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Dr Dieufort Deslorges entre la biodiversité culturelle et le développement durable !

Dr Dieufort Deslorges entre la biodiversité culturelle et le développement durable !

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Dans la journée du 2 novembre 2023, s’est tenue par visioconférence la soutenance de la thèse de Dieufort Desloges, le nouveau docteur haïtien en Ethnologie et patrimoine.  Dans la notice biographique, on peut lire : « Spécialiste multidisciplinaire, Dieufort Deslorges termine son doctorat à l’Université Laval. Sa thèse, sous la direction du professeur Laurier Turgeon, porte sur la contribution de la biodiversité culturelle au développement durable des communautés de la réserve de biosphère La Selle en Haïti. »
Défis et enjeux de taille, le nouveau docteur haïtien en anthropologie, précise : « Les alliances locales commencent à prendre conscience de ces potentialités patrimoniales : écosystèmes naturels, avec taux d’endémisme élevé ; paysages culturels ; lieux et sites patrimoniaux ; capital humain ; patrimoine culturel immatériel ; industries créatives. Si les habitants ont manifesté leur volonté de mettre ces ressources en patrimoine, ils doivent toutefois relever des défis et enjeux de taille, notamment : parvenir à une éducation de qualité pour tous en corrigeant de larges déficits ; sauvegarder, conserver et mettre en valeur des biocultures en forte dégradation ; mettre en place les infrastructures et services de développement, inexistants pendant l’étude ; atteindre et consolider une résilience non visible, surtout face aux risques de désastres ; rendre saine et efficace une gouvernance déficiente ; sortir effectivement de la pauvreté. »
Des personnalités influentes des milieux scientifiques et culturels avaient répondu à l’appel pour constituer le jury, présidé par Guillaume Latzko-Toth. Les professeurs Laurier Turgeon (Directeur de recherche) et les autres membres, dont les professeurs Samuel Pierre, Kenrick Demesvar, et Alberto Hernandez Salinas, ont contribué dans la réalisation et la réussite de cette journée mémorable pour cet expert culturel haïtien, qui vient d’obtenir ce nouveau grade académique, en décrochant son visa pour intégrer officiellement le cercle fermé de l’excellence académique et de la recherche scientifique.
Dans le cadre de ce travail, il analyse les grands enjeux de la conservation et de la transmission des biens patrimoniaux en milieu local. Il a été membre du Groupe international de travail ad hoc sur le«Processus d’excellence et de mise en valeur du réseau mondial des réserves de biosphère ». Haïtien, assistant-secrétaire permanent à la Commission nationale haïtienne de l’UNESCO, il a conduit le processus de déclaration de deux réserves de biosphère en Haïti (2010-2011 ; 2014-2015) et de la réserve transfrontalière entre Haïti et la République dominicaine (2015-2017). Deslorges évolue depuis plus de trente ans dans des domaines variés, notamment : éducation ; patrimoine culturel ; environnement et biodiversité ; management ; prévention et gestion de désastres.

Dans sa thèse titrée : « Biodiversité culturelle et développement durable : enjeux, défis et perspectives pour les communautés de la réserve de biosphère La Selle en Haïti, on peut survoler les grandes lignes de cette recherche à travers le résumé proposé par l’auteur. Il rapporte : “Les communautés locales de la réserve de biosphère La Selle, en Haïti, vivent dans la précarité. Elles commencent, cependant, à prendre conscience des potentialités patrimoniales qu’elles peuvent mobiliser : écosystèmes naturels, avec taux d’endémisme élevé ; paysages culturels ; lieux et sites patrimoniaux ; capital humain ; patrimoine culturel immatériel ; industries créatives.
Dans son état des lieux, l’expert haïtien rapporte : ‘Si les habitants manifestent leur volonté de mettre ces ressources en patrimoine, ils doivent toutefois relever des défis et enjeux de taille, notamment : parvenir à une éducation de qualité pour tous en corrigeant de larges déficits ; sauvegarder et mettre en valeur des biocultures en forte dégradation ; mettre en place les infrastructures et services de développement inexistants ; atteindre et consolider une résilience non visible, surtout face aux risques de désastres ; rendre saine et efficace une gouvernance déficiente ; sortir de la pauvreté. Notre étude analyse ces problématiques, sur base d’enquêtes ethnologiques et d’études de cas, et envisage les perspectives de création de richesses et de bien-être à partir de la mise en valeur de patrimoines.”.
Dieufort Deslorges persiste et signe dans son travail : ‘S’inscrivant dans la démarche ethnologique anthropologique, notre thèse aborde une problématique d’ordre socio-économique : comment sortir des communautés locales de la pauvreté ? Plus précisément, comment créer richesse et bien-être tout en conservant les biocultures dans la réserve de biosphère La Selle en Haïti ? Ce territoire, catégorie internationale de zone protégée, doit remplir, en effet, trois fonctions : conservation de la biodiversité culturelle ; développement socioéconomique et culturel durable ; soutien logistique à la recherche et à l’éducation. »
Démarche scientifique, il propose : ‘Une méthodologie hybride, combinant recherche-action participative, théorisation ancrée, ethnométhodologie et science de la durabilité (Sustainability Science), supporte notre démarche. Celle-ci mobilise des données d’enquêtes ethnographiques, conduites de janvier 2020 à avril 2021 dans la réserve de biosphère (RB) La Selle, et un corpus documentaire assez varié. Cette hybridité s’applique à des réalités où il est souhaitable d’entreprendre une action pour obtenir un changement ; les deux suggérés par les communautés locales elles-mêmes et pour elles-mêmes. De cette articulation émerge notre stratégie de sortie de pauvreté, répartie sur plusieurs filières d’investissements parallèles et complémentaires : encadrement des alliances locales et mobilisation de ressources ; éducation de qualité pour tous ; mise en valeur et en tourisme des ressources patrimoniales, dont les industries culturelles et créatives ; médiation patrimoniale ; inventaire et recherche scientifique ; infrastructures routières et de services ; structures de résilience. »
Développement durable et financement : ‘Les investissements côtoient un milliard de dollars américains (USD) sur une durée de vingt années consécutives. À la 16e année de mise en œuvre, notre stratégie devra générer un chiffre d’affaires annuel de plus d’un milliard de dollars. Avec un revenu minimum viable de 10 200 USD l’an, environ 102 500 Sellois.ses de plus de 18 ans devraient alors sortir de la pauvreté. Ces perspectives peuvent être amplement débattues, tant les paramètres divergent d’un pays à l’autre, d’une réalité à l’autre et d’une vision à l’autre. Si les communautés locales parviennent, cependant, à opérationnaliser ne serait-ce que 65% des ressources patrimoniales et à se créer du bien-être, notre thèse aura amorcé le développement durable.
Devant ces réalités, les communautés locales se réduisent à des stratégies incertaines, entre défaillance de l’État central et approche abusive ou intrigante des organisations non gouvernementales. Nos perspectives de développement local envisagent alors une gouvernance hybride où les citoyens.nes prennent en charge, avec la conscience que les défis sociopolitiques, le manque de vision et les prédispositions aux délais en Haïti empêchent la matérialisation des plans, même les mieux conçus. Notre stratégie se veut donc évolutive et adaptative, menant des actions intégrées, harmonisées et bien articulées, parce que les enjeux culturels, environnementaux, économiques et sociaux ne peuvent être résolus séparément. Ainsi notre travail renforce le paradigme de la bioculturalité afin d’encourager les parties prenantes à éviter de dissocier le naturel du culturel. Les sites sont nécessairement des biocultures en raison de l’interdépendance et de l’indissociabilité de leurs caractéristiques matérielles et immatérielles. Assurer une meilleure complémentarité des régimes juridiques pertinents devrait être la nouvelle perspective durable.

Dans sa conclusion, Dieufort Deslorges souligne : ‘Ce travail scientifique ne clôt pas, cependant, tout le débat sur la complexe problématique du développement local durable. D’autres études spécifiques sur les potentialités patrimoniales de La Selle devront compléter notre contribution afin de parvenir à sortir les communautés locales haïtiennes de leur précarité. »

Dominique Domerçant

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