Haïti: les méfaits de la violence et le sentiment d'insécurité personnelle sur la santé mentale des habitants de Port-au-Prince Partie 1/2
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De la religion à la psychologie
Dans les sciences sociales, l'un des plus grands mérites de Durkheim (1968), c'est d'avoir démontré que par de là son côté spirituel, la religion est un phénomène éminemment social (p. 21). En tant que telle, elle a influencé bon nombre de choses à notre insu. À ce titre, chaque religion propose en tout premier lieu, un système d'explication du monde (p. 20). À un autre point de vue, les fêtes religieuses ont déterminé : la mise en place du calendrier, la détermination des points cardinaux et des saisons de l'année (pp. 21-23). En étudiant le totémisme, système de croyances qui remplace la religion dans des régions d'Australie, Freud (1912, p. 7) a démontré que la prohibition de l'inceste, principe respecté dans presque toutes les sociétés d'aujourd'hui existait déjà dans ces sociétés primitives très éloignées des nôtres dans le temps et très différentes des nôtres dans leur façon de vivre. En étudiant les cultes protestants, dans l'Éthique Protestante et l'Esprit du Capitalisme, Max Weber a mis au grand jour la façon dont la doctrine de ces religions a façonné l'attitude des croyants à travailler pour gagner de l'argent, l'économiser, l'investir et le réinvestir, ce qui dans l'ensemble a favorisé l'essor du capitalisme. Ces éminentes figures des sciences sociales qui sont parties de la religion pour étudier des phénomènes sociaux nous inspirent à mettre des attitudes maintes fois décelées et des comportements plusieurs fois observés chez des habitants de Port-au-Prince vivant en situation d'insécurité personnelle sur le terrain de la psychologie. De quoi s'agit-il exactement? D'une part, il y a l'attitude de plus en plus fréquente dans les prières des chrétien(ne)s de solliciter de la protection des entités spirituelles comme : Dieu, Jésus, les saints contre l'insécurité et la violence qui règnent dans la capitale haïtienne. D'autre part, rendre explicite les impacts psychologiques de ce sentiment d'insécurité personnelle et de la peur d'être victime de cette violence sans frein qui règne à la capitale haïtienne sur le comportement des habitants de la ville.
Nous avons la malchance d'être plusieurs fois témoin d'un concert de « Jésus » qui éclate dans des véhicules de transport public quand des détonations d'armes à feu retentissent le long du parcours. Il nous arrive également d'être certaines fois le spectateur effrayé des gens qui, tout en s'abritant dans des parties qu'ils croient sûres de leur maison, prient à voix basse pour que Dieu, socialement représenté comme entité spirituelle toute-puissante, fasse cesser les rafales d'armes à feu entendues à proximité de leur domicile. Ces réactions témoignent avant tout de ce que la chercheuse Noble (2016) étudie avec le concept d'insécurité personnelle, c'est-à-dire la crainte que sa personne, ses proches ou ses biens subissent une agression dans un espace public ou à domicile. Cela est dû à un état d'esprit de vulnérabilité ressenti dans une situation menaçante où la probabilité d'être victime est très grande. Ceci étant dit, notre objectif est de comprendre et d'expliquer les différents sentiments et toute la palette d'émotion engendrée par cette situation de violence et d'insécurité personnelle dans le quotidien des habitants de Port-au-Prince et enfin nous mettrons au grand jour les méfaits de ces deux (2) fléaux sur la santé mentale des habitants de la capitale haïtienne.
Vers une tentative de conceptualisation
Au sens large, le sentiment d'insécurité renvoie à la peur d'être victime d'un crime (Garoscio, 2006, p. 33). On y distingue trois (3) composantes : une composante cognitive, une composante émotionnelle, une composante comportementale. La dimension émotionnelle a trait à l'ensemble des sentiments éprouvés par rapport à l'imminence d'un danger. Du nombre, on retient : la peur, l'anxiété, la colère. La dimension cognitive fait référence à l'ensemble des idées qui passe par la tête dans ces situations dangereuses. Elle consiste en : l'évaluation et la gravité du risque encouru, la probabilité d'être victime, les conséquences que cela provoqueraient sur soi. La dimension comportementale renvoie à l'ensemble des précautions prises soit pour éviter d'être victime soit pour s'échapper au(x) préjudice(s) qui marche(nt) avec cette menace (Noble, 2016, pp. 251-252).
Du latin vis, la violence renvoie du point vue étymologique à la force, la vigueur, la puissance. En ce sens, elle désigne l'usage déréglé de la force physique (Le Run, 2012, p. 23 ; Michaud, 2014, p. 31). Ce concept a une très vaste acception. La psychanalyse laisse supposer que le comportement violent est inné. Chez le nourrisson on le décèle : par le désir de mordre le sein de la mère et la tendance à la gifler; l'instinct destructeur marqué par la tendance ambivalente à briser l'objet désiré; la tendance ambivalente à s'emparer avec agressivité de l'objet qui procurera le plaisir et la jouissance. De même que, le clivage des objets en bon-mauvais, gratifiant-dangereux sont à la base d'une sorte de haine, d'agressivité et de comportement(s) violent(s) envers ceux qui sont désignés comme mauvais et dangereux. En outre, le comportement violent participe dans une certaine mesure à la structuration des rapports du nourrisson avec son environnement. Aussi, quand son entourage ne répond pas à temps à ses besoins, il adopte souvent des comportements violents pour se faire comprendre et obtenir satisfaction (Winnicott, cité par Houssier, 2009, pp. 15-17). Bien que l'approche psychanalytique ne nous aidera pas à atteindre notre objectif cependant, elle nous aide à comprendre que, contrairement à ce qu'on pourrait tenter de croire, le comportement violent n'est pas uniquement le résultat d'un apprentissage social, il est en parti inné chez l'homme. Pour atteindre notre objectif, il nous paraît plus commode d'adopter une définition behavioriste du concept de violence, celle-ci sera plus saisissable pour le lecteur et plus facile à opérationnaliser Dans cette perspective, la violence est définie comme l'emploi de la force contre quelqu'un avec les dommages physiques que cela entraîne (Michaud, 2014, p. 31). Concrètement, les dommages provoqués par la violence sur les habitants de Port-au-Prince se manifestent par des actes comme : le kidnapping, des meuttres perpétrés à l'aide d'armes à feu ou d'armes blanches, des fusillades, des tirs nourris sur des véhicules de transport en commun, la destruction et l'incendie de bien public et privé, le vol, le viol, le rançonnement des entreprises privées et des petit(e)s commerçant(e)s du secteur informel, et des usagers du transport en commun.
La santé mentale est selon l'Organisation mondiale de la Santé (O.M.S) : une situation de bien-être mental permettant à l'individu d'affronter les différentes situations de la vie, d'exploiter pleinement ses potentialités, de bien apprendre, de bien travailler et enfin de contribuer à l'avancement de sa communauté (O.M.S, 2022, paragr. 1). Soit dit en passant que la santé mentale ne se résume pas à la négation de la folie (Coupechoux, 2014). Si on devrait traduire cette assertion dans le langage de la psychologie, on aurait dit : l'absence de troubles mentaux ne dit pas automatiquement qu'une personne jouisse d'une bonne santé mentale. D'où l'importance des paramètres comme le bien-être et le bon fonctionnement individuel et social du sujet (Doré et Caron, 2017, paragr. 4).
Du latin pavor, la peur renvoie à un sentiment d'effroi, d'épouvante, d'affaiblissement et même de perte du sang froid face à une menace réelle (Visscher, 2015, p. 725 ; Roussant-Lumbroso et al, 2020, paragr. 1). Rangée dans la catégorie des émotions, la peur est ressentie en présence d'un danger, c'est-à-dire une situation présentant un inconvénient qui peut nous affecter (Natanson, 2008, p. 161 ; Jodelet, 2011, p. 240). Dans ces différentes manifestations, elle peut prendre des formes collectives comme la panique, l'épouvante ou des formes individuelles comme la crainte, l'effroi, l'angoisse (Jodelet, 2011, p. 240). Classiquement définie comme une peur sans objet, l'anxiété est fondée sur la peur (Monestès, 2014, p. 29). Elle correspond cependant à un sentiment d'insécurité, de terreur et d'appréhension dû à un péril que le sujet n'est pas à même d'identifier (Lumbroso-Roussant & Roussant, 2020, paragr. 2). En ce sens, elle n'est pas liée à un événement réel. En un mot, c'est une peur qui n'a pas sa raison d'être (Lumbroso-Roussant & Roussant, 2020, paragr. 8). À la suite de Moscovici (2013), nous entendons par représentation sociale, un ensemble d'idée et d'image que des individus formant un groupe ou une communauté lient entre elles et qu'ils partagent en communiquant ou à travers des médias. C'est une large gamme d'opinions admises sur un sujet donné par chaque individu envisagé sous un rapport commun sans qu'il y ait préalablement un consensus entre eux. Le concept de représentation sociale s'inscrit avant tout dans un rapport individu-société. Du point de vue psychologique les idées et les images qui constituent une représentation sociale s'inscrivent dans l'imaginaire de chaque sujet d'une communauté quelconque pendant que simultanément, toute la collectivité les partage du point de vue social.
Port-au-Prince, poumon d'Haïti : histoire et panorama d'une ville
Fondé en 1749 à l'actuel quartier du Bel-Air, Port-au-Prince ne tarda pas à supplanter le Cap-Français comme capitale de la colonie française de Saint-Domingue. L'histoire de cette ville est marquée par des cataclysmes destructeurs, des incendies accidentels, criminels et politiques. Tout comme une traditionnelle lutte pour le maintien et le renversement des différents gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays. Le premier événement majeur de l'histoire de la ville est le séisme destructeur de 1770. Après la proclamation de l'indépendance, le 1er janvier 1804 Jean Jacques Dessalines, le père de la patrie fit de la ville de Marchand la capitale du nouvel État. Étant toujours le siège de vive agitation politique, Port-au-Prince fut le lieu du parricide qui emporta le père de la nation haïtienne. En effet, le premier chef d'État haïtien fut abattu le 17 octobre 1806 au quartier du Pont-Larnage rebaptisé Pont-Rouge après le drame. Après lui, pas moins de quatre (4) chefs d'État et un (1) vice-président sont victimes de ce sort à Port-au-Prince. Bastion de la politique haïtienne, la ville fut l'objet de sinistres hécatombes comme le massacre d'avril 1848 sous Soulouque, la guerre civile de 1865-1867 sous Salnave et les journées de tuerie et d'incendie de septembre 1883 sous Salomon. Port-au-Prince est également le lieu de débarquement des forces d'occupation en 1915, 1994 et 2004. C'est aussi le théâtre : de la guerre civile d'un jour, le 25 mai 1957; des vêpres du Bel-Air, le 14 juin 1957; de l'insurrection armée baptisée opération Bagad en 2004 et en 2005 ; de l'émeute de la faim en avril 2008; de la journée de violence postélectorale du vendredi 22 janvier 2016. Pour couronner le tout, la capitale haïtienne, particulièrement son centre-ville et les bâtiments administratifs de l'État ont été pour la plupart détruits par le séisme du 12 janvier 2010. Donc, certaines de ces données historiques montrent que ce n'est pas pour la première fois que Port-au-Prince est le théâtre d'un climat de violence et d'insécurité. Historiquement, il s'agit d'un phénomène récurrent qui s'explique en partie par l'intensité des intérêts politiques et économiques constamment en jeu dans la ville. N'oublions pas que Port-au-Prince est le siège des institutions étatiques qui symbolisent le pouvoir et qu'il est le centre des grandes décisions politico-économiques de la vie du pays d'où le fait de le concevoir comme le poumon d'Haïti.
Malgré que les catastrophes naturelles et les conflits politiques ont rythmé la vie politique et économique de Port-au-Prince, cependant du point de vue social et administratif elle a été et demeure jusqu'aujourd'hui la plaque tournante du pays. Pour être la capitale d'un pays centralisé, Port-au-Prince représente la destination incontournable de tout ce qui veut se créer une place au soleil et avoir une certaine mobilité sociale dans une société où les mailles du filet de la réussite individuelle sont extrêmement petites. Ainsi, la capitale haïtienne accueille annuellement une légion de jeunes venues des différentes villes de province particulièrement des zones rurales pour débuter ou continuer leurs études secondaires et faire leurs études professionnelles ou supérieures. Port-au-Prince est également le lieu où certains services publics existent, même le domaine de la santé n'en fait pas exception. Aussi, il n'est pas rare de voir des malades mentaux venant du lointain département de la Grande-Anse viennent se faire soigner au Centre Mars & Klein. Réputé improductive sur le plan agricole, Port-au-Prince est la principale destination des vendeuses venant des régions rurales ou les madan Sara écoulent leurs produits agricoles. Avec les parcs industriels qui emploient tant bien que mal un petit nombre de bras oisifs des couches urbaines, Port-au-Prince est la région du pays qui offre paradoxalement la plus grande possibilité d'emploi pour ceux qui sont issus des masses défavorisées. Port-au-Prince est aussi la ville du secteur privé des affaires et de ses grandes entreprises. Étant le centre névralgique du pays, seul l'arrondissement de Port-au-Prince alimente le pays en carburant à partir des sites de stockage de Varreux et de Thor. C'est là que se trouve le siège social : des banques commerciales, des rares entreprises multinationales qui existent dans le pays, des institutions étatiques qui régulent la vie économique du pays dont, la Direction générale des Impôts (D.G.I), la Banque de la République d'Haïti (B.R.H).
Poumon d'Haïti, Port-au-Prince demeure le lieu favori des intrigues politiques et économiques visant à prendre ou influencer la répartition du pouvoir. Aussi, rendre Port-au-Prince dysfonctionnel c'est paralyser le fonctionnement d'Haïti. Ça, c'est le malin plaisir des politiciens et des nantis de ce pays! Si Weber et Kelsen font du pouvoir de contraindre la principale caractéristique de l'État (Troper, 1995, pp. 35-37) paradoxalement, ce sont les plus grandes faiblesses de l'État haïtien de nos jours. Aussi, en Haïti, l'État manifeste souvent de l'indifférence face aux premières tentatives insignifiantes de défi à son autorité. Cette indifférence des premiers moments va se révéler fatale. Elle débouche la plupart du temps sur des troubles à l'ordre public qu'il aura beaucoup de difficultés à résoudre. La plupart du temps ces subversions revêtent des formes comme : une campagne médiatique pour façonner l'opinion publique, des incitations à la violence, des menaces verbales contre la vie et les biens d'autrui, la manipulation des foules pacifiques et/ou violentes, instrumentalisation des bandes armées, blocage de la circulation piétonne et du transport en commun.
C'est depuis la deuxième décade du XIXe siècle que les bandes armées commencent à jouer un rôle actif dans la vie politique haïtienne. Dans la Grande-Anse, Jean-Baptiste Perrier dit Goman et un grand nombre de paysans rudimentairement armés exigèrent que l'État leur donne de la terre pour travailler à leur propre compte. Quelques années plus tard, revêtu du titre de « chef des réclamations de ses concitoyens », Jean-Jacques Acaau et ses piquets, surnommés « l'armée souffrante du peuple » choisirent d'appuyer leurs revendications sur de puissantes personnalités politiques dont les Salomon. Depuis l'exemple d'Acaau, les bandes armées qui ont jalonné l'histoire d'Haïti sont la plupart du temps l'excroissance des conflits d'intérêts des différentes factions politiques et économiques du pays. En ce qui concerne Port-au-Prince, on note parmi les bandes armées qui ont marqué son histoire : les zinglins de Similien et de Soulouque; les amazones et les zandolits qui épaulaient Sylvain Salnave durant la guerre civile 1865-1867; les rats face aux assaillants en 2004 et 2005. S'il est vrai que les piquets et les cacos naquirent en dehors de la capitale haïtienne, cependant, suivant les impératifs de la lutte de pouvoir, les hommes politiques de Port-au-Prince peuvent les appeler pour leur aider à conserver le pouvoir (par exemple, les piquets sous Salnave) tout comme les politiciens des villes de provinces peuvent les amener à Port-au-Prince pour renverser un gouvernement (par exemple, les cacos de 1911 à 1915 et les militaires démobilisés en 2004). Il faut reconnaître que ce phénomène a connu un arrêt par la reformation de l'armée haïtienne et le désarmement des masses paysannes entre 1915 et 1920 cependant, il se manifestera à nouveau avec la démobilisation des Forces armées d'Haïti (F.A.D'H) en 1995 et le choix de certains gouvernements et des différents groupes d'opposition de lutter pour le pouvoir par l'intermédiaire des bandes armées. C'est dans cet engrenage que Port-au-Prince est pris depuis ces six (6) dernières années.
Se servant des bandes armées dans une rivalité sans merci, des clans politiques et de groupes économiques créent un climat de violence effroyable à la capitale haïtienne. Bien que les statistiques font défaut néanmoins, n'importe quel(le) habitué(e) de la capitale haïtienne admettra qu'elle est littéralement détruite. De nos jours, on ne s'en émeut guère des mauvaises nouvelles, car elles deviennent familières aux gens. La criminalité fait rage. Le kidnapping est monnaie courante. La ville est isolée, les accès menant au grand nord et au grand sud sont extrêmement difficiles pour ne pas dire interrompus. D'innombrables personnes sont tuées. Fuyant la violence des bandes armées, certaines personnes laissent leur demeure pour se réfugier dans des camps improvisés et des abris de fortune. Des quartiers traditionnellement populeux et très fréquentés sont presqu'inhabités maintenant. Inopinément des rafales d'armes à feu se font entendre. Des fusillades surviennent çà et là. Nombreuses sont les personnes atteintes de balles perdues. De nouvelles formes de meurtre font trembler d'épouvante. Le centre-ville, autrefois refuge des chômeurs de la capitale haïtienne est actuellement méconnaissable. Les petit(e)s commerçant(e)s du secteur informel en sont les principales victimes.
Port-au-Prince avant 2017 : un fonctionnement clopin-clopant
La vie à Port-au-Prince n'a jamais été facile, cependant jusqu'aux années 2015 et 2016 la ville gardait un fonctionnement apparemment stable ce qui permettait aux gens de vaquer tant bien que mal à leurs activités journalières. La violence qui rythme le quotidien de Port-au-Prince n'a pas encore été la règle. Aussi, il n'était pas étonnant d'entendre une rafale d'arme à feu, il y a eu toujours des exécutions sommaires de même que des zones dites de « non-droits » ou réputées « quartiers chauds », cependant après deux (2) ou trois (3) heures au pire des cas une à deux journée(s) d'agitation la ville avait toujours repris son fonctionnement normal. Si bon nombre de quinquagénaires sont nostalgiques d'une ville que la dégradation de l'environnement, le séisme du 12 janvier 2010 et surtout la violence politique ont fait perdre ses attraits d'autrefois cependant, jusqu'au début de 2017 on pouvait se permettre d'entrée sans peur et sans crainte chez soi à onze (11) heures du soir. Même s'il n'y avait pas de vie nocturne, les amateurs de bals se livraient avec délectation à leur ambiance de prédilection. Au stade Sylvio Cator, les passionnés de football avaient la possibilité de se régaler en supportant leur équipe favorite au championnat national de première et de deuxième division. C'est aussi l'époque où le carnaval de Port-au-Prince n'était pas encore transformé en instrument de lutte politique. Ainsi, la population veillait cette fête populaire pour se défouler tandis que les groupes musicaux, les artistes de toute sorte ainsi que les marchands du secteur informel en profitent pour se faire une santé économique. Par ailleurs, mis à part les jours de grève et d'intempérie, l'année scolaire se déroulait comme prévu par le calendrier du ministère de l'Éducation nationale et de la Formation professionnelle (M.E.N.F.P). Si une certaine presse et certaines représentations sociales créaient en soi la peur de fréquenter les zones dites de « non-droit » cependant, la confiance et les informations rassurantes d'un membre de sa famille et/ou d'un(e) ami(e) aidai(en)t souvent à vaincre cette peur de son compatriote des couches populaires construite par les médias et entretenue par les stéréotypes sociaux. Une fois arrivée dans ces quartiers, on voit des personnes qui, par résilience vivent une vie qui n'est pas digne d'être vécue mais, bizarrement elles s'y accommodent. Ce n'était pas encore l'heure où elles fuyaient leur quartier et leur domicile par peur d'être victime ou par sentiment d'insécurité personnelle.
A suivre
Jefferson N. PIERRE-LOUIS
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