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La figure de l'immigré haïtien dans « Carrefours Dangereux » de Louis-Philippe Dalembert: Regard numéro un

La figure de l'immigré haïtien dans « Carrefours Dangereux » de Louis-Philippe Dalembert: Regard numéro un

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La brièveté, par ses caractéristiques fondamentales, si elle permet de ramasser et de livrer les lignes-forces d'un discours, dans une certaine mesure du récit, elle peut porter en elle, par le truchement ou le jeu de renforcement qu'elle se donne, rendre plus vivant le texte et porter en son corset , des tableaux débordant de vies, de vécus et de richesses littéraires. Cela peut se traduire par la multiplicité des tableaux superposés intentionnellement par l'auteur dans son texte comme prétexte et laisser la porte béante comme options à la critique littéraire.

Telle se révèle, à travers le récit de Louis Philippe Dalembert, «Carrefours Dangereux», cette multiplicité de tableaux dont, nous allons étudier les traits à travers un triptyque du regard. Le texte sera analysé sur trois tableaux. Les interrogations se porteront d'abord, sur la perception ou la figure de l'immigré haïtien de retour au pays natal, une certaine idée de l' « haïtien du dehors » par l' « haïtien du dedans».  On questionnera ensuite, à travers le regard critique de l'auteur, l'action des « ONG » qui couvrent du voile humanitaire leurs interventions dans les pays enveloppés dans le sous-développement. Au final, le réalisme merveilleux, une approche déjà tenue par d'autres critiques autour de ce mini-roman « Carrefours Dangereux».

Le texte, paru dans la collection « Zuit » (court) des Éditions C3, sous la direction de Gary Victor, est publié en 2014. Il s'agit bien d'un récit se situant « à mi-chemin entre la nouvelle et le roman policier» d'après les mots de Webert Charles.

Le roman fait le récit des crimes étranges dont l'inspecteur de police Machòkèt, fraîchement revenu de Montréal, est chargé de mener l'enquête afin d'en remonter à l'auteur, les mobiles et l'origine. En effet, dans certaines rues de la Capitale, on fait la découverte de corps calcinés. « Ce qui donne à ces assassinats une facture étrange, mythique, est que les cadavres sont des hommes en mutation. Des humains transformés en bœufs ou des bœufs transformés en humains » résume le critique Webert Charles dans un rapport de lecture publié au quotidien Le Nouvelliste. La diversité des opinions et des tentatives de réponses de la population en quête d'explications et de boucs émissaires fleurissent. On accuse pêle-mêle les gens de l'opposition, le borcor/ bòkò dont la colonie de zombies a pris le large. Il y a par ailleurs ce « témoin », qui est le même intervenant presque dans la totalité des vidéos des journalistes couvrant les meurtres. Enfin, l'inspecteur tombe sur l'ONG LUZ dont la responsable Luz Milagros couvre, d'un paravent humanitaire, l'action de sa boîte intervenant dans un quartier mal famé de Port-au-Prince. L'inspecteur croit avoir troublé sa cible. Mais, selon quelques-uns de ses pairs, et tout ceux de l'officine étatique, il a été trop loin dans son enquête. Et c'est ce qu'il apprendra à ses dépens un matin laissant chez lui. Et le récit de conclure sur le choc fatal, où l'inspecteur est assassiné par deux motocyclistes: « Porté par la musique, Machòkèt ne se rendit pas compte de ce qui était en train de se passer. Le reflet argenté, sur sa gauche, de l'arme au bout du bras tendu le ramena à la réalité. Le temps de dégainer à son tour, les passagers assis à l'arrière des deux motos avaient fait feu »... (p.45)

La figure de l'immigré haïtien

À travers l'assassinat sur lequel est clos le  mini-roman, ce qui est important à souligner d'abord, c'est la perception de l'immigré haïtien de retour au pays natal. En effet, les remarques intéressées et désobligeantes de ses compagnons policiers et des petits-bourgeois que l'inspecteur fréquentait laissent transpirer ce sentiment de méfiance de l' haïtien resté au pays face à celui après une longue absence y est revenu. C'était eux, par ailleurs, au détour d'une conversation qui lui disaient quand il ( Machòkèt) comptait retourner chez lui, c'est-à-dire à Montréal, là où il vivait après avoir laisser le pays. Autrement, comme dit le texte, il n'était pas chez lui.

La page 29 de Carrefours Dangereux met en lumière tous les ressentiments dont il fut l'objet: « Les petits-bourgeois qu'il fréquentait s'arrangeaient toujours pour lui demander, au détour d'une conversation, quand il comptait retourner chez lui. Et en dépit du fait qu'il avait annoncé haut et fort qu'il était venu pour rester. “ We are here to stay”, comme le dit si bien la chanson.

On disait de lui a chaque présentation “Men blan!”, “ Men Diaspora!” Et le romancier de poursuivre “Quand d'autres, feignant de s'apitoyer sur son sort, ne lui demandaient pas à un moment où a un autre: Qu'est-ce que tu fous encore dans ce pays de merde ?” Comme s'il n'avait pas le droit de vivre dans la merde lui aussi.»

Toutes ces remarques autour de l'inspecteur révèlent une attitude latente partagée généralement dans les milieux favorisés et politiques haïtiens. Celui qui « comme a connu le malheur de laisser le pays», a immigré lorsqu'il revient, il n'est en général pas bien vu, même lorsque celui-ci est revenu afin de mettre ses compétences acquises au service de sa terre natale. Le cas de Machòkèt c'est en fait la situation de bon nombre de compatriotes lesquels sont, soit laissés sur le tard, soit portés à reprendre la route de l'exil, s'ils formulent le souhait de changer, sinon améliorer les choses ici.

Ces mêmes individus, agent et profiteurs de la misère générale de la population, l'accusent, l'acculent, « il ne pouvait pas comprendre, sous prétexte qu'il ne vivait pas au pays auparavant ». Drôle de façon de comprendre le réel par ces gens. On dirait mieux « leur réel »! (P.30)

Mais le narrateur a vu le jeu et a enfoncé le clou. Il ne croit pas si bien dire: « Machòkèt n'était pas dupe, il avait lu dans leur jeu, ils cherchaient à le culpabiliser pour qu'il fasse profil bas». Dès qu'on n'arrive pas à l'atteindre, le personnage, on l'accuse à tort d'homosexualité, « un gason makomè» (p.31).

La figure de l'immigré, surtout de celui qui revient apporter ses compétences où son savoir, sa contribution économique à son pays n'est pas toujours bien reçu. Le regard bourré de haine, touffu de préjugé affiché au personnage du roman l'éclaire. Cela aide mieux à comprendre la réaction psychologique et pathétique de « l'haïtien du dedans » face à « l'haïtien du dehors », si, en fait, il y a une différence.

La perception de l'haïtien du dehors ( l'immigré de retour au pays ) par l'haïtien du dedans constitue notre première analyse de cette œuvre de Louis Philippe Dalembert. Ce thème trouve sa pertinence à travers le tableau que nous livre le narrateur dans son récit. Les idées véhiculées par les protagonistes autour de l'inspecteur Machòkèt renforcent cette perception encore tenace dans le milieu social haïtien.

( À suivre)

 

James Stanley Jean-Simon

Poète, conteur et Nouvelliste. E-MAIL: jeansimonjames@gmail.com

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