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L’Orchestre Philharmonique Sainte Trinité et les Petits Chanteurs, les grands absents de la Noël 2022

L’Orchestre Philharmonique Sainte Trinité et les Petits Chanteurs, les grands absents de la Noël 2022

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Dès qu'on s’approche vers la fin de l’année, on attendait avec impatience les différents spectacles de Noël. Une fois de plus, comme c’est devenu la norme chez nous, ce sera Noël sans grandes célébrations. 

Des bandes de konpa, des soirées Dj en passant par les fanfares, les chorales des écoles, les chœurs des églises, aucune grande affiche ne retient nos esprits pour célébrer la naissance du Christ, lui que nous avons tant besoin chez nous cette année. Malheureusement, le plus ancien orchestre philharmonique du pays n’y échappe point. L’Orchestre Philharmonique Sainte Trinité, ce patrimoine qui aurait dû clôturer en grande pompe les festivités de ces 50 ans d’existence.

167 années après notre indépendance, c'est à l'initiative et la vision de la Sœur Anne-Marie, cette Américaine en mission en Haïti, que se tiendra pour la toute première fois en Haïti, un concert par un orchestre philharmonique haïtien. Résultat, de longues années de labeur avec l’École de Musique Sainte Trinité fondée en 1956, l’orchestre va rapidement marquer les esprits et contribuer à l’évolution de la musique nationale en révélant des talents exceptionnels que nous peinons à produire aujourd’hui. 

Sous l’égide de l’Église Épiscopale d’Haïti, cet orchestre va porter notre bicolore hors des frontières durant des décennies avec fierté et honneur depuis 1973, année de sa première tournée aux États-Unis. Et accompagné des Petits Chanteurs, chœur de jeunes garçons fondé en 1961,  à travers ces tournées régulières à l’étranger, ils ont été durant longtemps, le son et la voix dans les médias internationaux.

Pendant longtemps jusqu’au 12 janvier 2010, au bas du Bel-Air, longeant la rue Monseigneur Guilloux, à l’angle de la rue Pavée, en plein centre-ville, logé dans les locaux de l’école primaire Sainte Trinité fondée en 1913, l’orchestre bénéficiait de la seule salle de concert hermétique du pays répondant aux prescrits internationaux, la Salle Sainte Cécile. 

Pour rendre hommage à Sainte Cécile, la patronne des musiciens. En plus des concerts traditionnels et réguliers de l’orchestre, de grands noms de la musique classique nationale et internationale s’y donnaient rendez-vous au beau monde de Port-au-Prince. Car, ultime luxe pour notre pays, à la Salle Sainte Cécile, on pouvait jouir des notes du seul piano certifié pour concertiste professionnel jusqu’alors. 

Malgré la perte de son siège historique, de l’ensemble des bâtiments du complexe Sainte Trinité et surtout de certains membres irremplaçables de l’orchestre et de l’administration, l’OPST a su tenir le coup et continuer à nous offrir des concerts de haut niveau.

Une fois de plus, puisque les années qui ont précédé et succédé 2004, n’ont pas été de tout repos. Le centre-ville devenait alors de plus en plus, lieu de spectacles animés par des criminels. Plus qu’un orchestre, avec les Petits Chanteurs et les étudiants de l’école de musique, entre les murs de l’école primaire, l’espace s’est révélé durant des années le lieu de socialisation par excellence. 

Des filles de banquiers de Pétion-Ville et des fils de marchande de La Saline s’y retrouvaient, partageant l’amour de la musique et de rêver un jour d’être membre de l’Orchestre Philharmonique Sainte Trinité, grale ultime pour tous les élèves privés et de l’École Sainte Trinité. Et par-dessus ce rêve, c’est le lieu sacré de plein de souvenirs d’une jeunesse qui croyait en l’avenir de la nation au-delà des clichés des classes sociales. 

Et si certains ne brillaient pas autant que d’autres comme musiciens, ils pouvaient bénéficier d’un réseau d’amis comme des professionnels pour se lancer vers d’autres aventures, tout en restant attachés à cette grande famille qui parlait musique à tout âge, sous le regard maternel de Mamie Rose. Une figure emblématique dans  l’histoire de l’OPST. Une épopée que l’insécurité a fini par avoir raison d’elle, puisque certains par peur d‘être victimes vont délaisser le centre-ville, et de plus en plus, les activités de l’orchestre vont se concentrer vers le nord de Port-au-Prince, jusqu’à être définitives en 2010.

Lutter, résister, ressusciter, tels sont peut-être les verbes pour décrire cet orchestre. Si 2010 a presque tout emporté, l’Orchestre Philharmonique Sainte Trinité, contre vents et marées, a célébré ses 40 ans en 2011 avec succès. Cette année, également celle des 50 Ans des Petits Chanteurs, a été marquée par plusieurs concerts à travers le pays en compagnie de nombreux  invités étrangers. 

C’était le temps de découvrir de nouveaux membres, l’Orchestre de Chambre et et des pièces de compositeurs haïtiens parmi lesquels Julio Racine, Ludovic Lamothe, Dickens Princivil et Hector Lominy, le tout premier conducteur de l’orchestre, qui y resta si fidèle, qu’il en fera le grand voyage dans l’enceinte même de l’auberge de l’établissement le 16 avril 2007, 3 ans après avoir repris les rênes de l’orchestre. Il y laissa des pièces d’anthologie qui ont fait la gloire de la nation particulièrement en 2004 lors des célébrations de notre bicentenaire du 1er janvier 1804. 

Et comme pour rendre fiers ses aïeux, cette année là, les Petits Chanteurs accompagnés de l’Orchestre de Chambre de l’OPST ont établi le record de 48 concerts dans 19 villes des États-Unis en moins de 2 mois. Dès lors, le cap est mis sur les 10 prochaines années pour les 50 ans. Le projet de la reconstruction de l’ensemble des bâtiments est lancé et on rêvait déjà du « Palais des Arts de Sainte Trinité ».

Entre les promesses des partenaires internationaux et le mépris de la culture saine, c’est à présent le moment d’aller voir ailleurs pour la jeunesse. Le temps de la reconstruction a passé et la situation du pays ne fait qu’empirer.  Professeurs, étudiants, membres de l’orchestre, presque tous fuient notre chère Ayiti. À défaut des États-Unis et du Canada, certains prennent refuge au Chili, au Brésil, en Argentine et même en République dominicaine. 

Seuls les plus téméraires résistent  contre cette vague de perte de talents, l’orchestre tient encore heureusement,  en nous offrant régulièrement des concerts remarquables, comme lui seul connaît le secret, sous la direction du feu révérend David César et de Pierre Leroy. Bien que l’on ne puisse parler de modernisation, ces dix ans ont été une période de transition. L’orchestre présentera de plus en plus de pièces de ses membres et anciens membres devenus compositeurs. 

On découvrira ainsi les pièces classiques et traditionnelles de Princivil, de César, de Leroy, mais également des plus jeunes tels les Bernier, Ducasse et Désinat, qui aujourd’hui brillent en terre étrangère. Tel est le cas de leurs aînés Dr Jean Montès, Jean Rudy Perrault, Richard Casimir et Jean Luc Princivil. Comme fut également le cas du feu Dr Romel Joseph, reconnu jusqu’à date comme le plus grand violoniste haïtien, en partant de l’École Saint-Vincent, jusqu’à intégrer la prestigieuse Julliard School, plus célèbre conservatoire de musique et des arts du spectacle aux États-Unis.

Ce sera également la période où de nombreux autres chefs d’orchestre étrangers comme haïtiens seront invités à diriger l’OPST assez régulièrement et Dickens Princivil, sera le plus révélateur pour plus d’un. Dès lors, on assiste à l’éclosion de plusieurs autres écoles de musique de renom et orchestres philharmoniques à travers le pays. Toujours sous l’influence des membres de l’OPST et au généreux soutien de la violoncelliste et chef d’orchestre Janet Anthony à travers son organisation BLUME Haïti, on parlera aux côtés de l’Orchestre Philharmonique Sainte Trinité, à l’instar de l’institution Dessaix Baptiste avec Fritz Vallescot, établie à Jacmel depuis 1998, du Cercle des Musiciens Chrétiens Capois avec Tchoupi Hilaris au Cap-Haitien, Sainte Cécile avec Jéroboam Pierre en Plaine du Cul-de-sac, de MELODICK avec Dickens Princivil à Port-au-Prince, sans oublier un peu plus tard l’apparition des orchestres de chambre Chordz et Vibr’Ayiti qui quant à eux, proposent un répertoire de plus en plus éclectique.

En plein processus de rénovation et à mesure que 2021 s’approche, l’orchestre connaitra des hauts et bas, marqués particulièrement par l’état chaotique du pays, de nos crises politiques interminables. Et comme chez nous les malheurs s’en suivent, l’OPST perdra tour à tour en 2020 et 2021, deux de ses plus dignes fils, le chef d’orchestre, compositeur et flûtiste Julio Racine et le Père David César. Si le premier fut aux côtés d’Hector Lominy et Micheline Dalancourt pour les premières notes de l’orchestre qu’il a dirigé de 1976 jusqu’en 2000, en s’assurant de bien s’inscrire dans les annales des plus belles années de l’orchestre,  le second lui, passera par toutes les étapes en étant le plus jeune membre de l’OPST dès ses 7 ans disent-ils et finira son parcours comme directeur de l’École de Musique Sainte Trinité et Conducteur de l’OPST. 

Comme un David, il gravit les échelons et dédia sa vie durant 45 années au service de l’Église Épiscopale et de l’orchestre qu’il a dirigé avec fermeté pendant plus de 20 ans. Et s’il est venu en David, il est parti en César, laissant derrière lui, l’héritage de l’OPST, digne de Rome, désormais sous la baguette dorée du chef d’orchestre Pierre Leroy et de la virtuose première chaise Gerlyne Espérance, loyale comme elle seule, pour assurer l’avenir, en pleine tempête, entre crise sanitaire mondiale et crise politique nationale.

En effet, 2021-2022, l’année de la célébration des 50 ans, cette période sera dominée par des crises sans fin. Entre les guerres des gangs, l’assassinat du chef de l’État, les rapts et la crise économique qui suit le Covid, avec les longues pénuries de pétrole tout semble à l’arrêt chez nous. Et contre toute attente, encore l’Orchestre Philharmonique Sainte Trinité nous a livré cette année 2 concerts de maître pour les Fêtes de Pâques en mémoire du Père David César, en revisitant la Marche slave de Tchaïkovski et pour la fête des Mères, les grands classiques du cinéma en compagnie de l’orchestre Vibr’Ayiti.  Si pour certains, l’âge amène la raison, pour l’OPST, il en amène le courage de tenir la mélodie de l’espoir en plein enfer.

Ces fêtes de fin d’année de 2022 auraient dû être celles du grand bal du demi-siècle de la fille adorée de Sœur Anne-Marie dans le hall du « Palais des Arts de Sainte Trinité ». Mais plus encore, 2021-2022, aurait dû être l’année des documentaires, des livres, des émissions spéciales, des tournées nationales et internationales, des prix et honneurs, des expositions sur la vie, l’œuvre et les grandes figures de l’Orchestre Philharmonique Sainte Trinité, de ceux qui ont marqué le cœur de nombreuses générations tels le bassiste et chef d’orchestre Yves Colimon ou encore la cantatrice Nicole Saint-Victor. 

Année de reconnaissance à une institution  qui a accompagné président et dignitaires de l’État, des artistes du monde séculaire et évangélique, dont les notes ont attendri le cœur des riches et des pauvres, qui a contribué à l’évolution de la musique et la culture haïtienne et porté haut et fière notre bicolore. Hélas, on ne verra pas l’orchestre clôturer les festivités du demi-siècle cette année, même pas sur les marches du Ministère de la Culture ou dans les jardins du MUPANAH grâce aux retransmissions de la Radio et Télévision nationale, sous le patronat des grandes entreprises de la place. Pas même une seule date pour célébrer avec la nation, dans un pays où peu d’initiatives nobles parviennent à résister durant cinq décennies.

Entre le mépris de l’art, les crises économiques et politiques, l’absence de mécènes, la fuite des talents, l’absence d’investissement dans la culture, on a qu’à prier et espérer que Sainte Cécile, de là-haut, défendre les causes de ce patrimoine national et que l’âme des aïeux lui garde pour les 50 et même les 200 prochaines années.

L'Orchestre Philharmonique Sainte Trinité et les Petits Chanteurs, d’où l’unité nationale prenait tout son sens, ces institutions qui ont tant donné au pays, n’ont encore rien reçu de la nation. Puisse l’avenir les combler de bonheur, de couronnement et d’honneur avec l’émergence de nouveaux leaders que dans la politique, la culture et dans les affaires, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, la Sainte Trinité. 

 

Jean Marc-Arthur Dorante

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