Les eaux du danger
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L’évacuation des eaux usées et pluvieuses reste une préoccupation majeure dans les villes en Haïti. Port-au-Prince, la capitale, et les communes avoisinantes ne sont pas épargnées. Avec des systèmes de canalisation inadaptés, ces communes s’exposent à des catastrophes.
Il vient de pleuvoir dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince ce dimanche 8 novembre. Nous sommes au carrefour de l’aviation, rebaptisé carrefour Dessalines, non loin du pont Rouge. Les immondices jonchent les voies de circulation. Des canaux débordent dans les rues, d’autres sont à sec, la zone ressemble à un véritable marécage.
Située à l’entrée ouest de la capitale, cette zone relie trois communes de l’aire métropolitaine : Port-au-Prince, Delmas et Cité-Soleil. Ce quartier constitue une voie importante dans la circulation des individus et des moyens de transport dans ces villes. C’est aussi un point de rencontre des systèmes de canalisation de ces communes.
Une grande partie des eaux qui arrivent des systèmes de canalisation de ces communes passe par ce quartier avant d’être évacuée à La Saline ou de se répandre promptement dans la zone. À en croire les témoignages des riverains de ce quartier, certaines fois, la zone est inondée, alors qu’il n’a pas plu dans le quartier et son environnement immédiat. En revanche, ces individus indiquent que ces eaux qui arrivent soudainement proviennent de la pluie qui s’abat souvent dans les hauteurs de Pétion-Ville et de Delmas.
De Delmas 2 au Carrefour de l’aviation, la voie publique est parsemée de toutes sortes de déchets. Les objets en plastique, les styrofoams, les objets en carton, les détritus d’aliments, les débris d’appareils électroménagers et autres sont tous laissés par les eaux qui, au passage, débordent les canaux.
Un constat identique dans d’autres endroits de Port-au-Prince
À l’avenue Poupelard, en plein cœur de Port-au-Prince, les eaux usées et pluvieuses ont du mal à s’évacuer dans les canaux souterrains. Cet exutoire ne laisse pas passer les eaux usées et pluvieuses. Ces dernières frayent parfois leur propre canalisation ou débordent tout simplement sur la voie publique.
Moins de 50 mètres après la Direction générale des impôts (DGI), des deux côtés latéraux de la voie publique, le système de canalisation souterrain ne fonctionne pas. Empruntant la voie de circulation des véhicules, ces eaux usées mélangées aux eaux pluvieuses stagnent au-dessus du système de canalisation de l’avenue Christophe. Les piétons comme les chauffeurs sont obligés de s’en accommoder pour circuler sur cette voie.
Un manque d’organisation de l’espace public
Si l’organisation de l’espace public constitue l’un des premiers pas vers l’urbanisation, l’aménagement de la voie publique est ignoré en Haïti. À Port-au-Prince comme dans les autres communes de l’aire métropolitaine, les systèmes de canalisation ne sont pas tous connectés. D’un point à l’autre, les systèmes varient et ne convergent pas dans une seule direction.
À Pétion-Ville, les systèmes de voirie existants ont des points de rencontre communs avec trois communes. L’un se dirige vers la commune de Tabarre, le deuxième à Delmas et le troisième à Port-au-Prince.
Pour la commune de Delmas, au milieu de quatre autres communes, les eaux filent dans les communes placées en aval. Port-au-Prince, Cité-Soleil et Tabarre, dans une moindre mesure, reçoivent les eaux de canalisation de cette ville.
Considérée comme le centre des communes de l’aire métropolitaine, la ville de Port-au-Prince est baignée par les eaux qui arrivent des communes limitrophes. Avec un système de canalisation dysfonctionnel dans des rues, l’évacuation des eaux se révèle très compliquée avant de se déverser dans la mer. Comme les autres communes, ces eaux ont tendance à s’installer sur la voie publique.
En général, il n’y a pas de réseau de canalisation dans les villes en Haïti. Seule Port-au-Prince a un réseau construit depuis les années 1950, et qui devient défaillant avec le temps. La municipalité, l’État central ou une organisation non gouvernementale construit une portion de canalisation dans des endroits marqués par le passage d’une inondation. Il n’y a pas une planification de l’espace urbain au préalable. D’ailleurs, les villes naissent de la volonté des citoyens qui, dans la majorité des cas, ignorent les fondamentaux de l’architecture d’une ville.
Quelle destination pour les eaux des canalisations ?
En Haïti, il n’y a pas de contrôle des eaux qui passent dans les circuits de canalisation. Si une partie se répand dans les rues, l’autre partie s’en va dans les rivières et la mer. Sans traitement ni regard spécial, ces eaux de différents types représentent un danger pour l’environnement du pays.
L’ingénieure Edwidge Petit, responsable du service d’assainissement et d’aménagement de la direction nationale de l’eau potable (DINEPA), fait une différence entre les eaux qui doivent passer dans les systèmes de canalisation. Elle souligne qu’il y a les eaux usées domestiques (eaux grises), les eaux noires (matières fécales et urines), les eaux de pluie, les eaux usées industrielles et hospitalières (eaux spécifiques).
« Seules les eaux grises sont autorisées à se jeter dans les canaux pour s’évacuer à la mer », a informé Edwidge Petit avant d’émettre des réserves sur ce type d’eau. Elle indique qu’avec les réflexions modernes, même les eaux grises ne devraient pas arriver à la mer sans traitement. « Les constituants chimiques de ces eaux usées peuvent nuire à l’environnement maritime », relate le responsable de la direction d’assainissement et d’aménagement. Toutefois, la spécialiste avance qu’il n’y a pas encore d’instrument juridique pour mener cette bataille. La loi haïtienne sur les eaux usées date des années 1950.
S’agissant des eaux noires (matières fécales et urines), les citoyens n’ont pas le droit, en aucun cas, de les jeter dans les systèmes de canalisation, selon la loi haïtienne. Edwidge Petit soutient que ces eaux doivent être enterrées dans la cour de la personne en question. « L’urbanisation galopante rend difficile la gestion personnelle des eaux noires », explique-t-elle. En revanche, de nos jours, la DINEPA met en branle un processus pour le traitement de ce type d’eaux usées, a fait savoir madame Petit, soulignant que ce projet est dans sa phase pilote.
Les eaux hospitalières et industrielles sont assujetties à des traitements spéciaux avant de les laisser filer dans les systèmes de canalisations publiques, suivant Edwidge Petit. La loi fait obligation aux entreprises qui évoluent dans ce domaine de désinfecter les eaux avant de s’en débarrasser.
« Même les eaux pluvieuses peuvent être l’objet de traitements spéciaux dans certains cas, » a fait remarquer l’ingénieur Petit. Pour elle, il faut des dispositions spéciales de la part du MTPTC dans la construction des canaux afin de bloquer les alluvions.
Un problème complexe qui mérite une autre approche institutionnelle
Alors que la DINEPA s’occupe des eaux usées, le SNGRS et le MTPTC sont chargés des déchets solides et de l’entretien des systèmes de canalisation, il est difficile de faire la décantation entre les eaux et les fatras dans la réalité.
Outre des problèmes d’ordre structurel, l’ingénieure Petit relève des faiblesses juridiques. La législation haïtienne n’élabore pas assez sur les eaux usées, d’après ce cadre de l’administration publique. Elle appelle à l’élaboration d’un cadre légal pour réguler ce secteur sur le territoire national.
La gestion de l’eau s’avère plus que nécessaire en Haïti. Importante pour l’environnement et la vie en général, l’eau peut être un problème majeur pour de nombreux ménages si elle n’est pas bien traitée et canalisée. Il revient aux autorités constituées d’assumer leurs responsabilités pour protéger la population et son milieu.
Woovins St Phard
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