L’école et le Vodou: des espaces différents aux fonctions communes
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Deux mondes différents ? Pas tant que ça. En observant de plus près, on découvre que ces deux univers, l’école et le vodou, partagent bien plus qu’il n’y paraît, le savoir, la sagesse, la science, le sacré, le sens du temps, des lieux et des existences partagées entre les vivants et les morts.
Dans chaque manuel scolaire, dans chaque formule chimique, mathématique ou physique autant que dans la majorité des citations les plus célèbres, et sans laisser dans l`oubli les faits historiques les plus anciens, les auteurs et les concepteurs des discours philosophiques, les morts sont présents et en pleine activité de célébration, de vénération, de communication, de transmission et d'interpellation dans les programmes et les plans de cours.
Dans chaque salle de classe, en particulier au premier jour de la rentrée, on ne se demande pas si les derniers élèves ou les différents enseignants qui occupaient chacun des sièges ou des emplacements dans la salle sont tous vivants ou morts. Qui sait si leurs esprits, pour ne pas faire peur avec le mot fantômes ou zombi, ne reviennent souvent vagabonder dans ces salles de classes vides la nuit....
Des morts, des esprits Guede, pardon, Halloween de préférence pour ne pas froisser certaines personnes dans le pays préjugés plus confortable aux cultures mortuaires importées que pour affirmer un certain respect et de la reconnaissance envers les ancêtres.
Des rituels aux morts partagés quotidiennement à l'école, qui ne s'éloignent pas des principes du Vodou. Les morts à l'école, depuis les noms de personnalités portées par la plupart des institutions scolaires, les morts d'ici et d'ailleurs, entre les proches, les inventeurs, les créateurs, les modèles inspirants et d'autres figures politiques et politiques que l'on porte fièrement dans nos esprits, nos bulletins scolaires, les cahiers, sur les uniformes, et d'autres supports d'identification, de présentation et de représentation symbolique, entre autres.
Le Vodou et l'école partagent les mêmes symboles et savoirs
Des milliers d’élèves reprennent le chemin de l’école. Ils entrent dans des classes bien rangées, passent par les couloirs, se rassemblent dans la cour pour la levée du drapeau, puis s’assoient face à un tableau noir ou vert, prêts à recevoir le savoir.
De l’autre côté de la société, dans les grandes villes comme dans les coins les plus reculés du pays, se trouvent d’autres espaces tout aussi vivants, tels que les péristyles Vodou, les autels, les cimetières sacrés, ou d'autres chemins initiatiques, qui accueillent les parents de ces enfants, accompagnés parfois de ces derniers, ils viennent autant recevoir également le savoir.
Dans les deux cas, on fait pratiquement référence aux mêmes symboles et aux savoirs partagés avec les esprits des vivants. Tous des morts, qui enseignent ou sont enseignées aux vivants, des connaissances et des compétences à développer selon la position ou la situation de chaque apprenant, qui doit devenir meilleur sur son parcours, en faisant le bien et le mal, ou les deux.
L'école et le Vodou: deux espaces, deux systèmes avec le même objectif de transmettre !
Depuis toujours, l’école a toujours été, et est encore reconnue officiellement comme le lieu de la connaissance. Les apprenants viennent apprendre à lire, écrire, compter, penser. On retiendra que le temple vodou, se définit comme un lieu traditionnel sacré, du mystère, de la connexion aux ancêtres et aux lwa (esprits). Pourtant, ces deux espaces remplissent une fonction centrale dans la société haïtienne, qui est celle de transmettre un savoir et former les individus sans aucune forme de discrimination sociale.
Dans la salle de classe comme dans le péristyle, tout est organisé, codifié. Il y a des rôles partagés entre le maître et l'élève, entre le houngan et l`initié. Ces deux systèmes pratiquent et partagent des rituels, comme le lever du drapeau et l'appel aux esprits, les temps de silence et de participation de chaque membre dans la parade entre le savoir et le sacré. On entre dans ces lieux avec respect, car ils sont porteurs de sens, de mémoire, et d’un savoir plus grand que soi.
Dans les activités scolaires comme dans les pratiques du Vodou, le célèbre slogan ou refrain sacré qui interpelle à travers les cinq mots Kafou a pou nou de, trouve toute sa légitimité dans la collaboration fonctionnelle et hiérarchique sur la base du respect réciproque des droits de chaque membre dans le Lakou Vodou, au même titre que les membres de la communauté scolaire et académique.
Des couloirs et chemins sacrés : symboles de passage !
Dans l’école, les couloirs sont des lieux de transition : on y passe d’une classe à l’autre, on y croise ses camarades, parfois on y est puni ou félicité. Dans le vodou, les chemins qui mènent au péristyle ou au cimetière sont eux aussi des espaces de passage. Ils marquent souvent une transformation : de l’extérieur vers l’intérieur, du monde profane vers le monde sacré. Face à ces constats et ces similitudes des plus pertinents, on est en droit de rappeler que ce parallèle nous invite à voir l’école elle-même comme un chemin initiatique, un lieu où l’on grandit, où l’on change, où l’on apprend à devenir quelqu’un.
Dans la salle de classe, le professeur occupe la même fonction que le houngan dans le temple vodou. Ils détiennent le savoir de façon symbolique et objective, et surtout, ils savent pourquoi, à quel rythme, comment, quand et à qui le transmettre. Ils sont à la fois des guides, des modèles, et parfois des figures d’autorité sévère. Leur rôle est essentiel : former des esprits, faire circuler des connaissances anciennes et nouvelles, et maintenir l’ordre dans un espace de vie commune. Ils se confirment et se confondent comme des figures d’autorité et de transmission qui jonglent entre les vertus et l'équilibre des savoirs, du silence, de la science, du sacré, de la sagesse, des secrets, et de la socialisation.
De plus, dans les deux cas, le savoir n’est pas neutre : il est chargé de valeurs, de traditions, d’une vision du monde. L’école enseigne la citoyenneté, la langue, la rationalité. Le vodou transmet la sagesse des ancêtres, la spiritualité, la mémoire collective, les valeurs et le respect de la nature et des pouvoirs du monde invisible.
De la cour de l'école aux Lakou dans le Vodou: des espaces vivants, sacrés de socialisation et sous surveillance !
Divertissante, la cour d’école est le lieu où les élèves jouent, se rencontrent, se disputent, se défoulent. C’est un espace de vie, parfois chaotique, qui oblige une certaine supervision et surveillance du censorat, mais essentiel pour la vie commune, la créativité, les performances sportives et artistiques de toutes sortes, et surtout l'inclusion sociale.
Dans le vodou, le péristyle est lui aussi un espace vivant : on y danse, on y chante, on y prie, on y communique avec l’invisible, on guérit les corps autant que les esprits malades par la science des plantes. Ces deux lieux montrent que l’apprentissage ne se fait pas seulement dans le silence et l’ordre, mais aussi dans le mouvement, la relation, l’émotion.
De plus, dans certaines traditions, l’école est vue comme un temple du savoir, et le temple vodou comme une école de la vie. Deux mondes, deux langages partageant le même désir de faire grandir l’être humain. Si seulement les écoles en Haïti s'accordaient au moins une journée, une semaine, un mois, ou un après-midi à la fin de chaque semaine pour aborder sans tabou les différents aspects, problématiques et questionnements en lien avec le Vodou.
Les écoles en Haïti ont beaucoup à apprendre du Vodou, vice versa ?
Défendre un plus grand rapprochement entre le savoir et le sacré pourrait grandement renforcer le dialogue et la collaboration entre les Haïtiens, dans ce carrefour historique et chaotique qui impose la reconnaissance et le respect de l'autre dans la recherche des solutions efficaces et durables. Plutôt que d’opposer l'école et le vodou, la raison et la spiritualité, la science et la tradition, pourquoi ne pas chercher les ponts entre ces deux univers ? Les espaces éducatifs gagneraient à intégrer la culture, la mémoire, la sagesse populaire. Et les espaces spirituels comme les péristyles pourraient aussi servir d’inspiration pour une éducation plus enracinée, plus sensible, plus complète.
De la nécessité de limiter dans les écoles haïtiennes la production accélérée des écoliers sans une intelligence culturelle et un attachement profond à leurs racines, jusqu'à devenir des zombis, autant il paraît urgent d'utiliser l'éducation pour réduire les multiples vagues de vodouisants illettrés et sans éthique, afin de protéger notre patrimoine et le prestige de cette tradition populaire. Qu’il s’agisse d’un tableau dans la salle de classe ou d’un autel, d’une craie ou d’une cloche sacrée, tous ces espaces nous disent pratiquement la même chose : le savoir est sacré, et chaque enfant mérite de trouver, à l’école comme dans sa culture, les outils pour construire, se divertir et pour réussir avec la fierté d'être une Haïtienne et un Haïtien authentiques, sans renier ses origines.
Dominique Domerçant
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