Zafèm nous livre « Las », un album en « D »
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Deux compères, complices, parmi les plus créatifs de la musique haïtienne contemporaine, Dener Ceide et Reginald Cangé, se complètent et se confirment enfin dans le grand projet artistique et scientifique de « Zafèm ». « Las » est le titre de ce premier album de cette formation musicale tant attendue, portée par ce duo, « Yon pè las ». Je m’autorise à vous présenter ma première sélection, parmi les plus belles des pièces à visiter et à revisiter sans répit. La table est servie !
Découvrons les principaux titres qui confirment la maturation des fruits de la patience musicale. Un véritable cocktail culturel, qui célèbre une somme créative et récréative des astres et des temps, des styles et des rythmes de plusieurs générations. Rendez-vous avec: Lalin ak solèy, Le plein, Abracadabra, Acércate, M p ap fè silans, dyaman nan bidonvil, Dlo dous, M p ap ka neye, Egal ego, Sanpousan, Nakita, Bradsou bradsa, Coming Soon, Enèji nou sanble, Ati sole, Zanmi femme.
Dener Ceide et Reginald Ceide n’étaient pas seuls dans ce « konbit » artistique signé « Las », qui porte les empreintes et la semence des autres créateurs, contributeurs et collaborateurs tels : Jorge Dobal, Igort Rivas, Ismael Vergara, Wesner Saint-Louis, Alex Cabit, Jonas Imbert, Cedric Louis, Alain Lewis, Mozart Louis. Avec les noms de Esther Fortune, Elli Maboungou, Davier Chiverton, Camille Armand, Jimmy Jean Félix, Macarios Césaire, Nickenson Prudhomme, Shedly Abraham…
Deux langues étrangères (l’anglais et l’espagnol) mais bien présentes dans la culture haïtienne traversent les couleurs des chansons interprétées et adaptées, importées et traversées par un désir intense de célébration de la diversité culturelle dans la musique haïtienne. « Nakita », « Acércate », « Coming soon ». Ainsi Zafèm expose ses talents et exporte sa musique, explore les cultures et exprime ce mélange des frontières du nord et du sud, entre les races et les classes.
Deux astres inaugurent l’album, il ne s’agit pas de Dener et de Reginald, mais de : « Lalin ak Solèy ». Une chanson très philosophique et symbolique, séduisante et pénétrante tant par les mots et le mariage que par le jeu des instruments. Après « Savalou » et « Ala de ka », un nouveau pas est franchi. « Las » est loin d’être un album compas direct pur et simple. Il symbolise surtout l’aboutissement des recherches croisées combinées autour de la richesse culturelle universelle autour d’Haïti.
« Depi w ouvè je w, ou pa ka pa gade l…. », se confirme comme une l’expression universelle de tous les vivants, et surtout des mélomanes qui doivent obligatoirement se tourner vers les astres, en particulier la lune et le soleil. Deux astres majeurs comme pour justifier « Yon pè las », dans la musique, par cette musique l’aventure « Zafèm » est désormais lancée. L’album porte une double dimension temporelle traduite par le slogan de l’interprète de « Rezilta »: « Se pa chans se pasyans ».
« Dyaman nan bidonvil » se confirme comme la chanson du moment et de l’avenir. Cette chanson parle aux parents. Elle interprète le sort et la souffrance de l’enfance haïtienne, et interpelle la société dans ses responsabilités. Une musique qui porte le plaidoyer autour des enfants des rues, entre les besoins essentiels et le bien-être de ces derniers qui représentent l’avenir du pays. Cette composition participe dans une forme de complémentarité avec la chanson phare « Savalou ».
« Dlo dous », est une pause romantique et érotique qui s’impose. Les jeunes, les moins jeunes, leurs parents ou même leurs grands-parents vont se rappeler ou chercher à revisiter les contours de leurs émotions et de leurs passions sensuelles. Des couples vont certainement s’inspirer de cette chanson pour profiter de l’absence des enfants, ou bien l’inverse pour redécouvrir la maison ou d’autres lieux inconnus, inédits et bien connus, en dehors des chambres d’hôtel.
Dans peu de temps, « Dlo dous », deviendra un grand classique antillais, l’hymne de tous les courtisans en quête de romance dans tous les sens métaphoriques, qui font revisiter ou rêver les décors cérémoniels et les territoires sensuels. Une musique très excitante et imagée pour les citadins et les paysans haïtiens: « Cheri kite m fè zafè m nan zafè m », « M ap rantre nan jaden w la, m al mare bèt la ». La géographie charnelle est célébrée entre la vallée, la montagne et les routes.
Dans « Egal ego », c’est la vie en couple qui est explorée de manière équitable en termes de droits, préventive et réciproque, par rapport aux conséquences des reproches non prises en compte, ou des répliques persistantes. Diplomatie dans les relations amoureuses et communication dans la vie des couples trouveront sont portées par deux voix masculines qui prônent l’équilibre et l’harmonie. Avec « Zafèm », on célèbre l’amour autrement, sans perdre le fil de : « Enèji nou sanble ».
Donnons à César ce qui est ce qui est à César, à Zafèm la palme de l’année, de la prochaine décennie artistique et culturelle, si les autres groupes musicaux ne se réveillent pas, ou si les compositeurs, les musiciens, les arrangeurs ne s’imposent pas de nouvelles exigences. Les mélomanes en Haïti et dans la diaspora, qui se renforce, et s’enrichissent par d’autres cultures méritent mieux. Haïti est trop riche artistiquement et culturellement pour ne pas mériter mieux.
« Diaman nan bidonvil » inspire les défis sociaux et le devenir de notre avenir, la défense des droits des enfants et le devoir des dirigeants à mettre au propre. « Dlo dous » célèbre le désir et le décor, la douceur et la détente, sans faire de dégât. « Egal ego » poursuit l’exploration entre le doute, la décision, le droit et le devoir, la dignité et la durabilité des relations. « Bradsou Bradsa », autant que « Enèji nou sanble », propose une autre forme d’union (jumeaux, marasa)
Défendre l’avenir de la musique haïtienne, qui représente un levier important dans les industries culturelles, passe obligatoirement par le renouvellement des talents et le renforcement de l’offre culturelle, tant sur le plan qualitatif (créatif) et quantitatif (diversité). C’est dans ce pari que « Las » s’est lancé, pour devenir l’un des meilleurs albums que les mélomanes vont savourer, les animateurs vont diffuser, les chercheurs vont questionner, et les historiens vont retenir.
Des villes haïtiennes comme Fort Liberté, Saint-Louis du Sud, et leurs richesses culturelles, répertoriées dans plusieurs régions du pays, sont honorées parmi plusieurs autres dimensions historiques, linguistiques, poétiques, patrimoniales. L’histoire d’Haïti au temps des caciques, le Vodou, le vocabulaire populaire, et le symbolisme de l’insularité offrent plusieurs portes d’entrée dans chacune des compositions, et dans toutes les pièces qui complètent ce puzzle musical.
Dans l’éducation esthétique, musicale et culturelle des élites, des jeunes et des écoliers en Haïti, « Las » offre un éventail de sujets et des combinaisons rythmiques soigneusement préparées. Sur les autoroutes, lors d’un voyage et des activités festives ou une rencontre intime, « Zafèm » étale tout le savoir-faire de ces maîtres des compositions musicales inédites et inspirantes. Il est venu le temps de « Zafèm ».
Dominique Domerçant
1 commentaire
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Nahomie
Merci Dominique Domercant!!! Votre plume est exquise! Ou mete yon lot kouch nan Lanmou ZAFEM wi!! Merrrci!!