Le vade-mecum diplomatique de Jean Guy Marie Louis
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Si on veut savoir sur quoi de nos jours repose la politique étrangère de la République d’Haïti, il faut lire le dernier ouvrage de Guy Marie Louis (1). Un tour d’horizon sur nos relations souvent déséquilibrées avec l’extérieur sous la présidence de Jean-Bertrand Aristide.
La diplomatie haïtienne porte-t-elle encore l’empreinte de Jean Jacques Dessalines, le père de notre Indépendance ? Est-elle encore viable et vivable par les temps qui courent ? Quelle est la nature de notre politique étrangère? Si ces questions ne sont pas posées avec cette acuité dans le nouvel ouvrage du professeur Guy Marie Louis, l’auteur a su apporter un éclairage utile sur notre histoire afin de montrer ce qui constitue aujourd’hui notre héritage diplomatique.
Un travail de recherche d’une grande envergure, permettant d’appréhender les relations internationales et la diplomatie, un sujet souvent inaccessible aux non-initiés.
Depuis quelques dizaines d’années, Guy Marie Louis s’applique à bâtir un champ historico-diplomatique pour démontrer aux étudiants et aux fonctionnaires que notre diplomatie est issue de quelque part et qu’elle a besoin de gens compétents pour retrouver ses lettres de noblesse.
Comme les précédents, le dernier livre de Guy Marie-Louis traite de la diplomatie contemporaine. Cette fois-ci, il est question de celle qui a prévalu sous Aristide (2). Mais cette fois, l’actuel directeur de l’université Jean Price Mars qui forme les cadres diplomatiques de la République montre, exemples à l’appui, que la diplomatie de l’ère aristidienne était une « diplomatie de crise ». Ce qui n’a rien d’étonnant vu que c’est une crise politique interne qui avait pris une dimension internationale. La conjugaison des processus des décisions politiques internes et externes avait joué tout au long des deux mandats écourtés de l’élu du 16 décembre 1990. Ce livre est avant tout un rappel à l’histoire en train de se faire.
Dans la longue préface, le professeur Hérold Toussaint fait bien son boulot de porter le lecteur à s’intéresser au livre, en présentant intelligemment les arguments de l’auteur, parfois en les extrapolant. Par exemple, le rappel de ce que constitue aux yeux des Occidentaux l’arrivée au pouvoir de l’ancien prêtre de Saint Jean-Bosco ou l’attitude des pays qui affirmaient à l’époque vouloir « nous aider ». « Le professeur Louis analyse avec finesse le bras de fer entre le gouvernement des États-Unis, de la France et du Canada, présente Toussaint. Ces derniers n’ont pas été tendres envers le gouvernement d’Aristide. Pour argumenter ses propos, le professeur a analysé nombre de communiqués de presse, discours, rapports et déclarations émanant de ce gouvernement.» Il rappelle que l’auteur a mentionné par exemple une déclaration de l’ambassadeur américain auprès de l’OEA prenant à parti le chef de l’État, allant jusqu’à exprimer sa déception de sa gestion des affaires de l’État depuis son retour au pouvoir en 1994 après trois ans d’exil. Ce même agent diplomatique évoquera la menace des Américains de ne pas approuver une « nouvelle comédie électorale ». Le représentant américain jugeait aussi que le président haïtien ne faisait « pas preuve de bonne volonté dans le respect des engagements internationaux ». Ces propos montraient en quelle estime l’Oncle Sam nous tenait.
Les Haïtiens savent que les Américains ne sont pas des saints, surtout dans leurs rapports avec Haïti. Mais l’analyse politico-diplomatique du chercheur des relations diplomatiques entre son pays et l’Occident, le confirme. D’autant plus que chaque analyse est corroborée aussi par des rappels historiques que l’actualité lointaine et récente.
De la page 93 à 119, le professeur étale les faits qu’il analyse avant de faire jaillir la vérité. L’entreprise a valeur de pédagogie. L’auteur aligne les rappels historiques, pour restituer une communauté internationale non étrangère aux échecs haïtiens. Si depuis 1990, cette société internationale a su tromper l’opinion publique haïtienne, c’est parce que nos élites sont absentes. On sait gré à Guy Marie Louis d’élever le débat et de montrer l’implication des acteurs internationaux avec des résultats que l’on sait. Depuis 1990, ils sont partout, grignotant avec arrogance notre souveraineté, quand ils ne décident pas qui va nous diriger. Ainsi le terme « amis d’Haïti » n’est donc qu’hypocrisie. Même si l’auteur vient avec des nuances, en montrant par exemple les erreurs des Haïtiens, lorsque, par exemple, ils énoncent des propos irréfléchis sur les réseaux sociaux au détriment de leur pays.
Comme l’a si bien montré l’auteur tout en le déplorant, les Haïtiens pour la plupart constituent de très mauvais acteurs quand ils sont sur la scène internationale. De 1990 à 2002, l’OEA cartonne avec plus de vingt-deux résolutions pour « résoudre » des crises en Haïti. Certains compatriotes chevronnés et non des moindres confient que chaque fois qu’ils entendent le mot OEA, ils ont envie de prendre leur revolver.
À la lumière de ces 389 pages, formés de dix chapitres, le professeur Guy Marie nous présente les données historico-diplomatiques sous Aristide dans le but de nous porter à reprendre la maîtrise de notre pays, la communauté internationale n’ayant de cesse de se tromper sur les dossiers haïtiens. Dommage que parfois, certains compatriotes ont joué le jeu de ceux qui nous veulent du mal.
La crise haïtienne cyclique s’aggrave avec les interventions des « amis d’Haïti », car loin de la résoudre, ils ne font qu’imposer leur point de vue sans tenir compte des intérêts fondamentaux de notre pays. Qu’on se rappelle comment ils ont répudié le président Préval avec arrogance. C’est parce que l’impérialisme, lorsqu’il s’agit d’Haïti, ne s’embarrasse pas de nuances.
Maguet Delva
Notes :
(1) La politique étrangère de Jean Bertrand Aristide 1991-1996/ 2001 2004.
(2) Le premier ouvrage de Guy Marie Louis portait sur la coopération haïtiano-taïwanaise et le second sur la diplomatie de René Préval.
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