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Makenzy Orcel revient à son ancienne amour

Makenzy Orcel revient à son ancienne amour

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Si Makenzy Orcel, finaliste du prix Goncourt pour Une somme humaine (2022) ne l’a pas remporté, ce n’est pas dû à un manque de talent, mais au système de remise des prix littéraires en France qui relève encore du copinage. Des jurés plus libres dans leurs critères que ceux qui opèrent dans l’Hexagone font d’autres choix. La preuve, le même roman a su convaincre pas mal de jurés Goncourt à l’étranger puisque l’auteur a obtenu plus « dix Goncourt étranger ». Un vrai pied de nez au Goncourt français. Le choix le plus démocratique est incontestablement celui des étudiants américains en littérature francophone, qui lui ont décerné le prix Goncourt de 2022. Cinq pays ont fait de même :  la Roumanie, la République de Moldavie, l'Autriche, le Niger, la Croatie et le Maroc. D’autres pays pourraient dans les jours qui viennent s’ajouter à la liste.       

 

Le bruit court que les émules du prix Goncourt étranger ont choisi Orcel pour exprimer aussi leur désaccord avec ce qui se passe en France où les prix littéraires ne se déroulent pas dans la transparence, même si ces dernières années beaucoup de progrès ont été accomplis.

C’est ainsi que pour se décompresser, l’écrivain revient à ses premières amours : la poésie. Avec ses Mûres métamorphoses, son sixième recueil, il nous gratifie d’un immense bonheur. Ceux qui ont lu Les nuits des terrasses vont forcément apprécier ce dernier opus poétique où l’auteur transforme les mots en notions philosophico-poétiques pleines de musique.

Gustave Flaubert qui n’était jamais en retard d’une palinodie perfide et malveillante s’était encore bien trompé sur la destinée de cet art quand il affirma dans son Dictionnaire des idées reçues rédigé entre 1830 et 1850 que « la poésie était inutile ». Une telle assertion est démentie par le nombre infini d’associations littéraires qui fleurissent et chaque année continue de se tenir le marché de la poésie à Paris, Place Saint-Sulpice. Un vieux débat entre auteurs d’ailleurs. Parfois, il y en a ceux qui annoncent la mort de la poésie sous prétexte que ses principes sont surannés et désuets. Mais c’est que la poésie a évolué comme toute chose humaine, mais elle ne s’est pas fort heureusement noyée dans l’immense océan des réseaux sociaux. Au contraire, certains poètes continuent d’accoucher d’œuvres magnifiques. C’est le cas de Makenzy Orcel qui fuyant le débat stérile autour de son roman, choisit de revenir à l’essentiel, limitant drastiquement ses propos afin de ne pas se perdre dans le labyrinthe des discussions sans fin à l’heure du bavardage incessant des réseaux sociaux.

L’écrivain a bien fait de tourner la page médiatique de son roman pour écrire ces vers splendides entre deux gorgées de Barbancourt et quelques bières Prestige. Ainsi, il en va du mot « silhouette » où le poète pose son regard joyeux et attendri. Le symbolisme de la porte fermée ou ouverte s’est donné une fois de plus à voir dans la nonchalance des métaphores ciselées à coup de métamorphoses joyeuses comme une ruche et ses abeilles.

Chez Orcel, il faut parler d’introspection poétique sur fond de philosophie en questionnement. Pourquoi écrire des poèmes dans un monde qui se banalise de plus en plus ? Mais ce sacerdoce qu’est la poésie se tend vers l’infini pour ceux qui savent la manier en lui mettant des ailes. Le « plus beau chant » pour le poète connaît n’est-ce « l’insoumission » ?

Poursuivons notre promenade à travers la poésie orcelienne ! Cette fois, on écoute sa théorie selon laquelle la poésie « n'est pas censée comprendre. Seulement sentir ». Sentir, oui et le voilà qui démarre sur des chapeaux roues confectionnant des images en rafales pour dresser des bornes entre la vie et la mort. La mort, la finitude de la vie, occupe une place aussi grande chez l’écrivain haïtien. Dans ce recueil, le lecteur sursaute parfois quand il tombe sur de grands enjambements aux métaphores sublimes pour dire des choses banales en apparence seulement. La poésie c’est aussi être capable d’exprimer des choses légères tout en faisant sens dans la manière de les dire. « Et si leur tendresse était tout ce qui nous restait de jour de doute  d’infini ! », se demande-t-il dans une de ses interrogations avec lui-même et le monde.

Certains poèmes sont tellement beaux qu’on n’en rassasie jamais. On a envie de les réciter un soir d’été dans un parc ou dans un lit douillet. Au détour d’un poème, le silence s’impose pour qu’on puisse mieux écouter le son qui se dégage des descriptions majestueuses et énumératives. De tels procédés donnent des résultats tout à fait exceptionnels en matière de construction poétique. Chez Makenzy Orcel, c’est un marqueur fondamental si on veut pénétrer ses versets poétiques qui sont parfois au second degré de l’écriture. C’est quand il évoque par exemple « l’ébauche du sang », « l’agonie des portes » ou un « voyage nu » ou encore « ses pulpes imminentes ». On est en plein dans la peinture surréaliste.

Avec tact et toujours avec cette maîtrise dans l’art de suggérer et de faire sentir, le poète nous emmène sur les sentiers de l’instinct. L’instinct permet de dire notre monde tel qu’il est et son moi poétique - incantatoire certes, mais toujours aussi sublime - quand il s’agit de de faire briller l’humanité. « On forme la plus grande puissance du monde/Inaccessible aux pluies tranchantes de la survie/Ou la rage animale ».

On aurait pu longtemps encore continuer à aligner les anaphores et les sublimes images qui se dégagent de ce recueil de poèmes. L’ouvrage ne fait pourtant que 79 pages, mais la beauté qui se dégage des poèmes est immense. Les images se figent parfois puis se métamorphosent dans les labyrinthes de nos dénuements. Une fois encore, Makenzy tente d’incarner le rêve d’un renouveau dans les rapports humains.

Le lecteur amoureux de la poésie ne saurait résister à l’envie de faire goûter les salves poétiques d’Orcel. La mort, ceux qui sont déjà passés à l’Orient éternel, imprègne son œuvre. Un rappel plus que tonitruant avec des effets poétiques assurés dans la manière d’exprimer avec emphase son ressenti.

 

Maguet Delva

 

1 commentaire

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Thiery

Un excellent texte. Tres gratifiant 💯

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