Rentrée littéraire : Le dernier roman : « Veilleuse du calvaire » de Lyonel Trouillot attendu en France
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Pour Lyonel Trouillot, « Ce livre est celui d’un paysage de pierres, de rivières et d’ombrages, celui d’une colline abîmée par la cupidité d’un homme, un notaire sans scrupule qui en ces lieux ouvre la porte à toutes les bassesses. Mais de cette colline s’élève une voix, celle de la rébellion des femmes dont le corps est la cible de toutes les offenses, dont le courage a la puissance du poème. Pour Lionel Trouillot : " Choisir une voix de femme. Ou des voix de femmes. Ou une voix des femmes. Comme une sorte d’instance inscrite dans la permanence ou le tracé d’une histoire de souffrances et de résistance, de domination et de libération. Conscience donc d’un devoir de veille qui, dans son expression, tient à la fois du récit et de la harangue, du rappel de ce qui s’est passé, se passe, se passera dans tel lieu (ici, le lieu-dit du Calvaire) et de ce que moi, femme, toi, femme nous en disons, et de ce que nous pouvons en faire. Que faisons-nous de ce qu’on a fait de nous ou de ce qu’on a voulu nous faire ou faire de nous ? Veilleuse donc, comme gardienne de la mémoire, mais d’une mémoire "qui va de l’avant »
Confronter aussi deux manières de raconter. La reconstitution par qui rapporte des événements qu’il n’a pas lui-même vécus. La parole de qui a vu, vécu, senti, souffert. Creuser l’écart entre ces deux lieux, sans oublier qu’ils tendent des pièges au lecteur ainsi embarqué et amené à oublier que la construction romanesque est toujours un jeu qui ne se révèle qu’au fil de la lecture.(..)
Une colline. Comme un microcosme. Son passage de l’état de nature à l’état social. Illustrer la puissance destructrice de telles façons d’habiter et d’imposer les rapports humains. Suivre sur une longue période la conjonction de la domination du puissant et du mâle et la résistance portée par une voix ou un concert de voix féminines. Violence du pouvoir politique, des procédures d’accumulation, des agents et des actes de répression sur les corps, le rêve et, en contre, la solidarité, la gratuité, le métier utile, la liberté de sentir, d’aimer et l’élan poétique, un langage comme un chemin "de mon cœur à d’autres cœurs, de mes montagnes à d’autres montagnes. »
Le National propose à ses lecteurs un extrait du roman : « Moi, la Veilleuse du Calvaire, qui étais là au commencement et qui serai là à la fin, moi, la première à escalader cette colline quand n'y passait que le vent et n'y vivaient que les oiseaux, les couleuvres et les arbres, je ne suis pas venue te parler du passé. Ni des choses du dessus. Moi, je veux te parler de l'intérieur des choses. C'est de là que je viens. L'intérieur des choses, c'est ce que le passé a fait au pré-sent. Ce que les hommes ont fait aux hommes. Je veux dire aux hommes et aux femmes. Avant il y avait les oiseaux. Puis vinrent le sang, la violence, l'ennui, l'avidité des uns et la rancune des autres. Le simulacre et la décrépitude. La peur aussi. Ce que les hommes ont fait aux hommes. Au temps. À la vie. C'est de cela que je te parlerai. »
Schultz Laurent Junior avec Actes Sud
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