Haïti fait face à une voie semée d'embûches vers la reprise économique, mais avec des corridors de résilience
Écouter l'article
Le dernier rapport de la Banque mondiale dresse un constat sévère sur l’économie en Haiti, marquée par sept années consécutives de contraction et une insécurité sans précédent, aggravant la pauvreté. Pourtant, au-delà de la capitale, certains pôles économiques continuent de résister, offrant des perspectives de relèvement. La crise économique et sécuritaire demeure grave, et son coût humain ne cesse de s'alourdir.
Dans ce rapport de 58 pages, la banque mondiale a souligné que la violence des gangs a entraîné le déplacement de près de 1,47 million de personnes en mai 2026, soit 12 % de la population. Les Nations Unies ont recensé au moins 5 915 morts violentes en 2025, l’année la plus meurtrière jamais enregistrée et 1 642 de plus au cours de premier trimestre de l’année 2026. Les perturbations logistiques ont alimenté une inflation supérieure à 20 %, tandis que 5,7 millions de personnes vivent en insécurité alimentaire aiguë.
De même, l'instabilité politique persistante a laissé place à une violence omniprésente au cours des sept dernières années et l'activité économique s'est fortement contractée. Des entreprises ont fermé, les opérations logistiques ont été interrompues, et la capacité des institutions gouvernementales a été réduite. Le déficit de production est vertigineux car l’économie a perdu l’équivalent de 46,5 % du PIB prévu avant la crise de 2018. L’agriculture a reculé de 25 %, l’industrie de 36 %, et les services représentent à eux seuls 17 % du PIB perdu.
Des poches de résilience hors de la capitale
Malgré ce tableau sombre, le rapport souligne la résilience des corridors nord et sud. Cap-Haïtien traite une part croissante du fret maritime, et les parcs industriels du nord soutiennent environ 16 000 emplois manufacturiers. Les recettes douanières continuent d’être perçues, et la diaspora a envoyé un montant record de 4,4 milliards de dollars en transferts de fonds en 2025, principale source de devises du pays.
La Banque mondiale rappelle que Haïti dispose d’atouts notables particulièrement pour des main-d’œuvre jeune avec plus de la moitié de la population a moins de 25 ans ainsi que des salaires compétitifs qui maintiennent le pays parmi les centres de production les moins coûteux des Amériques. De plus, une proximité des grands marchés, notamment les États-Unis, diaspora résiliente, dont les envois de fonds atteignent des records. Potentiel agricole dans des cultures à forte valeur ajoutée comme le cacao, le café, le vétiver et la mangue.
Par contre, plusieurs défis structurants menacent ce potentiel notamment la création d’emplois pour une jeunesse vulnérable, la gestion des migrations de retour, avec plus de 25 000 expulsions mensuelles depuis la République dominicaine, la stabilité des transferts de fonds, exposés à des taxes et à des fluctuations migratoires. De surcroît, accès aux marchés, menacé par l’expiration des préférences commerciales HOPE/HELP avec les États-Unis fin 2026.
Par ailleurs, les performances économiques d'Haïti ont été décevantes, mais le potentiel de croissance subsiste. Le revenu
par habitant a diminué au cours des deux dernières décennies. Entre 2010 et 2025, le PIB réel par habitant a chuté d'environ 17%.
En dollars internationaux courants (parité de pouvoir d'achat, PPA), le PIB par habitant d'Haïti s'établissait en 2023 à 3 281 dollars, soit à peine 15% (et le plus faible) de la moyenne régionale de l'Amérique latine et des Caraïbes. La pauvreté est élevée et en hausse avec 49,0% des Haïtiens vivaient en deçà du seuil de pauvreté international de 3,00 dollars par jour (PPA 2021) en 2025, contre 44,6% en 2023, et le taux devrait continuer à augmenter jusqu'en 2026, selon le rapport de la banque mondiale.
Une reprise conditionnée par la sécurité et la gouvernance
En outre, le rapport insiste également sur la trajectoire de croissance dépend avant tout du rétablissement de la sécurité dans la capitale. La Force de répression des gangs (FRG), appuyée par l’ONU, doit rapidement sécuriser les infrastructures critiques. Parallèlement, des avancées vers un ordre constitutionnel crédible sont nécessaires pour restaurer la légitimité des institutions.
À court terme, la Banque mondiale recommande de préserver la stabilité macroéconomique, de soutenir les corridors économiques plus stables et de lancer un effort crédible de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR). À long terme, l’augmentation de la productivité et la diversification des exportations seront essentielles pour transformer les atouts d’Haïti en croissance durable.
Likenton Joseph
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.