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 « Notre objectif principal est de promouvoir l’inclusion, la joie et la dignité pour chaque enfant, fait part Régine Nicolas

 « Notre objectif principal est de promouvoir l’inclusion, la joie et la dignité pour chaque enfant,  fait part Régine Nicolas

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Au local des Sœurs de la Charité de Bourdon, 152 enfants — avec ou sans handicap — ont vécu trois semaines d’activités éducatives, récréatives et thérapeutiques. Un camp d’été placé sous le signe de l’inclusion, où les différences deviennent des forces.

 « Je suis spécial(e), j’ai moi aussi droit de profiter de la vie ». C’est sous ce slogan qu’a eu lieu le camp d’été inclusif organisé par la Fondation Jean Lifaite Nicolas, mise sur pied par Régine Nicolas.

Lors d’un entretien qu’elle nous a accordé, Nicolas a tenu dès le départ à rejeter le terme « enfants handicapés ». Selon elle, il vaut mieux parler « d’enfants à besoins spécifiques », une expression qui reflète davantage le respect et la considération envers ces enfants. « Après tout, dit-elle, le besoin de vivre avec dignité et respect est le même pour tous les enfants… et pour tout être humain. » 

Le programme proposé était riche et varié, conçu pour répondre aux besoins et aux envies de chacun. Il comprenait des ateliers créatifs et artistiques – dessin, peinture, bricolage –macramé– travaux de récupération mais aussi des activités culturelles et musicales, allant du chant à la danse en passant par le théâtre. Des jeux récréatifs et sportifs, soigneusement adaptés aux capacités de chaque enfant, venaient compléter ces moments de découverte et de plaisir.

En parallèle, des ateliers éducatifs – lecture, contes, sensibilisation à l’inclusion – favorisaient l’apprentissage, l’ouverture d’esprit et la curiosité. Des moments de partage et de témoignages étaient également organisés afin de renforcer la confiance en soi et les liens d’amitié entre les enfants.

Un accompagnement psychologique était aussi prévu, sous forme d’écoute attentive, de soutien émotionnel et d’ateliers sur le développement de la confiance en soi, offrant un appui essentiel à leur bien-être. Enfin, des activités spécifiques, comme un atelier d’initiation à la langue des signes pour encourager la communication inclusive ou des massages thérapeutiques personnalisés pour favoriser la détente, venaient enrichir cette palette d’expériences. « Notre objectif principal, explique la présidente de la Fondation, était de promouvoir l’inclusion, la joie et la dignité de chaque enfant, tout en leur offrant une expérience inoubliable. » Elle souligne avec enthousiasme à quel point les enfants apprennent vite et manifestent une véritable soif d’épanouissement.

40 professionnels mobilisés

Tout était entièrement gratuit : deux repas par jour, du matériel ludique, des jouets, des livres et tout le nécessaire pour les activités manuelles.

Nicolas s’appuie sur une équipe entièrement dédiée à ses actions. Pour le camp, près de quarante professionnels — moniteurs, formateurs, personnel médical et thérapeutes — ont été mobilisés, sous la supervision du Dr Patrick Jacques, directeur médical de la Fondation. L’équipe logistique et administrative, quant à elle, veillait au bon déroulement des activités et à la sécurité des enfants.

Cette année, l’intégration d’une psychologue au programme constituait une priorité. « Léonne, notre psychologue, a fait un travail remarquable », confie Régine Nicolas.

Selon les observations de la psychologue, une réalité inquiétante a émergé durant les séances : de nombreux enfants portent en eux les traumatismes profonds liés à la crise que traverse notre pays. Lorsque des thèmes positifs, comme l’amour, le pardon ou la résilience, sont abordés, leurs réponses sont souvent empreintes de pensées violentes ou vengeresses.

Cette situation montre à quel point nos enfants sont les premières victimes de l’insécurité, et combien il est urgent de leur offrir des espaces sécurisés où ils peuvent exprimer leurs émotions, être entendus, et réapprendre l’espérance, la paix et la confiance en l’avenir.

Malgré tout, l’enthousiasme des enfants a été immédiat. Certains parents continuent d’appeler pour demander la prolongation des activités, l’école ne reprenant qu’en octobre. « Chaque matin, les enfants se mettaient en rang pour leur massage avant de rejoindre les ateliers », raconte un des organisateurs.

Les activités ont révélé des talents insoupçonnés, notamment lors des ateliers de lecture scénique : en seulement trois semaines, les enfants ont livré des performances impressionnantes.

Chaque journée a été une source d’apprentissage et de croissance. Les enfants ont transmis des leçons de résilience, de spontanéité et de joie de vivre, touchant profondément toute l’équipe de la Fondation. Cette expérience a été mutuellement enrichissante, chacun repartant avec un sentiment de fierté et une plus grande sensibilité à l’importance de l’inclusion, surtout pour les plus vulnérables.

Pour faire connaître le camp, l’équipe a d’abord recontacté les participants de l’année précédente — dont seuls quelques-uns étaient disponibles — puis a diffusé l’information par le biais des églises et des réseaux communautaires. Très vite, la nouvelle s’est répandue. « Malheureusement, certains parents intéressés n’ont pas pu inscrire leurs enfants, ayant été déplacés en raison de l’insécurité », regrette-t-elle.

En attente de financement

Cette deuxième édition du camp n’aurait toutefois pas vu le jour sans le soutien précieux de plusieurs organisations, commerces, maisons d’édition, médias, partenaires et amis (1), qui ont cru en ce projet et ont contribué à le concrétiser.

Depuis l’année dernière, la Fondation a pu compter sur des partenaires fidèles, mais certains ont dû réduire leur soutien en raison de l’insécurité. L’appui de l’État haïtien était également espéré ; cependant, malgré de nombreuses démarches, aucune réponse n’a été donnée.

La Fondation avait déjà adressé une lettre à l’ancien Premier ministre pour solliciter une collaboration officielle. Silence radio. Cette année encore, elle a interpellé le nouveau chef du gouvernement. Même absence de réponse. Elle s’est ensuite tournée vers les ministres des Affaires sociales, de l’Éducation, de la Condition féminine et auprès du secrétaire d’État aux personnes handicapées, sans succès. Pire encore, l’un des ministres, pourtant un proche, lui aurait lancé : « Tu te mêles toujours de choses qui te dépassent. Et puis, qu’as-tu à faire avec des ‘kokobe’ ? » — comme pour lui signifier qu’elle ferait mieux de se désintéresser de cette cause, comme si ces jeunes en situation de handicap n’avaient aucune valeur, ni comme êtres humains, ni comme citoyens.

« Ce qui me touche le plus, confie avec tristesse Régine Nicolas, c’est que, lorsque nous échangeons avec nos partenaires internationaux, leur première question reste : “Avez-vous contacté le gouvernement ?”. Cela montre, selon elle, à quel point un soutien officiel est essentiel pour assurer la continuité de ces actions et offrir à chaque enfant un environnement sûr et enrichissant.

Depuis la première édition, nous explique Nicolas, les organisateurs avaient mis en place ce qu’ils appellent un post-camp, un accompagnement spécial destiné aux enfants les plus vulnérables. Cette année encore, ce suivi sera assuré, nous garantit-elle. « Il ne s’agira pas uniquement de consultations médicales, mais également d’un accompagnement éducatif, car nous avons constaté que 65 % de ces enfants rencontrent de grandes difficultés à être scolarisés convenablement. »

Face à cette réalité, elle lance dès aujourd’hui un appel à la solidarité et aux dons afin d’aider à les scolariser et leur offrir un avenir meilleur.

Le camp a accueilli 152 enfants, mais les organisateurs précisent qu’ils auraient pu aisément en inscrire 200 et prolonger les activités sur un mois entier. Faute de partenaires et de dons supplémentaires, cela n’a pas été possible.

Le souhait de la présidente reste de trouver un espace dédié aux enfants : un lieu où ils pourront jouer, apprendre et s’épanouir pleinement.

Le camp, organisé sur trois semaines cette année, pourrait s’étendre à un mois lors de la prochaine édition, compte tenu des retours enthousiastes des parents et des résultats observés. Mais le projet ne s’arrête pas là : non seulement la troisième édition est déjà en préparation mais d’autres initiatives sont en cours pour consolider cet engagement. « Ce camp n’est pas une fin, mais le début d’un engagement renforcé pour l’inclusion, souligne Régine Nicolas. C’est le point de départ d’une communauté solidaire qui célèbre chaque singularité. Chaque sourire, chaque progrès, chaque éclat de joie compte. Ensemble, nous pouvons offrir à ces enfants un avenir plus juste, plus inclusif et porteur d’espoir ».

 

Huguette Hérard

 Notes :

(1) Liste des donateurs : Les Sœurs de la Charité de Saint Louis ; C3 Éditions ; Imprimerie Éclair ; Maison d’édition Toussaint ; ; Chez Yvanne Restaurant ; Vision Chic ; Brasserie La Couronne ; Maison Charles Féquière ; Maison Reinbold Import-Export ; HAT Entreprises S.A. ; Le Sociétaire ; HP Propharma S.A. ; Chamo Trading ; Tropic S.A. ; Fondation Sogebank ; Re. El Technology ; KASHPAW ; Food For The Poor ; Fondation March ; Onufemmes ; Chambre de Commerce et d’Industrie haïtiano-canadienne (CCIHC) ; Ambassade de la République de Taïwan ; Hérold Jean-François , Rigaud Duvernat ; Alain Paret ; Marco ; Kettly Adam Surin ; Rinaldo

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Janvier Mario

Bravo à la fondation Jean Lifaite Nicolas

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