S.O.S - La plaine du cul- de - sac en danger !
Si j’ai bonne mémoire, je me rappelle qu’il y a bien des années, un spécialiste du domaine hydrique avait tiré la sonnette d’alarme sur les dangers que représentait déjà l’exploitation abusive et anarchique de la nappe phréatique de la plaine du Cul-de-Sac.
Depuis lors, rien — ou presque rien — n’a été fait.
Et cette menace devient aujourd’hui de plus en plus préoccupante, à mesure que persistent la nonchalance, l’inaction et, disons-le franchement, la démission de l’État face à un problème qui pourrait avoir des conséquences dramatiques.
Ce qui est en cause, c’est notamment le risque d’un rabattement excessif de la nappe phréatique, susceptible d’entraîner, à terme, une dégradation irréversible de l’équilibre hydrologique et géologique de certaines parties de la plaine, aujourd’hui largement urbanisées et transformées en zones résidentielles.
En effet, des entreprises de distribution et de transport d’eau procèdent à des prélèvements considérables dans les eaux souterraines afin d’approvisionner Port-au-Prince et ses environs. La question fondamentale est donc la suivante : jusqu’où peut-on continuer à puiser dans cette réserve naturelle sans en compromettre durablement l’équilibre ?
Le phénomène est connu : lorsque les prélèvements d’eau souterraine dépassent durablement la capacité naturelle de recharge de la nappe, le niveau de celle-ci peut progressivement s’abaisser. La diminution de la pression exercée par l’eau dans les formations géologiques peut alors favoriser, dans certaines conditions, la compaction des terrains et l’affaissement progressif du sol, phénomène connu sous le nom de subsidence.
Dans une plaine aujourd’hui densément habitée, un tel phénomène ne saurait être considéré à la légère.
À cela s’ajoute un autre danger, tout aussi grave : la contamination des eaux souterraines. Déchets industriels, résidus ménagers, eaux usées, matières fécales et autres polluants peuvent s’infiltrer dans le sol et atteindre les réserves souterraines, particulièrement lorsque les systèmes d’assainissement et de protection des nappes sont insuffisants.
Nous sommes alors confrontés à un double péril : la raréfaction de la ressource et sa dégradation qualitative.
Or cette eau constitue une ressource essentielle pour la population, pour l’agriculture et pour l’élevage. Sa contamination représente donc non seulement un problème environnemental, mais également un véritable problème de santé publique, dans un pays où l’accès aux soins demeure déjà extrêmement difficile pour une grande partie de la population.
Il serait donc irresponsable d’attendre qu’un désastre se produise pour commencer à agir.
Il faut, dès maintenant, établir un état scientifique précis de la nappe phréatique de la plaine du Cul-de-Sac : mesurer son niveau, évaluer son taux de recharge, quantifier les prélèvements, contrôler les forages, surveiller la qualité de l’eau et identifier les zones les plus vulnérables.
Il faut surtout mettre fin à cette logique qui consiste à exploiter une ressource commune comme si elle était inépuisable et comme si les générations futures n’avaient aucun droit sur elle.
La plaine du Cul-de-Sac n’est pas une réserve sans fond.
Si nous persistons dans l’insouciance et l’inaction, nous risquons de léguer aux générations futures non pas seulement une pénurie d’eau, mais un territoire dégradé, des sols fragilisés, des eaux contaminées et une population exposée à des risques dont les conséquences pourraient être considérables.
Il est encore temps d’agir.
Mais il faut agir avant la catastrophe, et non après. Sinon, il ne nous restera plus qu’à payer le prix de notre insouciance, de notre inconscience et de notre démission collective.
Pétion-Ville, septembre 2026
Robert Paret Sr.
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