Éducation politique: quelle est l’économie de « Aba » ?
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Démocratisé durant les dernières décennies Haïti comme l’un des termes les plus visibles et les plus populaires, inscrits dans l’imaginaire populaire et surtout sur les murs de nombreuses institutions et des résidences des différentes villes et des quartiers pauvres et riches. Qui n’a pas vu ou lu le mot «Aba», certainement beaucoup plus que les «Viv» dans les espaces publics et politiques en Haïti ? Quelles sont les principales revendications que le terme «Aba» charrie derrière lui, jour et nuit ? Pourquoi aborder un tel concept dans une approche d’éducation politique ? Quelle est l’économie ?
Derrière les dimensions sémantiques à prendre en compte autour du sens et de combinaisons relatives à cette unité linguistique en tant qu’élément de la communication de masse en Haïti, je vous invite à explorer les contours du terme «Aba» dans la philosophie, la politique, la psychologie, l’anthropologie, la sociologie, la culture, l’économie et la finance, d’un point de vue esthétique et artistique, culturel et scientifique et pourquoi pas diplomatique. En sachant que ce terme a pendant longtemps participé dans les négociations politiques entre les opposants et le pouvoir, les masses et mêmes les instances privées ou internationales ?
De la sémantique à la philosophie, la politique et l’anthropologie, en passant par la psychologie, la sociologie et les industries culturelles et créatives, il existe différentes manières, parmi d'autres, pour explorer ou exposer les dimensions et mesurer les impacts de ce concept. A travers son rôle significatif et souvent sous-estimé dans la communication de masse, la communication politique et la communication de crise, tout dirigeant politique devrait prendre le temps d’apprécier cet acteur dans ses moindres réactions imprévisibles qui informe de façon formelle et informelle. « Dans le monde l’hyper-communication, la communication entre les hommes est réduite à presque rien. », dit François Bayrou. Comme pour « Aba », on doit toujours se tourner vers les principes de base. Où ? Quand ?? Pourquoi ? En laissant qui, le quoi ou le comment pour les enquêtes internes ou externes de la Police.
Dans la pensée de Cicéron, qui nous explique : « La philosophie n’est rien d’autre que l’amour de la sagesse », on ose se demander quelles sont les dimensions de la sagesse ou de l’amour que le concept «Aba » peut exprimer en Haïti sur les murs des revendications populaires les plus légitimes comme les plus maquillées ? A travers le détachement des réalités, souvent constant dans les discours, le confort et le luxe de certains politiques ou des élites, ce concept populaire vient annoncer la fin de certaines saisons de paix ou entrer dans l’ère de la peur ? En s’accrochant aux pensées d’Oscar Wilde, selon lesquelles « La philosophie nous apprend à supporter sereinement le malheur des autres », on se questionne sur le poids de ce terme dans le malheur collectif des Haïtiens ?
Dynamique politique active, à la fois formelle, informelle ou institutionnelle, aucun des dirigeants durant les quarante dernières années (1984-2024) ne restera insensible en observant sur les clôtures des institutions qu’il dirige, ce terme composé de trois symboles. Même pour l’inverse qui est «Viv», encore de trois symboles également le laissera pas en paix, en attendant de recevoir la facture de ses bénéficiaires entre les manipulateurs et les flatteurs, ou les deux.
Dans les études qui seront consacrées à l’homme haïtien entre le régime des Duvalier et l’ère démocratique, il faudrait explorer les contours et les détours imposés par le concept « Aba », entre les groupes politiques, les catégories sociales, les jeux d’intérêts divers qui participent dans la formulation des discours et la fabrication de la personnalité des artisans se partageant le terme « Aba ». Comment l’analyse théorique comparée du concept « Aba », sur le plan anthropologique, permettrait-il de découvrir les fondements du système politique haïtien souvent autodestructeur ? Que symbolise le mot « Aba » dans les différentes langues utilisées en Afrique et dans la Caraïbe ? Combien de jeunes ou moins jeunes sont torturés, assassinés ou disparus pour avoir prononcé ou écrit ces mots sur les murs ?
D’un point de vue sociologique, ce terme n’a épargné aucune des institutions sociales en Haïti durant cette période retenue, et ceci bien avant. La politique, l’éducation, la religion, l’économie, les sports, la santé, la justice, les loisirs, entre autres. «Tout moun jwen». De nombreuses familles, autant des classes moyennes ou des classes aisées vont jusqu’à éviter, ou à conseiller à tout prix certains de leurs membres les plus sensibles à la cause de la majorité, à se détourner des voies de la politique en Haïti, pour ne pas à voir leurs noms associés à ce concept annonciateur, cette publicité gratuite mais combien dévalorisante et menaçante que symbolise «Aba».
Découlant d’une forme de guerre psychologique, le terme «Aba» participe dans un système de communication politique destinée à atteindre le moral de la personne, ou des autorités et des institutions dont les noms sont associés. Ainsi s'annoncent les premières étapes des attaques verbales. A défaut des négociations ou des satisfactions, ces menaces peuvent tomber dans les attaques physiques les plus irréversibles, comme le « Dechoukaj ». Combien de familles effrayées, apeurées, affolées pour leurs proches choisissent de fuir le pays ? Combien de parents au fil des ans, témoins et indignés de voir les noms des autres proches sur les murs aux couleurs « Aba », imposent catégoriquement à leurs enfants de ne pas rentrer dans la politique tout simplement ? Surprise, peur, colère, tristesse, dégoût sont autant d’impacts psychologiques retenus !
Dans les industries artistiques, culturelles et créatives haïtiennes, de nombreux talents autant dans la poésie, dans la musique, et les arts visuels en particulier, comme dans la photographie, se sont largement inspirés ou imposés un regard critique ou objectif autour du terme « Aba ». A la fois comme sujet de création ou comme espace d’exploration ou d’exposition. « Aba X yo », nous interprète la formation musicale Gabel, avec la participation de Rutshelle Guillaume. «Aba Blabla », est un projet artistique qui rassemble plusieurs talents comme J. Perry, Admiral T, BIC, Gardy Girault, entre autres. Une exposition des photographies des murs de la capitale haïtienne et d’autres villes du pays, avant 1986, et après le séisme du 12 janvier 2010 pourrait présenter toute l’esthétique des couleurs et des calligraphies associées à ce mot, si chaud ! Comment rapporte-t-on l'exploitation d’un tel sujet artistique ou thématique dans l’industrie culturelle ?
Du point de vue religieux, même le personnage de Satan n’est pas épargné dans la conjugaison de ce terme à tous les temps et dans toutes les institutions sociales. Qui ne se souvient pas dans les cultes et prières d’adoration les célèbres phrases : « Viv Jésus, Aba Satan ». Même les traditions ancestrales comme le Vodou, et les noms de plusieurs esprits (Lwa) ne sont pas épargnées également. Ce qui confirme le prolongement ou l’expansion du terme « Aba » de la politique à toutes les autres institutions sociales du pays. Dieu seul voit la nuit ou avant l’aube, les personnes qui viennent décorer les murs des institutions publiques et des espaces politiques avec le terme « Aba » !
Découvrir l’ensemble des dimensions associées à ce concept, tout en utilisant les instruments scientifiques en toute objectivité, et avec rigueur, la présente publication autour du thème : « Éducation politique: quelle est l’économie de « Aba » ? », nous porte à ajouter de nouvelles pierres dans l’édifice intellectuel et scientifique de la chose publique. Suivant le principe d’Henri Michaux, qui nous dit « Toute science crée une nouvelle ignorance », mes lecteurs et lectrices sont ainsi invité à mesurer leur niveau d’ignorance sur l’univers des connaissances, des savoirs, des secrets, des vérités et mensonges qui se cachent derrière ce simple mot de composé de trois symboles, que des bébés, qui commencent à peine à s’exprimer dans la langue maternelle peuvent : «Aba ». A suivre, si c’est le nom « Papa » ou « Manman » qui viendra après ?
Diplomatie des rues. Avec le terme «Aba X ou Y », parfois dans les deux cas et de façon rotative, le terme «Aba », se confirme autant comme un instrument diplomatique, à force qu’elle confirme une certaine représentation de la classe sociale, le plus souvent des plus vulnérables. Il participe dans la défendre d’un ensemble de revendications, et participent activement dans le processus de revendication des opposants autant que des masses, avec les pouvoirs en place, les membres du privé et le patronat, au temps des grèves et des syndicats, et même avec l’international avant l’arrivée des émissaires ou des contingents militaires étrangères. Finalement, on peut conclure que «Aba » se confirme comme un élément actif et très déterminant dans le développement de la vie politique haïtienne.
Des univers de connaissances à prendre en compte ; Des sommes de compétences à maîtriser pour ne pas se faire attraper en posant l’écrire « Aba » sur les murs pendant la nuit en dehors des manifestations ou mouvements violents de protestations organisées pendant la journée ; Divers comportements traduisant à la fois toutes les formes d’émotions, jusqu’à faire prendre conscience certains acteurs du système politique, ou du corps social, John Dewey nous apprend : « Seule l’éducation qui est une fin en elle-même est véritablement libérale ou gratuite. ». Face à un tel constat largement éprouvé dans l’évolution de la vie politique et la dynamique des mouvements populaires en Haïti, il paraît légitime de contribuer autant à la sensibilisation des masses que des élites du pays sur l’éducation politique.
Dominique Domerçant
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