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Tabula rasa

Tabula rasa

Les vidéos commencent à circuler sur les réseaux sociaux montrant la réalité sans fard des quartiers abandonnés, des maisons vandalisées, brûlées après le retrait des bandits, suivi de la reconquête par les forces de l'ordre des espaces et zones de non droit,  chasses gardées privilégiées des incendiaires.

Les images sont incroyables, la stupéfaction à son paroxysme et le choc indescriptible. Elles en disent long sur la barbarie, la violence organisée et  peut-être programmée des destructeurs. En toute impunité. Qu'il s'agisse de l'Eglise du Sacré Cœur, l'Institution Sacré Cœur de Turgeau,  l'Institut Cos Com Art, du grand Hotel Olloffson, du petit Trianon, des petites maisons de la rue 4, du bas de Turgeau, l'avenue N, d’une partie de l'avenue Christophe, de la rue Cadet Jérémie,  de celle  de la Réunion, de la rue de l’Enterrement, les écoles, facultés, cliniques et hôpitaux ont tous été brulés, incendiés, aucune institution privée ou publique n'a été épargnée.  Bref, une destruction quasi totale et dirait-on systématique. On eut dit une entreprise de déconstruction identitaire à l'image d'une éradication totale sauf qu'on n'a pas vu la main visible d'un quelconque ennemi étranger. Effacer la mémoire de la ville, séparer les familles pour en faire des déplacés et des sans-abris perpétuant ainsi la misère en repoussant aux calendes grecques notre développement et en détruisant notre identité avec comme ferment la haine et son corollaire, la violence aveugle, telle a été la toile de fond de cette période sombre de notre histoire de peuple.

Bref, la tabula rasa tant souhaitée.

Attila, le fléau des dieux, et ses hordes dévastatrices, dans leur renaissance, étaient passés à Port-au-Prince et bien sûr, ils ont tout saccagé et détruit sur leur passage sans rencontrer la moindre résistance organisée et structurée en plein 21e siècle.

Pourquoi, ce grand guerrier barbare Hun a- t- il choisi ce petit coin de terre déjà fragilisé par la misère et les intempéries pour nous rappeler qu' il vit encore et toujours? Est-ce parce que nous serions une proie facile, des _pitimi san gadò, sans un pape Léon le Grand pour le contrecarrer et le soumettre à la raison par la négociation en 452?

Ici et là, on sent gronder la frustration et la colère devant cette passivité complice qui a permis ces ravages. Ici et là, on pleure la mort d'un proche, la perte d' un bien acquis au prix de durs sacrifices et de dur labeur.

Le choc, les réactions de colère et d'indignation sont certes compréhensibles d'autant plus qu'il n'y a eu aucune explication cohérente et argumentée susceptible d'apaiser notre soif de compréhension. Par-delà les réactions émotionnelles somme toute normales, 3 grandes questions surgissent et qui resteront probablement longtemps sans réponse :

 Pourquoi?

 Comment cela a- t-il pu être possible et enfin pourquoi, notre Etat, à travers les différents gouvernements qui se sont succédé, a-t- il été si impuissant, cet état justement si prompt à mater dans l'œuf toute velléité de dissidence, de subversion ou de résistance?

Et c'est là où le bât blesse, c'est là où se trouve le grand paradoxe, le grand mystère car, officiellement, notre pays n'est pas en situation de guerre civile déclarée ni en conflit ouvert avec ses différents amis ou voisins, puissants, lointains ou proches. Même plus, on a la mauvaise, la fâcheuse impression qu'on est sous tutelle. Alors pour reprendre comme la Marquise dans la chanson Allo, allo, et à qui on  annonçait au téléphone les mauvaises nouvelles sur son château et son écurie en train de brûler, sa voix empreinte de stupéfaction et de choc répondait invariablement " comment cela est- il possible"?

Qui rendra des comptes à la nation? Que dirons- nous aux générations futures? Et quelle sera la prochaine étape? Dédommagement, reconstruction, réconciliation?  On n'en parle peut-être pas mais beaucoup de ceux qui ont survécu à cette horreur en sont sortis traumatisés, désaxés, demanbre.

Ils ont besoin d'aide et de thérapie. Comment va- t- on s'y prendre pour les panser et les guérir de leurs blessures et de leurs plaies ? Comment va-t-on s'y prendre pour les cicatriser et surtout comment nous remanbre?

Sommes- nous réellement conscients des défis qui nous attendent et serons- nous à la hauteur?

11 mai 2026,

Samuel E. Prophète

1 commentaire

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Ernst

Non....nous ne sommes pas à la hauteur des enjeux défiants qui nous attendent...tant que nos penseurs espèreent que leur tour un jour fera surface et leur part du garteau sera servi avec des dividendes

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