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Pourquoi sommes-nous si pressés de paraître réussir ?
Il fut un temps où l’on rêvait de réussir. Aujourd’hui, il semble surtout urgent que les autres le sachent.
Un téléphone à la main, quelques photos soigneusement choisies, une voiture empruntée pour l’occasion, une table bien dressée, un restaurant à la mode: en quelques secondes une vie peut naître sur les réseaux sociaux, les apparences d’une réussite éclatante. Et pourtant derrière l’écran, personne ne sait véritablement ce qui se joue.
Nous vivons désormais à une époque où l’apparence et la réussite semble parfois précéder la réussite elle-même.
Instagram, Tiktok, Facebook et les autres vitrines numériques ont profondément modifié notre manière de nous présenter au monde. Nous ne montrons plus seulement ce que nous sommes; nous construisons ce que nous aimerions que les autres croient que nous sommes.
Et en Haïti, cette course à l’apparence n’est pas étrangère à notre quotidien.
Il suffit de parcourir quelques profils pour découvrir des vies qui semblent impeccables : voyages, vêtements coûteux, restaurants, soirées, cadeaux, nouvelles acquisitions. Tout paraît abondant, maîtrisé, enviable. Mais derrière cette succession d’images soigneusement mises en scène, une question demeure: sommes-nous réellement heureux ou sommes-nous devenus obsédés par la nécessité d’en donner l’impression?
Je ne condamne pas l’envie de montrer ses réussites. Nous avons le droit d’être fiers de ce que nous accomplissons. Le problème commence lorsque nous ne cherchons plus seulement à vivre, mais à être vus en train de vivre.
À force de nous comparer, nous finissons par transformer la vie des autres en étalon de la nôtre. Le succès de l’un devient l’échec supposé de l’autre. Une jeune femme qui voit celles de son âge ou plus jeune voyager… peut avoir l’impression de stagner. Un jeune homme qui contemple les signes extérieures de richesse d’un autre peut croire qu’il a pris du retard.
Pourtant, les réseaux sociaux ne montrent presque jamais les coulisses.
Ils ne montrent ni les dettes contractées pour maintenir certaines apparences, ni les nuits d’inquiétudes, ni les sacrifices, ni les échecs, ni les chemins interminables qui précèdent parfois une réussite véritable. Nous comparons notre réalité entière au fragment soigneusement sélectionné de la réalité d’autrui.
Et cette comparaison exerce une pression particulièrement forte sur la jeunesse.
On voudrait avoir un bon emploi avant trente ans, la belle voiture, le logement idéal, les voyages, les vêtements de marque, une relation parfaite et, naturellement, les photographies capables d’en convaincre tout le monde.
Mais depuis quand avons-nous décidé qu’une vie devait être spectaculaire pour être respectable ?
Réussir devrait pouvoir signifier apprendre un métier, terminer ses études, aider sa famille, créer modestement son activité, acheter son premier meuble, publier son premier livre ou simplement parvenir à vivre dignement de son travail.
Tout cela mérite d’être célébré, même lorsqu’aucune caméra ne l’enregistre.
Peut-être devrions-nous donc ralentir cette course effrénée à l’apparence. La réussite n’a pas besoin d’être photographiée pour être réelle.
Parce qu’au fond, à quoi sert de convaincre tout le monde que nous avons réussi si, lorsque l’écran s’éteint, nous ne parvenons plus en nous en convaincre nous-mêmes ?
Le regard d’une jeune femme sur la société.
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