16 décembre 1990-16 décembre 2020 : 30 ans de tâtonnement sur la voie démocratique
Le 16 décembre 2020 ramène les 30 ans de l’organisation de la première élection démocratique en Haïti. C’était pour la première fois de son histoire que le peuple haïtien ait eu l’occasion de choisir librement ses dirigeants. Pourtant, 30 ans après, le pays peine à assurer les droits démocratiques de tous les Haïtiens. Aujourd’hui, les acteurs qui rêvaient d’une société libre, démocratique et prospère n’ont pas caché leur déception vis-à-vis de ce rêve galvaudé.
30 décembre 1990, au terme d’une longue attente, le peuple haïtien avait choisi Jean Bertrand Aristide comme président de la République. Selon les observateurs, les élections étaient libres, honnêtes et démocratiques. Les Haïtiens avaient voté avec enthousiasme pour un lendemain meilleur, après pratiquement 29 ans de dictature féroce orchestrée par la famille Duvalier et leurs alliés. Par contre, Jean Bertrand Aristide qui, à l’époque, incarnait le changement a été renversé moins d’un an après, soit le 11 septembre 1991, suite à un coup d’État sanglant. Depuis, c’est la confusion totale.
La population haïtienne dans son ensemble rêvait d’une Haïti prospère après ces élections. Mais les leaders politiques n’ont même pas attendu une année avant de saboter les acquis démocratiques obtenus par le peuple haïtien après le régime duvaliériste. Selon Me Samuel Madistin qui, à partir de ces élections, a été élu député, cette date marque une grande première en matière d’organisation d’élections libres en Haïti. Prenant son élection au Parlement en exemple, Me Madistin explique qu’à partir de ces élections, les paysans des zones reculées du pays avaient non seulement le droit de choisir leurs dirigeants, mais également la possibilité d’émerger sur la scène politique en se présentant aux élections.
Selon la lecture de Me Madistin, il y a beaucoup de recul, désespoirs et déceptions des dirigeants et leaders politiques de cette époque. Les revendications charriées par le mouvement du 16 décembre, notamment les revendications de justice sociale, de mieux-être, n’ont pas été satisfaites. Le système judiciaire haïtien, dit-il, n’a pas pu répondre aux principales revendications et de mettre fin à l’impunité. Les crimes ne cessent d’augmenter dans le pays. La corruption bat son plein. Il n’y a pas une bonne gestion des ressources de l’État. Pour lui, ce sont des choses qui vont à l’encontre des idéaux du mouvement du 16 décembre.
Journaliste à l’époque, Clarens Renois, actuellement coordonnateur national de l’Union nationale pour l’intégrité et la reconstruction d’Haïti (UNIR) a abondé dans le même sens. Pour lui aussi, cette date est symbolique. C’est la date des premières élections démocratiques réussies après celles ratées en novembre 1987. Il a poursuivi pour rappeler que c’était un grand succès en termes de participation populaire. Mais comme Me Samuel Madistin, il croit qu’un an après, les mauvaises pratiques politiques allaient mettre fin à l’expérience démocratique en Haïti. Et depuis lors, le pays est confronté à une succession d’élections ratées et de bégaiements de la démocratie.
Pour l’ancien candidat à la présidence d’Haïti, l’expérience démocratique de 1990 n’a pas abouti. Ce dommage, dit-il, nous suit encore 30 ans après. Il affirme que le coup d’État de 1991 n’a pas seulement freiné le processus démocratique, mais enracine aussi un sentiment de haine et de revanche chez les acteurs qui s’amusent à barrer la route à l’autre. Pour sortir de ce cycle infernal, Clarens Renois préconise une nouvelle classe politique afin d’entamer une nouvelle expérience politique. Quant à Me Samuel Madistin, il invite la population haïtienne à se positionner pour le respect de la loi. Me Madistin croit qu’il faut combattre l’impunité, et lutter pour le respect des droits humains. Le président du conseil d’administration de Fondasyon je klere (FJKL) croit que si on veut éviter le pire, il nous faut un état fort, populaire et démocratique.
Evens REGIS
Si vous avez déjà créé un compte, connectez-vous GRATUITEMENT pour lire la suite de cet article.
Pas encore de compte ? Inscrivez-vous
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.