Éduquer au vivre ensemble: quels sont les enjeux pour Haïti ?
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De plus en plus de spécialistes des sciences sociales, et des institutions d’accompagnement des jeunes et des professionnels se tournent vers les valeurs et les pratiques relatives au vivre ensemble en Haïti. Quels sont les enjeux et les dérives qui accompagnent ce concept dans l’évolution politique et sociale en cours ?
Dans le cadre du cours de sociologie de l’éducation dispensé au cours de la dernière semaine du mois de mai 2024, au profit des étudiants fréquentant l’une des plus importantes universités de la capitale haïtienne, le concept du vivre ensemble a été abordé dans ses multiples enjeux, dimensions, et opportunités. A cette occasion, l’ouvrage de Chantal de Mey-Guillard, titré « Éduquer au vivre ensemble, animer un atelier citoyenneté », figure parmi les principaux documents de référence utilisés. Quels sont les enjeux et les opportunités pour enseigner les compétences, la culture et les valeurs de vivre ensemble en Haïti ?
Depuis quelques années, notamment durant cette alternance de crises politiques et sociales qui domine l’actualité en Haïti, de 1986 à nos jours, pratiquement plus de trente-huit ans après, le concept du vivre ensemble trouve toujours une place importante dans les discours officiels, les réunions sectorielles et les mouvements populaires. L’ancien chanteur vedette d’origine haïtienne Wyclef Jean, à travers l’une de ses célèbres chansons a renforcé l’echo du concept de vivre ensemble dans l’un de ses cris de coeurs au lendemain de la célébration avortée du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti, au cours de la de fin de la première moitié de la première décennie des années 2000.
Du feu professeur Anil Louis juste, on retrouve dans les colonnes d’Alterpresse, l’une de ses contributions autour du thème en question. « Pourquoi de nouvelles relations sociales ? Le vivre ensemble comme pratique de citoyenneté pleine. », en pleine crise politique et sociale en Haïti, cet article publié le 11 février 2004, introduit le sujet en ces termes: « Depuis quelque temps, un secteur socio - politique, revendiquant l’action citoyenne en Haïti, exprime sa “volonté de vivre ensemble”. Le groupe des 184 a publié un document où il a tenté de répondre à la question “Pourquoi un nouveau Contrat social ?” Le document de réflexion soumis à la nation haïtienne comprend un préambule, la définition du nouveau contrat social, la méthodologie d’élaboration du nouveau contrat social et les objectifs de ce dernier. »
Dix ans plus tard, ce concept a été détruit, pardon, repris par des chefs de file des groupes armés en Haïti, au lendemain de l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moise, en particulier à la fin de l’année 2023. Ces derniers tentent ainsi d’ ajouter une nouvelle chromatation, en élargissant les définitions et les représentations du concept vivre ensemble à travers leur discours, leur intervention, leur interprétation. Sur le site de Gazettehaiti, on peut lire le titre suivant: « Les gangs réunis sous leur nouveau label “Vivre Ensemble” revendiquent les attaques armées et veulent renverser Ariel Henry du pouvoir ».
Des années plus tôt, la journée du 17 juillet 2017 avait été marquée par le lancement du centre vivre ensemble (CEVIVEE), par l’ancien premier ministre Evans Paul. « Le CEVIVE est présenté comme une structure qui se propose de promouvoir l’harmonie entre les Haïtiens, de réfléchir sur certaines menaces auxquelles doit faire face le pays. », selon les informations disponibles sur le site de Radio Vision 2000, auprès de l’ancien premier ministre Evans Paul, CEVIVE est apolitique, toutefois le centre veut supporter toute initiative visant à ressouder les liens sociaux et apporter des solutions aux problèmes fondamentaux qui empêchent le développement durable.
De l’ancien et brillant élève de l’École Dominique Savio, Roberson Édouard, on retient la pertinente publication suivante: « Violences et ordre social en Haïti: Essai sur le vivre ensemble dans une société postcoloniale ». Dans la présentation de cet essai sur le vivre-ensemble, publié en novembre 2013, on retient que : cet ouvrage invite à sortir des sentiers battus pour examiner les significations, la place, les fonctions et les conséquences de la violence dans la société haïtienne. En montrant la violence comme le reflet d’une convention générale et permanente où se jouent la solidarité et la hiérarchie intra et intergroupes, l’auteur dévoile qu’elle fonde, pour le meilleur et pour le pire, le vivre ensemble en Haïti. ». L’auteur est titulaire d’un doctorat en sociologie, enseigne à l’Université Laval et au cégep Garneau. Il s’intéresse aux questions entourant les inégalités, la pauvreté, les politiques publiques et la violence. Il a mis en place, au sein d’un programme d’études supérieures de l’Université d’État d’Haïti. Le premier observatoire national de la violence et de la criminalité en Haïti.
De nombreux autres chercheurs et spécialistes des sciences sociales en particulier, évoluant en Haïti et dans la diaspora continuent d’intervenir sur la problématique du vivre ensemble en Haïti. On peut citer Jean Michel Charles, qui aborde le sujet, et argumente en ces termes: « Vivre ensemble en Haïti, condition première du dialogue national ». On retiendra les différentes manifestations sportives et culturelles organisées autour du Vivre ensemble, par le Collectif Arthur Ashe, en collaboration avec la firme Educamuse, au bénéfice des dizaines de jeunes issus des quartiers précaires, au local du Gymnasium Vincent, en septembre 2022 et janvier 2023, avant la reconversion de cet équipement sportif.
Dans Balados Vivre Ensemble, on retient que la section Vivre ensemble du Centre justice et foi vous propose une série de podcasts en vue de prolonger la réflexion sur de nombreux enjeux abordés dans son webzine, ses activités publiques et dans ses recueils thématiques. On compte plusieurs articles illustrant les différents angles et réalités du sujet, parmi lesquels figurent les cas de certains pays au Moyen-Orient et en Haïti.
D’Haïti au Canada, les recherches et les contributions du sociologue Ambroise Guillaume se sont tournées vers la création du Centre de recherche-action pour le vivre ensemble (CRAVE), est un organisme sans but lucratif (OSBL) dédié à valoriser la diversité et à aider les immigrants à sortir du cycle de la pauvreté, y compris des emplois sous-qualifiés. Le site de l’institution souligne: « Grâce à un accompagnement opportun et de qualité, ils trouveront les bons moyens de décrocher un emploi ou d’entamer une activité économique à la hauteur de leurs attentes et de leurs qualifications, tout en contribuant au développement de leur nouvelle société. »
Dans la présentation du livre : « Eduqyer au vivre ensemble », on peut lire: Une association d’aide aux victimes accueille des victimes et se trouve au Coeur d’une demande sociale, d’une mission de service aux victimes. Elle reçoit des personnes qui souffrent parce que d’autres, dans leur ville, dans leur voisinage, parfois dans leur famille, ont volontairement ou non, ignoré la loi.
Dans la perspective de promouvoir une nouvelle culture efficace, rationnelle et sans démagogie du vivre ensemble ensemble en Haïti, un concept trop important, qui ne doit être autant galvaudé, il parait urgent, pour les politiques et les acteurs de la société civile, en particulier les spécialistes et institutions impliqués dans la mise en oeuvre des projets autour du vivre ensemble, de se rapprocher et de s’organiser pour mettre en avant les approches et les méthodes qui favorisent et facilitent le vivre ensemble.
Des institutions évoluant en Haïti, autant des acteurs qui participent dans le développement socioprofessionnel, communautaire et dans la diaspora haïtienne, ayant en partage le développement des expertises autour du vivre ensemble, se sont invités à coordonner leurs actions autour des connaissances et des compétences, de la culture et des comportements priorisant l’éducation au vivre ensemble. Pourquoi et comment ? Pour assister les familles haïtiennes et accompagner les jeunes, en priorisant l’éducation citoyenne et la formation professionnelle, autour de l’intégration économique et sociale.
Dominique Domerçant
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