Écrire à la rédaction
Radio Pacific 101.5 fm
Société

Violence des villes en Haïti : où sont passés les maires ?

Violence des villes en Haïti : où sont passés les maires ?

Écouter l'article

Dans la nuit du 18 au 19 novembre 2024, trois des plus importantes villes du département de l'Ouest, incluant la capitale haïtienne délabrée, se sont réveillées sous les alertes des groupes de terroristes qui tentaient une nouvelle incursion de plus ou de trop. La guerre de Troie n'a pas eu lieu malheureusement, pour ces artisans du chaos qui visaient à élargir leurs territoires physiques, chimériques, géostratégiques et imaginaires par la violence des armes, la destruction des vies et des villes.

Dans cette vile tentative, suivie par les revers irréversibles et impitoyables d’une population foncièrement traumatisée, terrorisée et torturée dans sa chaire et son âme jour et nuit, depuis plusieurs années, les nouvelles rapportées font état de près d’une cinquantaine de ces pauvres, braves et naïfs assaillants ont dû laisser leurs corps sans vie dans le décor meurtri et macabre de ces rues et paisibles quartiers impénétrables de la capitale.

Dans cette nouvelle déroute qui était plus que prévisible pour ces incrédules criminels rebelles, certaines résidences de ces quartiers, à défaut d'être prises d'assaut allaient servir de refuge, face au déluge des habitants réveillés et révoltés, comme seul juge, qui allaient imposer la purge en mode « Bwa kale ». Durant cette journée de tension qui aurait pu servir de déclic pour plonger le pays dans une catastrophe populaire inimaginable, par un possible affrontement entre les villes ou les quartiers d'une même ville, à travers les trois forces (terroristes vs policières/militaires/populaires), les plus hautes autorités qui assurent la gouvernance de nos administrations communales ont raté une fois de plus l'occasion de faire entendre leurs voix.

Des villes sans phares, des villes sans alarme, des villes sans plan de communication, des villes sans protocole d'urgence, des villes sans repère pour orienter les habitants, des villes sans porte-parole, des villes en perpétuel état d'urgence et sans résistance institutionnelle formelle, en dehors des Habitants et des forces de l'ordre. Ces événements nous offrent de nouvelles occasions de plus pour inviter les représentants de nos collectivités à se confirmer, en tant que premiers citoyens et citoyennes de la ville, de chaque ville, qui veillent et protègent les quartiers de la République d'Haïti, et en particulier des principales villes victimes des violences de Port-au-Prince.

Derrière les autorités policières et militaires qui agissent en collaboration avec la population pour tenter de protéger ces villes et assurer la résistance face aux attaques terroristes, on n'entend pas assez la voix des maires. On ne sent pas trop le signal des maires dans la gouvernance de leur juridiction respective en ces temps de crises. Impuissante ou pas, la population compte sur vous. Parce que vous avez été choisi pour servir le plus grand nombre !

Défendre en premier lieu les vies et protéger en parallèle les biens dans la commune, ne se limitent pas aux seules fonctions et missions de la Police nationale. Les mairies ont aussi leur part de responsabilité dans cette gestion, surtout en temps de crises et des catastrophes. Un simple message de solidarité adressé à la population. Un simple appel dans les médias (traditionnels et sociaux) à la vigilance pour une gestion responsable de la crise servirait à camper le leadership de la mairie. Une petite note concertée entre les mairies concernées, invitant la population à rester en éveil, debout et préventive pour mieux résister face à ce duel programmé et imprévisible allait confirmer plus que jamais ce modèle de leadership collectif, actif et proactif au sein des collectivités.

Des problèmes de ressources et de moyens, quelles sont les institutions en particulier publiques, étatiques et stratégiques, qui n'en ont pas actuellement ? Toutefois, la responsabilité associée au prestigieux titre de premier citoyen de la ville, de chaque ville, impose au moins un geste d'empathie, de sympathie ou une réaction minimale pouvant servir à justifier la présence d'une autorité fonctionnelle dans le territoire en question. Sans prendre des positions extrêmes pour se faire cibler inutilement par les forces en place, ou pour chercher à promettre inutilement et à manipuler maladroitement la population placée sous sa gouverne, les membres de nos administrations communales (provisoires ou élus) ne doivent pas se contenter de porter uniquement le titre, et de jouir des honneurs et d'autres avantages du poste, même si les villes sont de plus en plus capitalisées démographiquement, économiquement, politiquement et culturellement, entre autres.

De Port-au-Prince à Petion-Ville, en passant par Delmas, et les nombreux quartiers ciblés, mais debout, comme Christ-Roi, Bourdon, Turgeau, Nazon, Canapé Vert, Frère, entre autres, la population et les forces de l'ordre se sont réveillées et mobilisées en un seul corps.

Dommage pour le quartier de Solino parmi d'autres, moins élitistes donc moins chanceux, environ une semaine plus tôt, nombreux sont des paisibles habitants qui ont laissé leur peau, les plus chanceux pouvaient observer leurs maisons et leurs biens consumés par les flammes qui se dispersaient vers le haut.

De la nécessité pour les mairies en Haïti de disposer d'une véritable politique de communication et d'un plan de communication pour accompagner la population en général, et les habitants et les familles lors des situations de crises et des catastrophes naturelles et humaines. Les faibles actions de la direction générale de la protection civile, encore moins le manque de moyens dont dispose la direction de communication du ministère de l'Intérieur et des Collectivités territoriales ne pourront pas véritablement servir dans une approche décentralisée, et déclinée autour de la proximité des collectivités territoriales avec les différentes populations respectives.

Des hommes et des femmes en costume de premier citoyen ou citoyenne de chaque ville, doivent assumer cette dynamique de communication publique, ils et elles doivent également porter cette dimension de communication politique et communication de crise, dans leur agenda respectif, face aux urgences, aux défis imprévisibles et aux dangers constants qui guettent en permanence le quotidien de la population haïtienne.

Des quartiers ou des villes qui ne pourront pas communiquer en ces temps de crises sécuritaires et de catastrophes humaines, seront pratiquement parmi les premiers qui sont appelés à disparaître dans cette guerre invisible, cette guérilla urbaine en cours en Haïti. Informer, sensibiliser, réveiller, prévenir, anticiper, alerter, rassembler, regrouper, renforcer, orienter, mobiliser, déplacer, responsabiliser, abriter, protéger, partager, préserver, prioriser, économiser, se cacher, se préserver sont autant de verbes qu'il faudrait enseigner aux premiers citoyens et citoyennes de nos villes pris entre les attaques des terroristes et le manque d'organisation et de ressources pour se protéger de façon efficace.

Dommage ! Sans même pouvoir se rattraper dans le costume des sapeurs pompiers, après chaque crise, chaque conflit, confrontation ou catastrophe humaine dans la ville, le silence ou l'indifférence de la majorité des mairies de la capitale haïtienne inquiètent pour certains et indigne pour d'autres. Réveillez-vous mesdames et messieurs les membres de l'administration communale de nos villes! Avec ou sans les moyens, il est possible de faire la différence. Il est même obligatoire de ne pas se taire, en tant que premier citoyen ou citoyenne de la ville, de la commune, quand son territoire et sa juridiction sont attaqués par des terroristes.

Des enfants, des adolescents, des familles autant que des professionnels, et surtout des entrepreneurs et d'autres responsables des institutions de la ville, de simples citoyens comme des notables ont grandement envie de vous entendre parler aux citoyens. Ils ont envie de vous voir dans les rues aussi mobilisés dans ces périodes de crise, aux côtés des membres de la population, comme un père ou une mère responsable, un vrai capitaine du navire qui cherche à redresser la barque face à l'assaut des vagues violentes.

De la nécessité pour vous, mesdames et messieurs les maires de nos villes victimes des actes de terroristes répétés, contribuer à la valorisation de votre fonction politique, sociale, administrative et culturelle au sein des collectivités, qui ne doit pas s'effacer et vous écarter de la réalité. À travers la construction des narratifs relatifs aux violences en cours dans les villes du pays dans les médias et certainement dans l'écriture des prochaines pages de l'histoire des villes et de l'histoire du pays, vous risquez d'être absent ou même inexistant, par ce silence qui parait souvent complice.

Dans une citation de Sir Brian Appleton, ce dernier nous interpelle avec cette phrase : « La sécurité n'est pas un exercice intellectuel simplement destiné à nous donner du travail. C'est une question de vie ou de mort !". Et James S. O'Rourke nous rappellera à son tour : « La communication de crise est l'art de restaurer la confiance en rétablissant la transparence et l'intégrité.".

Dites la vérité à la population pour laquelle vous êtes élu ou nommé. Montrez-vous soucieux et solidaires envers son sort, en dehors de votre incapacité à fournir les services de base, pour lesquels, le plus souvent, les habitants n’ont pas cotisé. Communiquez en temps réel, responsabilisez-vous au moins de façon politique à travers le discours et le protocole, affirmez-vous de manière symbolique et empathique, et la population se souviendra de vous, madame ou monsieur le maire.

 

Dominique Domerçant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

0 commentaire

Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.

Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.

Se connecter Créer un compte

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.

À lire également

Toute la rubrique Société

Alertes du National

Recevez une notification sur votre téléphone ou votre ordinateur dès qu'un article paraît dans les rubriques de votre choix. Gratuit, sans inscription.

Rubriques à suivre