Des chercheurs haïtiens au Brésil pour la construction d’un terrain d’entente nationale
En juin dernier, nous avons fait sortir une note* dans laquelle nous avons recommandé au feu Monsieur Jovenel Moïse de surseoir sur son référendum et l’avons rappelé que l’urgence du moment n'était pas une révision constitutionnelle voire un changement de Constitution, mais plutôt celle de combattre, entre autres, l’entreprise de kidnapping et les gangs armés qui ne cessent d’endeuiller, d’empêcher la libre circulation et d’appauvrir la population. Bien avant celle-ci, soit en février de la même année, nous l’avons exhorté à se rétracter pour ne pas empirer davantage la crise. Malheureusement, nos voix ainsi que celles des milliers de compatriotes de partout n’ont pas été entendues. M. Moïse, ses pseudo-intellectuels-conseillers ainsi que les membres de son gouvernement jouisseur ne faisaient aucune preuve de compréhension et d’empathie face à la dégradation du climat sécuritaire. Comme des complices, ils assistaient aux enlèvements, à l’assassinat cruel des paisibles citoyen.ne.s de toutes couches sociales du pays, jusqu'à ce que celui à qui était incombé le rôle de garantir la sécurité de chaque citoyen.ne a été lâchement et cruellement assassiné chez lui, le 7 juillet dernier.
Ce petit rappel qui sert d'introduction aux lignes qui suivent se veut être une advertance pour les actuelles et les futures autorités du pays: comme dirigeants vous devez toujours faire preuve de compréhension, de prévoyance et d’empathie, en écoutant la voix de la sagesse et en vous mettant au côté de vos concitoyen.ne.s qui souffrent, qui crient jour et nuit. Ainsi, le but principal de ces lignes est d’exprimer notre indignation, notre révolte face à la détresse inédite dans laquelle se trouve le pays et exhorter les autorités qui sont actuellement payées pour garantir la sécurité de tout un chacun à faire preuve de compréhension et d’empathie.
Voilà ce qui manquait au feu Moïse et son gouvernement jouisseur et ce qui manque aux autorités actuelles du pays: la preuve d’empathie envers la grande majorité de la population qui souffre jour et nuit par les exactions des gangs armés depuis trop longtemps, enfonçant ainsi le pays dans une crise inédite où l’hécatombe collective s’avère de jour en jour imminente. Le plus révoltant dans cette situation de détresse c’est l’insouciance des autorités actuelles qui ne se contentent qu’à jouir les privilèges dus à leurs prétendues fonctions, sans accomplir rien pour lequel elles sont payées. Or, on dit souvent que la sécurité est le premier devoir de l’État qui détient le monopole de la violence physique légitime envers les citoyens. Alors, comment des hommes d’État à qui incombe la responsabilité de garantir la sécurité des citoyen.ne.s se sentent-ils quand des bandits et des gangs armés kidnappent des personnes, violent des femmes et des adolescentes, torturent et assassinent cruellement jour et nuit en toute quiétude? Sont-ils payés uniquement pour satisfaire leur égo? Que disent-ils à leur famille quand ils sortent le matin pour aller à leur soi-disant bureau? Où est la preuve de compréhension, de responsabilité dont doivent faire montre les hommes d'État?
En tout cas, en Haïti, au moins durant ces dernières années, les autorités haïtiennes ne cessent de montrer leur inconscience, leur avidité, leur méchanceté, leur mépris pour la vie des citoyen.ne.s. Ce sont les mots les plus adéquats et adaptés que nous pourrions recourir pour décrire le comportement jouissif des autorités haïtiennes, surtout, celles que connaît le pays de Michel Martelly en passant par Jovenel Moïse à Ariel Henry. Alors que M. Moïse et ses alliés, dans leur avidité, leur inconscience et leur méchanceté, avaient fermé leurs yeux sur la dégradation du climat sécuritaire, tel qui s’est plus tard révélée suicidaire, aujourd’hui, Monsieur Ariel Henry et ses alliés composés, en grande partie, par d’anciens opposants au régime de PHTK adoptent le même comportement. Malgré que les bandits rendent la vie impossible dans le pays, malgré les assassinats crapuleux des paisibles citoyen.ne.s, ainsi que la pénurie de carburant qui annonce une crise humanitaire sans précédent dans le pays, Monsieur Henry et ses acolytes ne font preuve d’aucune intelligence, d’aucune responsabilité, ils ne font montre d’aucun effort véritable pour secourir la population et apporter la paix dans les rues. Hélas! Ils n’intéressent qu’au partage du gâteau. Des ex-opposants d’hier au régime phtkiste sont des alliés aujourd’hui. Ils se montrent très avides et ne crient que pour la formation d’un nouveau gouvernement, sans montrer aucune empathie envers la grande masse qui meurt à petit peu.
Depuis l'assassinat du Président Jovenel Moïse, nous notons un ensemble d'accords émanant de différents secteurs de la société proposant des solutions à cette crise aigüe que connait le pays. Parmi ces accords, on retient notamment celui de la Recherche d'une solution haïtienne pour sortir de la crise, communément appelé Accord de Montana, le Protocole d'Entente nationale et l'Accord d’Ariel Henry qui est, entre autres, signé par quelques organisations politiques de l'ancienne opposition au régime phtkiste. Nous nous demandons pourquoi autant d’accords et pas un seul inclusif avec toutes les forces vives de la nation.
Ainsi, pour contrer cette crise aiguë dans laquelle patauge le pays, nous encourageons tous les secteurs de la vie nationale à un sursaut patriotique. Malgré les désaccords ou divergences politiques et idéologiques, nous invitons tous les acteurs de la société civile, tous les acteurs politiques de bonne volonté, autour d’une même table, afin de trouver un terrain d’entente pour doter le pays d’un gouvernement responsable capable de résoudre le problème crucial d’insécurité dans le pays et de lancer la base de (re)fondation de la nation haïtienne qui est en voie de disparition. Au nom de nos ancêtres, au nom de toutes les victimes de l’insécurité, au nom de la jeunesse qui quitte le pays en masse à la recherche d’un mieux-être et au nom de tous les Haïtiens vivant à l’étranger, nous exhortons la fusion de ces trois accords mentionnés ci-dessus en y considérant les points les plus importants qui reflètent les intérêts de la collectivité. Le nouvel accord politique devra engendrer un gouvernement de transition de rupture dont rêve la majorité des Haïtiens.ne.s, en vue de relever les grands défis de l’heure et lancer la base de (re)fondation du pays.
La base de la (re)fondation du pays à laquelle nous referons doit être concrétisée, entre autres, par:
i) le rapatriement notamment du processus électoral, qui depuis plus d’une décennie se trouve aux mains de la “Communauté internationale” à travers le “Core-Groupe”;
ii) un gouvernement responsable capable de dissoudre le fameux Core-Groupe qui représente un lourd fardeau pour la nation haïtienne;
iii) l’élaboration d’un projet de société visant à faire une rupture à la reproduction de la structure sociale violente et inégale. Pour cela, il faut obligatoirement (re)penser nos systèmes éducatif, judiciaire, sanitaire, économique.
iv) des projets socioculturels et éducationnels pour donner la bonne direction à la jeunesse haïtienne convoitée par le banditisme.
D’où la nécessité de la construction d’un front commun par des gens et acteurs de bonne volonté et sincère en vue de retrouver la fierté haïtienne qui est trop longtemps jetée dans les oubliettes de l’histoire par nos dirigeants avides, inconscients de la cause nationale.
Les signatures:
Dieumettre JEAN, Doctorant en Études littéraires à l'Université d'État Paulista/UNESP - São Paulo, Brésil
Frantz Rousseau DÉUS, Doctorant en Sociologie à l’Université d’État de Campinas/UNICAMP - São Paulo, Brésil.
Guerby SAINTE, Doctorant en Géographie à l’Université d’État de Campinas/UNICAMP - São Paulo, Brésil.
Sanel CHARLOTIN, Maîtrise en Relations Internationales à l'Université Fédérale d'Intégration Latino-américaine/UNILA - Paraná, Brésil.
Lanousse PETIOTE, Chercheur Post-doctorant à l’Université d’État de Campinas/UNICAMP - São Paulo, Brésil.
Tomy FELIXON, Maîtrise en Mathématique Appliquée à l’Université d’État de Campinas/UNICAMP - São Paulo, Brésil.
Ismane DESROSIERS, Doctorant en Géographie à l’Université de São Paulo (USP) - São Paulo, Brésil
Berno LOGIS, Doctorant en Histoire à l’Université d’État Paulista/UNESP- São Paulo, Brésil
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.