Écrire à la rédaction
Radio Pacific 101.5 fm
Société

Intelligence artificielle : le nouveau maître dans l'éducation ?

Intelligence artificielle : le nouveau maître dans l'éducation ?

Écouter l'article

Dans peu de temps, un grand nombre des professeurs  d'écoles en particulier, seront au chômage. Le métier de formateur ou d'enseignant sera largement influencé par la présence de ces nouveaux acteurs, l'intelligence artificielle et les robots,  qui  ne feront certainement pas de cadeau au personnel humain dans les tâches traditionnelles. Après plusieurs années de recherche et  d'annonce, les importantes avancées technologiques commencent par imposer de façon accélérée de nouvelles innovations dans tous les secteurs socio-économiques, et en particulier dans le domaine de l'éducation à travers le monde, et pourquoi en Haïti ?

De Violaine Morin, un article publié dans le journal Le Monde, autour du thème : “L’intelligence artificielle à l’école, une révolution déjà en marche”,  cette dernière rapporte : “Alors que le recours par les élèves à ChatGPT et ses équivalents est déjà massif, l’éducation nationale commence à développer ses propres outils et à former son personnel à cette révolution dans les méthodes d’apprentissage.”.

Des informations rapportées de la France, le pays sur qui le modèle du système éducatif haïtien est en particulier greffé nous laissent croire que : “Même la ministre de l’éducation nationale, Elisabeth Borne, en convient : « Nos lycéens et nos étudiants n’attendent pas », a-t-elle concédé, le 7 février, en ouverture d’une journée d’étude sur l’IA organisée à Sèvres (Hauts-de-Seine) par l’éducation nationale et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). La ministre a rappelé que seuls 20 % des enseignants utilisent l’IA, alors que son usage est démocratisé chez les élèves, grâce au robot conversationnel d’OpenAI ChatGPT.”.

Dans l'impossibilité de remplacer l'aspect humain de l'éducation, notamment le côté émotionnel, les interactions et l'écoute,  l'empathie et la créativité, qui sont des dimensions essentielles dans le processus d'apprentissage, cela n'empêche pas aux nombreux promoteurs de l'IA actuellement d'investir massivement dans la programmation et l'adaptation de plusieurs modèles de robots destinés à assumer un grand nombre des tâches et fonctions qui étaient jusqu'ici réservés aux personnel humain.  

Dans les sept enjeux en éducation à surveiller en 2025, on peut lire ce qui suit: “L’IA générative offre des possibilités inédites pour soutenir l’apprentissage des élèves et les enseignants dans leurs tâches quotidiennes. Elle peut, par exemple, générer des contenus éducatifs adaptés, fournir des explications détaillées sur des sujets complexes et même aider à la création d’exercices sur mesure. Son usage soulève cependant des interrogations quant au contexte dans lequel les élèves l’utilisent et met en lumière l’importance de développer leur jugement critique. De plus, les enseignants doivent être formés à intégrer efficacement ces outils pour leur permettre de bonifier leur pratique sans remplacer de bonnes méthodes d’enseignement.”.

De la gestion des salles de classe pour dispenser des cours, la présence dans les salles d'évaluation pour superviser les participants contre la fraude, les séances de corrections des travaux et des examens réguliers et officiels, sont parmi les nouvelles fonctions que l'intelligence artificielle se prepare à remplir dans les systèmes éducatif, en dehors des autres tâches relatives à la  planification et la documentation des cours, l'adaptation des méthodes d'apprentissages à chaque type de public et l'accompagnement personnel des élèves en fonction des difficultés spécifiques. 

Des annonces qui informent et alertent, le site Edtechactu.com a publié le 28 février 2025, un article signé par Nejiba Belkadi,  qui porte le titre suivant: "Aux Etats-Unis, l'intelligence artificielle remplace déjà les professeurs !”.

De quoi faire peur certainement, avec l’arrivée de ces nouveaux maîtres de l’information, des savoirs et de la connaissance. Le texte poursuit: “L’intelligence artificielle s’invite de façon surprenante dans l’État de l’Arizona, où une école devrait être lancée à l’automne. Il s’agit de l’Unbound Academy, dont l’ouverture a été approuvée par le Conseil d’État de l’Arizona en 2024. Avec 250 élèves attendus, du CM1 à la quatrième, l’école donnera la priorité à l’IA dans l’enseignement de la grammaire, des mathématiques, de la lecture… L’ouverture de cette école s’inscrit dans une évolution continue de l’utilisation de l’IA dans les salles de classe américaines.”.

Dans un premier temps, l’auteur souligne : “Bien avant l’apparition des chatbots, les États-Unis nourrissaient déjà, dans les années 1930, le fantasme d’un enseignement automatisé. Un rêve issu du monde des sciences sociales, en particulier du behaviorisme. « Un psychologue américain appartenant à ce mouvement, B.F. Skinner a inventé des teaching machines qui, en fonction des réponses des élèves, leur faisaient un feedback en vue d’automatiser l’apprentissage. L’idée n’était pas de remplacer les professeurs, mais de rendre accessible l’éducation de manière plus démocratique », rappelle Antoine Amiel, CEO de Learn Assembly.”.

Dynamique stratégique : “Une évolution logique dans le contexte américain”, souligne l’article, tout en poursuivant que : “L’autre élément à prendre en considération pour expliquer ce phénomène est qu’Outre Atlantique, la recherche d’efficacité, de performance, d’optimisation touche tous les domaines. L’éducation n’y échappe pas. « C’est devenu un dogme. Alors que la réussite scolaire est une conjonction de facteurs psychologiques et socio-économiques, on a parfois tendance à aller au plus simple en estimant que la technologie va résoudre tous les problèmes. Cela est notamment dû aux discours commerciaux d’éditeurs de logiciels », pointe-t-il. En effet, le marché de l’éducation et de la formation américain est totalement libéralisé. Les acteurs étant en concurrence, des écoles ou des entreprises pourraient être tentées de se passer de professeurs ou de formateurs. « Mais la question qui se pose est de savoir si les parents d’élèves voudront suivre ce mouvement et si l’efficacité pédagogique de ce modèle sera au rendez-vous. Selon moi, ce phénomène restera marginal », nuance Antoine Amiel.”.

Durant le seul mois de février 2025, en lien certainement avec le Sommet international sur l’intelligence artificielle qui s’est tenu à Paris, on est plus que servi dans le journal Le Monde, autour des relations ou des impacts entre l’IA et l’éducation. Parmi les principaux angles proposés dans les articles retenus sur le sujet, on peut lire:  « L’impact de l’IA sur la main-d’œuvre est positif, même pour des professions souvent classées comme vulnérables à l’automatisation » (7 février) ; L’intelligence artificielle à l’école, une révolution déjà en marche (8 février);  Intelligence artificielle : comment ChatGPT métamorphose la triche scolaire (8 février) ; Comment l’IA nous trompe « avec un aplomb digne d’un écolier qui ne connaît pas sa leçon et qui bluffe » (9 février) ;  « L’intelligence artificielle révolutionnera-t-elle la façon dont les enfants apprennent et se connectent, la question est de savoir comment »  (12 février), entre autres.

Deux ans plus tôt, sur le site en Orientaction, l’article signé Emilie Beauchamps St-Onge questionnait ainsi : “L’intelligence artificielle a-t-elle sa place en éducation ?”. Cette étudiante à l’époque au doctorat en technologie éducative à l’Université Laval, abordait le sujet en ces termes : “L’intelligence artificielle (IA) a la capacité de relever certains des plus grands défis qui se posent dans de nombreux domaines, dont celui de l’éducation. De nos jours, l’IA permet le développement des pratiques d’enseignement et d’apprentissage innovantes, et ce, en accélérant les progrès en éducation. Néanmoins, tout comme l’ensemble des avancées technologiques qui évoluent dans un environnement particulièrement dynamique, parmi lesquelles nous retrouvons cette technologie, nous constatons que cela implique inévitablement de nombreux risques et défis, ainsi que de nombreux débats sur les politiques et les cadres réglementaires.”.

De ce fait, cette chercheure et membre de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés depuis 2015, a pris le soin de rappeler que : “Nous constatons que les politiques gouvernementales et les diverses réglementations n’arrivent pas à suivre la rapidité de l’environnement des changements technologiques. L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), a comme objectif de chercher à instaurer la paix en favorisant la coopération internationale en matière d’éducation, de science et de culture. L’exploitation du potentiel des technologies de l’intelligence artificielle est une priorité afin d’atteindre les objectifs tout en soutenant les entités gouvernementales.”.

Des initiatives à retenir sur le plan local, parmi lesquelles on peut citer le Centre d’Etudes Interdisciplinaires sur les Médias Haïtiens (CEIMH) qui a organisé sa 11e édition des Rendez-vous du CEIMH, le 19 octobre 2024, sur l’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur les pratiques journalistiques en Haïti et en Afrique francophone. Kesner Pharel à travers son magazine Investir, avait également abordé le sujet au lendemain du Sommet de Paris, en dehors des nombreux articles (entre recherche, reportage, réflexions et propositions) publiés régulièrement dans les colonnes du journal Le National.  

Dans cette même lancée, quelques acteurs de la société haïtienne, en dépit des crises et urgences humanitaires en cours, commencent à aborder le sujet dans certaines rencontres, en particulier dans les secteurs de la culture, de l’éducation et de la sécurité. Pourquoi et comment profiter des avantages de l’intelligence artificielle pour résoudre certains problèmes urgents dans l’espace haïtien ? Comment l’émergence de l’IA pourrait-elle aggraver la situation politique, économique et sécuritaire dans le pays ?  Comment investir dans une meilleure utilisation de l’IA dans les différents domaines stratégiques du pays ?

Désormais un nouveau maître, à la fois invisible et visible, prend place de plus en plus dans le monde de l’éducation. Il s’installe progressivement dans les salles de classe à tous les niveaux dans le système éducatif de plusieurs pays, notamment en Haïti.   

 

Dominique Domerçant 

0 commentaire

Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.

Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.

Se connecter Créer un compte

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.

À lire également

Toute la rubrique Société

Alertes du National

Recevez une notification sur votre téléphone ou votre ordinateur dès qu'un article paraît dans les rubriques de votre choix. Gratuit, sans inscription.

Rubriques à suivre