eux ; Le bien  qu’ils font est enterré avec leurs cendres. Qu’il en soit ainsi de César

17Suétone.  Vie de César, 44.  Biblioteca classica selecta. Www. Suétone,%20César,%2044.html. Accédé le 23 avril 2021.

18 Ibid.

19La Revue française Historia  possède une très longue  tradition de diffusion et de présence en Haïti.  Elle a eu pour Directeur-Général pendant plus d’une cinquantaine d’années M. Christian Melchior-Bonnet qui, en plus des célèbres  résumés introductifs  pour les articles,  y tenait deux rubriques très prisés par les lecteurs : L’histoire de la musique par les disques et  Les livres d’histoire.

20 Récemment, un célèbre journaliste saoudien Jamal Khashogi, pour ses publications, a été froidement assassiné dans les locaux mêmes de l’ambassade de l’Arabie saoudite en Turquie, le 2 octobre 2018. Après une période de protestation et de condamnation des pays occidentaux s’appuyant sur « les valeurs des droits humains », les relations entre l’Occident, par la suite,  ont repris de plus belle avec la monarchie saoudienne. Comme si l’accès au pétrole saoudien abondant et bon marché, est encore plus « stratégique » que « les valeurs des droits humains »…Les intérêts des États et des grands groupes financiers et industriels ne tendent-ils pas à s’opposer de plus en plus en  notre époque dite moderne et même postmoderne aux valeurs basiques humanistes constituant les fondements mêmes de cette modernité ? Etrange dilemme appelant à des choix  difficiles, cornéliens, mais non moins possibles… Sous ce rapport, il est des œuvres cinématographiques qu’il faut toujours revoir et rediffuser pour l’édification et la formation des jeunes.  Nous pensons par exemple à  I comme Icare et à Mille milliards de dollars d’Henri Verneuil et surtout, surtout, à  La Raison d’Etat du réalisateur français André Cayatte. La liberté de pensée et d’écriture, principe de base de la Philosophie des Lumières est, de nos jours, plus que jamais menacée par ce qu’Umberto Eco appelait dans son roman Le nom de la Rose la venue de l’Antéchrist, et les éditeurs de ce roman célèbre, les Forces de la nuit…Ainsi, la vigilance intellectuelle pour la conservation de la liberté de pensée et d’écrire, à notre époque de l’internet, des fusées nucléaires et surtout de l’avènement de ce fameux Homo Deus dont parle Noah Haari, cette vigilance, en définitive, n’est point un leurre et, encore moins,  un effet de mode.  

21Il faut se rappeler ici qu’une bonne partie de la production  littéraire  et scientifique  grecque ne nous est parvenue que par les Arabes. Les cas des traductions d’Aristote, d’Euclide et même d’Hippocrate à partir de l’Arabe durant le Moyen-âge,  ont été déterminants pour la constitution du corpus théorique et même méthodologique de la Science en Europe occidentale.

22 Annie Béthery (1998). Abrégé de la Classification Décimale de Dewey. Editions du cercle de la  librairie. Paris, p. 19.

23 Alexis de Tocqueville (1951). De la démocratie en Amérique. 2vol. Editions Gallimard, Paris.

24 Sur ce qui se fait dans le domaine des bibliothèques et des services d’informations sur tout le territoire des USA, le lecteur pourra consulter avec profit les publications de la American Library Association (ALA) à l’adresse électronique suivante : www.ala.org.  Il est à noter que c’est la American Library Association (ALA) qui procède à l’Homologation,  à l’Accréditation  et à  l’évaluation  régulière de l’enseignement de la Bibliothéconomie et des Sciences de l’Information dans les Universités américaines et à Porto-Rico. Cette entité évalue régulièrement les bibliothèques de l’Union selon des critères bien déterminés.  La Escuela Graduada de Ciencias y Tecnologías de la Información de l’Université de Porto-Rico, Recinto de Río Piedras, où nous avions pu étudier, se retrouve dans le système d’homologation de la  American Library Association (ALA) avec toutes les exigences infrastructurelles et  académiques  que  cela requiert.


[1] Yuval Noah Harari (2018). Homo sapiens: a brief story of human mankind. Ensuite, Homo Deus: a brief story of tomorrow. Ces deux ouvrages constituent actuellement un phénomène de librairie en termes de vente  et sont en conséquence  traduits dans les langues les plus diverses.   

[2] Sur les débuts de la constitution et du fonctionnement des premiers groupements humains sédentaires, voir l’ouvrage de Francis Hours (1997). Les civilisations du paléolithique. Ed. Presses Universitaires de France (PUF). Collection : Que Sais-je ? Paris.  

[3]  C’est la thèse de M. Emile Durkheim (1893) dans son ouvrage célèbre De la division du travail social. Presses Universitaires de France (PUF). Paris.  

[4] Voir sous ce rapport l’étude de l’historien Alain Decaux : « Champollion, l’homme qui fit parler l’Egypte » dans son ouvrage Histoires extraordinaires. Ouvrage paru en 1994 aux Editions  France-Loisirs. Paris.

[5] Henriette Walter (1994). L’aventure des langues en Occident : leur origine, leur histoire, leur géographie. Ed. Robert Laffont, Paris, p. 36.

[6] Ibid.

[7] Frederick Wilfrid Lancaster (1978).  Toward  a Paperless Information system.  Academic Press Inc.

[8] Zbigniew Brzezinski (1971).  La révolution technétronique. Ed. Calmann-Lévy.  Paris.

[9] Titre d’un ouvrage  célèbre de  M. Marshall Mc Luhan considéré comme un classique dans l’histoire des Sciences de la Communication.  

[10] UNESCO « L’analphabétisme, cette autre forme d’esclavage ». Cet article mentionne que 773 millions de personnes dans le monde  ne savent pas lire ou frappées  d’illettrisme.  De ce texte, nous extrayons ce passage du directeur de l’UNESCO en 1949, M. Jaime Torres Bodet : « le XIXème siècle devrait se  louer d’avoir légalement aboli l’esclavage. Le XXIème devrait se vouer à  supprimer cette autre forme d’esclavage qu’est l’analphabétisme ». www.unesco.org. Accédé le 23 octobre 2022.

[11] M. Andrew Carnegie avait  laissé très jeune les bancs de l’école pour aller travailler dans les chantiers de  construction et les chemins de fer comme ouvrier manœuvre à la fin du XIXème siècle. L’après-midi, il fréquentait régulièrement  la petite bibliothèque publique de sa ville.  Dans ce « lieu sacré », il  apprenait seul les bases du fonctionnement des finances, de la comptabilité, de l’économie et de l’entrepreneuriat. A partir de ces  connaissances, M. Carnegie avait commencé à effectuer de modestes investissements qui, renouvelés avec discipline, lui a permis de devenir  l’un des hommes les plus riches des USA en son temps. Quand il prit sa retraite,  M. Carnegie a choisi de retourner sa fortune à l’institution qui le lui avait  donné,  à savoir la bibliothèque publique. C’est ainsi que nous allons retrouver des Bibliothèques Carnegie dans toutes les villes des Etats-Unis  d’Amérique (USA) et à l’étranger complètement  soutenues par la Fondation Carnegie.   

[12] Michel Mourre  est  un  véritable autodidacte dans le domaine des sciences humaines et sociales. Il a pourtant écrit un Dictionnaire d’Histoire universelle encore appelé encyclopédie Mourre, ou tout simplement « le Mourre » qui fait toujours autorité comme  ouvrage de référence de base pour les bibliothèques publiques.   

[13]  De nombreuses études historiques ont été  consacrées à la personnalité et à l’action  de Toussaint Louverture. Le Professeur Watson Denis avait consacré  toute une bibliographie internationale spécialisée  de près de deux cents titres en plusieurs langues sur Toussaint Louverture publiée dans la revue Itinéraires de Décembre 2004 du Centre de Recherches Historiques et Sociologiques (CREHSO) de la Faculté des Sciences Humaines de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH). Le gouvernement de Toussaint Louverture pose de sérieux problèmes d’appréciation et de compréhension, tant pour les historiens français que pour une certaine tradition historique haïtienne. Dans le premier cas, les travaux de M. Pierre Pluchon  peuvent en témoigner. Une documentation énorme, riche et de qualité. Une grande rigueur dans l’écriture et l’exposé des problèmes. Mais une incapacité de saisir pourquoi la France, en dépit de ce qu’avait pu confesser Napoléon à Sainte-Hélène, n’avait pas pu négocier la proposition autonomiste de Toussaint Louverture  dans le cadre de la Constitution de 1801. Force  est de constater et de relever que la tradition historique française, en dépit de la « bonne foi » de certains de ses historiens comme Jacques de Cauna par exemple, n’est pas encore prête à questionner le modèle colonial français, et encore moins, selon le mot de M. Yves Benot (2006), à questionner la politique « démentielle » de Napoléon,  personnalité politique que ces mêmes historiens, quand ils étaient sur les bancs de l’école en France, avaient appris à admirer « la gloire et la grandeur» à travers des images d’Epinal.. Une véritable impasse pour ces historiens français étudiant la question domingoise… Ce qui conduit à des omissions. Dans le numéro 215 de la Revue de la Société Haïtienne d’Histoire et de Géographie, M. Francis Arzalier relevait « la prudence extrême, sinon le mutisme total des historiens français Jean Tulard et Pierre Pluchon sur la répression coloniale par Bonaparte ».  D’un autre côté, dans la tradition historique haïtienne, il prévalait une forte tendance à mettre en exergue les hautes qualités intrinsèques du personnage Louverture, sa stratégie militaire, sa diplomatie, sans étudier et bien tirer les conséquences des caractéristiques essentielles de son modèle économique. Ainsi les historiens haïtiens, en majorité, n’arrivent pas toujours à saisir et à tirer les conséquences des antagonismes fondamentaux entre le modèle économique de Louverture et les aspirations des cultivateurs. Ainsi, l’on reprochera à Toussaint Louverture son ouverture aux « Blancs » détenteurs du grand capital, et surtout son « caporalisme agraire », la « dureté » de ses règlements de culture en ignorant totalement ou en passant sous silence que le modèle de Louverture n’était autre chose que la première et peut-être la seule tentative dans notre pays d’une démarche de passage de l’esclavage au capitalisme, comme cela a mis du temps pour se concrétiser aux Etats-Unis d’Amérique (USA) avec tous les ravages que l’on sait pour les Noirs du Sud. L’on semble oublier que le capitalisme, en Europe, avait fait travailler des femmes et des enfants dans les mines pendant des journées de travail de douze heures et même de quatorze heures… Toussaint voulait avoir les cultivateurs comme des ouvriers agricoles recevant compensation et salaire pour leur travail, mais attachés aux plantations produisant des denrées d’exportation pour un Etat riche et fort entretenant des liens étroits avec le commerce et le grand capital international. La liberté pour Toussaint, c’était certes l’abolition de l’esclavage, mais aussi et surtout le travail rémunéré, divisé, organisé et fortement contrôlé sur les plantations mêmes. Hors de la plantation, pas de survie.  Pour cela, Louverture avait farouchement combattu le marronnage, le vaudou et la petite propriété paysanne. Il avait formellement interdit aux notaires sur place de passer des actes de vente de moins de cinquante carreaux de terre, et, surtout l’article 17 de la Constitution de 1801 prévoyait d’introduire de « nouveaux bras » dans la colonie… Cependant, il y a de nouvelles approches sur la question. Ici, je dois rappeler une intervention du Professeur Roger Petit-Frère à l’émission Intérêt Public de Madame Liliane Pierre-Paul sur les ondes de Radyo Kiskeya. Le Professeur Petit-Frère a insisté sur le fait signalé par le Professeur Michel Hector que les esclaves à Saint-Domingue, « étaient farouchement anti-plantationnaires». Le Professeur Jean Casimir parle de « contre plantation » qui est tout une nouvelle conception de la vie et de son organisation de la part des cultivateurs après l’esclavage.  Ainsi, les cultivateurs, eux, voulaient la terre pour eux-mêmes, afin de pouvoir devenir des paysans autonomes produisant d’abord des vivres alimentaires et même des denrées pour leur propre consommation et leur mode de vie. La production pour l’exportation, dans une certaine mesure, viendrait après. Pour les cultivateurs, c’était cela la liberté. Des positions pratiquement irréconciliables. C’est ce que l’historien Pierre Buteau dans une étude intéressante parue dans les numéros de janvier 2018-décembre 2019 de la Revue de la Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie appelle « le malentendu » entre le régime économique de Toussaint Louverture et les aspirations des masses. Dans le numéro 215 d’avril de la même Revue, le Professeur Buteau avait clairement montré « les particularités et les limites » du projet louverturien et tirer les implications logiques durables. Nous avons là deux modèles politiques et économiques totalement contradictoires et qui vont s’affronter durant tout le dix-neuvième siècle jusqu’à nos jours en passant par la période de l’occupation américaine de 1915-1934. Le triomphe de l’un de ces modèles, dans une forte mesure celui de Moyse, implique nécessairement le rejet de l’autre. Les Américains en ont fait l’amère expérience lors de l’Occupation de 1915 avec l’échec cuisant des tentatives d’implantation de quelques grandes plantations capitalistes…D’autres échecs de ces tentatives de monoculture sont encore récents dans la période contemporaine, particulièrement dans le Département du Nord-est. Bref, l’on a, peut-être sans le vouloir et dans un « désir patriotique », construit  une certaine image d’un homme politique qui avait certes en tête un modèle cohérent et précis de sortie de l’esclavage. Mais, un modèle qui n’était pas moins en très grande contradiction avec les aspirations de la masse des anciens esclaves pour qui la liberté, c’était d’abord et surtout, la possession de la terre. Il faut toujours le souligner. Ce qui ne diminue en rien l’apport de  l’ancien esclave de Bréda à l’Indépendance Nationale de 1804. Même si la gestion de cette Indépendance a donné lieu, au fil du temps, à un régime économique et politique se retrouvant totalement aux antipodes de ce qu’avait voulu le Précurseur…

[14] Albert Labarre (1978). Histoire du livre. Coll. Que Sais-je ? Ed. PUF, Paris, p. 5.

[15] La Bibliothèque d’Alexandrie a donné lieu à une immense littérature que nous ne pourrons mentionner ici.  Notons qu’elle a été  fondée par  Ptolémée Soter au IIIème siècle avant J.C.  A partir des plans de M. Démétrius de Phalère, il s’agissait d’une  bibliothèque construite conformément aux normes en la matière pour l’emmagasinement et la consultation des documents. De plus, avec M. Callimacus de Cyrène, il y a eu en cette bibliothèque un  système de classification par sujets, matières et disciplines, système qui serait  à la base de la Classification Décimale de  Melvil Dewey  (CDD) en 1876 aux USA. Il y fonctionnait une sorte de procédure de Dépôt Légal avec l’obligation  pour les auteurs d’y déposer un exemplaire de leurs ouvrages pour effectuer des copies  à l’intention de la Bibliothèque. Des services de lecture furent accordés sur demande aux savants, écrivains et maitres d’écoles. La Bibliothèque d’Alexandrie fut durement affectée  par la conquête de l’Egypte par les Arabes. Elle fut finalement détruite par les Chrétiens. Ce qui eut des  conséquences très graves sur l’évolution et le  progrès des  connaissances  au niveau de l’Occident. La pensée des auteurs de l’Antiquité sera  adoptée par les Arabes. C’est par la traduction des textes arabes qu’un auteur comme Aristote a pu revenir en Occident par exemple. Sur le site de la ville d’Alexandrie, la bibliothèque a été reconstruite  et inaugurée par l’UNESCO  le 17 octobre 2002.

   

[16] Ortega y Gasset (2005). La misión del bibliotecario. CONACULTA,  Mexico.  

 

[17] Jules César représente l’un des Hommes d’Etat  qui, par leurs  initiatives, ont  eu  une action  déterminante sur le cours de l’histoire universelle. La bibliographie sur un tel, personnage  historique est immense dans les langues les plus diverses. On ne peut même pas l’évoquer dans le cadre du présent ouvrage. On pourra toujours référer le lecteur aux classiques travaux de M. Jérôme Carcopino. Le Dr. Joseph D. St. Vil, dans son cours de Latin au Lycée Toussaint Louverture, nous faisait toujours savoir que même les dénominations de Tsar, de Czar, de Kaiser, sont des références au  nom de César. Mais on ignore, ou l’on passe  souvent  sous silence que ce grand Stratège  au sens hellénique du terme, ce grand Homme d’Etat a été aussi un très grand écrivain. Issu d’une riche famille de patriciens, Jules César avait reçu  une éducation soignée. Dès sa jeunesse, il était un grammairien réputé  et  avait  écrit une grammaire latine (De Analogia) qui n’est pas parvenue jusqu’à nous. Mais, dans son œuvre majeure,  « Commentarii de Bello Gallico », qui est une revue militaire de la guerre pour la conquête  de la  Gaule dans sa grande diversité, nous retrouvons le Grand maitre du latin pur, simple dans son expression, cohérent dans son  articulation syntaxique. Car, la phrase de César est un  modèle de clarté, de simplicité et de concision avec, entre autres, des emplois judicieux de l’ablatif absolu et des prépositions corrélatives. Je me rappelle comment le Dr. Joseph D. St. Vil, notre Professeur de Latin au Lycée Toussaint Louverture, nous faisait découvrir les subtilités de la prose de Jules César à travers des traductions commentées des extraits du « De Bello Gallico ». L’on comprend bien que les différentes grammaires  latines utilisent souvent des  exemples tirés du « De Bello Gallico »  pour illustrer des modes d’utilisation des tournures grammaticales latines spécifiques à l’endroit des jeunes apprenants. Pour les Professeurs  J. Gason,  A. Thomas et E. Baudiffer, (1990). Précis de grammaire des lettres latines, Editions Magnard, Paris, p. 8, « Encore aujourd’hui, quand on rédige un thème, c’est César et Cicéron que l’on s’efforce d’imiter et les « règles » de la grammaire latine correspondent à la langue de ces auteurs ». Comme dirigeant politique, Jules César a été assassiné le jour marquant les Ides de mars de l’année 44 avant notre ère sur les marches du Sénat Romain. Parmi les assaillants se retrouvait  M. Brutus, le fils adoptif et protégé de César. Il faut rappeler que ce fut M. Brutus qui commandait la flotte romaine lors de la guerre de Gaule. D’après Plutarque, en remarquant  son fils adoptif parmi les  assassins, César avait prononcé cette phrase célèbre : Tu quoque filii (Toi aussi mon fils) avant de succomber sous les coups de poignard des assaillants. Etre assassiné ou trahi par celui à qui l’on a fait le plus de bien, c’est un  peu courant dans les chemins tortueux de  la politique et de l’Histoire. Plus près de nous, M. Salvador Allende au Chili, M. Patrice Lumumba au Congo belge et  M. Thomas  Sankara au Burkina Faso en eurent à faire la mortelle expérience. Plusieurs siècles plus tard, la figure emblématique de  Jules César a été  présentée au théâtre par l’un des plus grands dramaturges de tous les temps, M. William Shakespeare. Et, à la fin de la pièce, le rideau tombe sur ces paroles exprimant la pensée profonde de  l’auteur : Le mal que font les hommes vit après eux ; Le bien  qu’ils font est enterré avec leurs cendres. Qu’il en soit ainsi de César

 

[18] Suétone.  Vie de César, 44.  Biblioteca classica selecta. Www. Suétone,%20César,%2044.html. Accédé le 23 avril 2021.

 

[19] Ibid.

[20] La Revue française Historia  possède une très longue  tradition de diffusion et de présence en Haïti.  Elle a eu pour Directeur-Général pendant plus d’une cinquantaine d’années M. Christian Melchior-Bonnet qui, en plus des célèbres  résumés introductifs  pour les articles,  y tenait deux rubriques très prisés par les lecteurs : L’histoire de la musique par les disques et  Les livres d’histoire.

 

[21] Récemment, un célèbre journaliste saoudien Jamal Khashogi, pour ses publications, a été froidement assassiné dans les locaux mêmes de l’ambassade de l’Arabie saoudite en Turquie, le 2 octobre 2018. Après une période de protestation et de condamnation des pays occidentaux s’appuyant sur « les valeurs des droits humains », les relations entre l’Occident, par la suite,  ont repris de plus belle avec la monarchie saoudienne. Comme si l’accès au pétrole saoudien abondant et bon marché, est encore plus « stratégique » que « les valeurs des droits humains »…Les intérêts des Etats et des grands groupes financiers et industriels ne tendent-ils pas à s’opposer de plus en plus en  notre époque dite moderne et même postmoderne aux valeurs basiques humanistes constituant les fondements mêmes de cette modernité ? Etrange dilemme appelant à des choix  difficiles, cornéliens, mais non moins possibles… Sous ce rapport, il est des œuvres cinématographiques qu’il faut toujours revoir et rediffuser pour l’édification et la formation des jeunes.  Nous pensons par exemple à  I comme Icare et à Mille milliards de dollars d’Henri Verneuil et surtout, surtout, à  La Raison d’Etat du réalisateur français André Cayatte. La liberté de pensée et d’écriture, principe de base de la Philosophie des Lumières est, de nos jours, plus que jamais menacée par ce qu’Umberto Eco appelait dans son roman Le nom de la Rose la venue de l’Antéchrist, et les éditeurs de ce roman célèbre, les Forces de la nuit…Ainsi, la vigilance intellectuelle pour la conservation de la liberté de pensée et d’écrire, à notre époque de l’internet, des fusées nucléaires et surtout de l’avènement de ce fameux Homo Deus dont parle Noah Haari, cette vigilance, en définitive, n’est point un leurre et, encore moins,  un effet de mode.  

 

[22] Il faut se rappeler ici qu’une bonne partie de la production  littéraire  et scientifique  grecque ne nous est parvenue que par les Arabes. Les cas des traductions d’Aristote, d’Euclide et même d’Hippocrate à partir de l’Arabe durant le Moyen-âge,  ont été déterminants pour la constitution du corpus théorique et même méthodologique de la Science en Europe occidentale.

[23] Annie Béthery (1998). Abrégé de la Classification Décimale de Dewey. Editions du cercle de la  librairie. Paris, p. 19.

 

[24] Alexis de Tocqueville (1951). De la démocratie en Amérique. 2vol. Editions Gallimard, Paris.

 

[25] Sur ce qui se fait dans le domaine des bibliothèques et des services d’informations sur tout le territoire des USA, le lecteur pourra consulter avec profit les publications de la American Library Association (ALA) à l’adresse électronique suivante : www.ala.org.  Il est à noter que c’est la American Library Association (ALA) qui procède à l’Homologation,  à l’Accréditation  et à  l’évaluation  régulière de l’enseignement de la Bibliothéconomie et des Sciences de l’Information dans les Universités américaines et à Porto-Rico. Cette entité évalue régulièrement les bibliothèques de l’Union selon des critères bien déterminés.  La Escuela Graduada de Ciencias y Tecnologías de la Información de l’Université de Porto-Rico, Recinto de Río Piedras, où nous avions pu étudier, se retrouve dans le système d’homologation de la  American Library Association (ALA) avec toutes les exigences infrastructurelles et  académiques  que  cela requiert.

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