De la difficulté d’organiser la société Ayitienne (I) : La conformité dans l’échec
La leçon de survie non apprise
En quête de bien-être, l’homme réagit toujours à une situation indésirable pour améliorer ses conditions d’existence. C’est un principe qui, régissant son existence, l’oblige à agir sur son environnement aux fins de répondre à ses besoins. S’agit-il de satisfaire les besoins de se nourrir ou de protéger sa liberté, il entreprend une série d’actions lui permettant d’y arriver. L’incapacité ou l’inaction de le faire le prive de toute jouissance de ce bien-être recherché. Il en sera autant pour ses progénitures. Autant que cette condition de l’existence obéisse à sa capacité créative d’assurer sa survie, il trouverait une solution, et selon ses limites, il la court-circuiterait s’il le fallait.
Individuellement, nul n’échappe à cette loi universelle. Il en est de même pour une collectivité humaine où s’impose une organisation économique assurant l’allocation efficiente et l’utilisation équitable des ressources disponibles. À défaut de quoi, la pauvreté et l'ignorance y sévissent pour ronger le tissu social. Perdant son réel humain, la collectivité encaisse des coûts sociaux difficilement réparables. Des opportunités de se reconstruire se présentent toujours, mais les rater ne met pas fin à son existence, car bien faire est encore possible en réfléchissant sur les faux pas, pour corriger et mieux s’ériger à nouveau. Pour cela, il faut garder éveillée la conscience sur l’urgence de bien administrer.
Ayiti, ayant raté les multiples opportunités de ses réformes, s’enlise dans la pauvreté absolue. Pourtant, elle n’est pas différente des autres collectivités qui réussissent. N’ayant jamais appris sa leçon pour se reconstruire à partir de ses échecs, le bien-être recherché reste une utopie. En effet, les innombrables remaniements constitutionnels n’ont jamais abouti à améliorer le politique qui, paradoxalement, l’emporte sur l’économique. Les gestionnaires (politiciens) de société s'entre-déchirent toujours sur l’abécédaire de l'organisation d'une société. Un conflit chronique en résulte et témoigne des divergences de vues sur un terrain d'intolérance fertile. Concrètement, leurs actions politiques ne ciblent que les postes politiques au détriment d’une organisation économique de la société.
C’est une course collective dégradante qui fait noyer l’espérance de bien-être de la population dans l'horizon flou. La pauvreté fait tache d'huile sur la mosaïque sociale. La qualité de vie va de mal en pis. Autant qu'une nécessité humaine, l'organisation de la société est aussi un dilemme. Ceux qui se donnent la peine d'observer et de réfléchir sur un problème de société se posent des questions comme : que faire ? Comment faire ? Pourquoi ceci et pas cela ? L’ironie est quand ils le font juste pour, débattre les idées, défendre leurs positions, chercher et mieux comprendre, et voir comment remédier aux maux de leur société, ils deviennent redoutables pour certains.
Pendant que la paresse intellectuelle s’y installe, l’absence de l’esprit compétitif et l’intolérance font abstraction de toute démarche atypique, bien que propre à la collectivité. Le champ devient libre. Les visions, perceptions et solutions des autres sans objections s’auto-annulent. N’ayant jamais tenté initialement de résoudre ses problèmes avec les moyens du bord, Ayiti est freinée dans sa course de bien-être pour être sous la commande pitoyable de l’extérieur, comme si c’était une exigence contextuelle. Elle est donc punie pour n’avoir pas su s’adapter aux conditions difficiles de s’organiser selon ses moyens et ressources disponibles.
Le refus de l’un de reconnaître l’autre
Si vivre en collectivité semblait donner l’espoir d’un mieux-être où chaque individu jouirait pleinement de son droit naturel d’existence sans contrainte, le faire est contraire à l’essence du vivre-ensemble qui faciliterait une réponse individuelle à la pulsion naturelle de survivre. Cette condition demande une organisation quelconque pour le partage harmonieux de l’espace et des ressources disponibles.
Laisser le soin à un individu d’en disposer à sa guise enfante l’injustice par le risque d’en priver certains autres. Les lésés auront des réactions capables de compromettre la jouissance de chacun en mettant en péril la stabilité collective. Comme il s’agit des actions des uns et des autres reflétant l’intérêt individuel, il convient d’avoir un système de gestion équitable qui tient compte des intérêts de tous avec leur différence.
L’existence de l’État justifie un tel système dont les actions bonnes ou mauvaises résultent de la stratégie de jouer sur les différences. Le besoin de justice et d’équité rend cruciale sa composition dans la gestion des affaires de chacun et de celle de la collectivité ! En effet, l’expérience humaine est marquée par différentes formes de composition qui répondent relativement bien aux exigences naturelles de survie des individus.
Comment réussir une composition juste et équitable de l’Etat est le hic ! Si l’histoire a enregistré une diversité de formules allant du choix d’un gestionnaire-décideur selon sa descendance divine ou familiale, à une action totalitaire inhibant la participation collective, aujourd’hui la formule suggère un processus démocratique pour que tout citoyen jouissant de son droit civique puisse se prononcer sur le choix d’un gouvernement qui doit guider l’État.
En effet, via des élections inclusives, certaines sociétés arrivent à mieux s’organiser et renouveler tant bien que mal l’appareil étatique paisiblement. D’autres le réalisent péniblement avec des émeutes. Depuis la démocratisation du système de gestion des affaires d’Ayiti, chaque tentative d’élire démocratiquement une équipe débouche toujours sur des contentieux électoraux qui rendent difficile la formation d’un gouvernement.
Tant bien que mal, le pays y arrive depuis le début des années 90, mais avec une survie politique précaire. L’issue obligée laisse toujours dysfonctionnel un gouvernement investi, à l’exception de celui du président Préval avec une apparente stabilité au cours de ses deux mandats. Des politiciens-militants opposants s’y érigent toujours contre tout élu pour une raison ou une autre, et sous une forme ou une autre au point de rendre la stabilité sociétale une commodité rare.
Le dernier gouvernement issu des élections n’a connu que des tourments politiques jusqu’à l’assassinat de son président élu avant le terme de son mandat. Aujourd’hui, avec un Premier ministre devant assurer l’intérim et différents groupes réclamant le droit au pouvoir, en attendant le choix d’un nouvel élu, le pays est plongé dans l’abysse de l’instabilité où aucune sortie ne semble se dessiner à l’horizon.
Jean Poincy
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