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Insécurité : 2020, l’année de tous les dangers en Haïti

Insécurité : 2020, l’année de tous les dangers en Haïti

Assassinats en série, kidnappings à répétition et vols à main armée, l’année 2020 a été terrifiante pour Haïti sur le plan sécuritaire. Les autorités haïtiennes se sont inclinées, les groupes armés se sont renforcés et se sont fédérés.

De janvier à décembre, le climat sécuritaire en Haïti n’a pas connu une amélioration significative. Au contraire, la situation s’est empirée de jour en jour. Au cours de cette année, malgré l’introduction de la pandémie Covid-19 dans le pays, les groupes armés ont mis à genoux les citoyennes et citoyens vivant sur le territoire national. Nourrissons, enfants, jeunes et adultes, aucun de ces groupes n’ont été épargnés des assauts des bandits armés qui ont morcelé le territoire national.

Le pays a débuté les deux premiers mois de l’année dans un climat d’incertitude. Au terme d’une fin d’année 2019 controversée par les cicatrices du « pays lock », le pays s’est réveillé en 2020 avec des actes d’enlèvements à rythme répété. Malgré qu’une zone de séquestration ait été dument identifiée, village de Dieu, d’après les témoignages de plusieurs victimes, les autorités n’ont pas pu stopper ce fléau qui a généré la peur pendant toute l’année.

Un record du nombre de personnes assassinées

Selon la Plateforme des organisations haïtiennes de droits humains (POHDH), de janvier à août 2020, 944 individus sont morts assassinés dans le pays. 124 cas de kidnappings confirmés au cours de cette même période marquée par des restrictions des activités à cause de la propagation du nouveau coronavirus sur le territoire national. À en croire d’autres organisations, les cas de kidnapping non confirmés sont plus élevés que ceux révélés dans la presse et documentés par les organismes de défense des droits humains.

Et, la Commission épiscopale nationale justice et paix (CE-JILAP) a recensé 39 cas d’assassinats pour le mois de septembre. 29 de ces individus sont morts par balle, soit de l’affrontement des groupes armés, de la Police nationale ou des individus non identifiés.

Parmi ces victimes, un bébé de neuf mois est tué à Cité Soleil dans les affrontements des groupes rivaux au mois de juillet. Un nourrisson de cinq mois a été également abattu, au début du mois d’août, dans la commune de Ganthier par les gangs de 400 mawozo.

La zone métropolitaine de Port-au-Prince est l’endroit qui a enregistré le plus de cas de violences dans le pays. La grande majorité des cas d’assassinat et d’enlèvement s’est produite dans cette agglomération qui abrite plus de trois millions d’habitants. « C’est l’endroit le plus dangereux du pays. Il ne se passe pas un jour sans un cas d’assassinat », a relaté la CE-JILAP dans son rapport du troisième trimestre de l’année 2020 sur les violences dans le pays.

Confirmation d’une coalition de bandits armés

Entre le mois de mai et juin, plusieurs groupes armés de la zone métropolitaine de Port-au-Prince ont décidé de former une coalition. « G-9 an fanmi e alye, avec pour slogan: manyen youn manyen tout ». En conflit entre eux auparavant, ces groupes armés ont trouvé un point d’entente pour développer une solidarité afin de contrôler plus de territoire possible. Cette coalition est l’auteur de plusieurs forfaits, selon les organisations de défense des droits humains. Elle est emmenée par l’ancien policier Jimmy Chérizier, dit Barbecue.

De Cité Soleil à Delmas, en passant par La Saline, Bicentenaire pour arriver à Martissant, ils sont une dizaine de chefs de groupes armés appartenant à cette fédération. Ils se déplacent en toute quiétude d’un lieu à un autre sous les regards impuissants des forces de l'ordre. Sur les réseaux sociaux, ils s’exhibent, à travers des séances de vidéo (en direct). Ils se localisent clairement. Ils font des menaces comme bon leur semble.

Des tueries encore au cours de l’année 2020

Outre des massacres perpétrés à La Saline en 2018, à Carrefour-feuilles et Bel-Air en 2019, le pays a enregistré deux tueries contre la population civile au cours de l’année 2020. Les quartiers de Pont-Rouge et ses environs, Bel-Air et ses zones avoisinantes ont subi des attaques planifiées des bandits armés regroupés au sein du G-9. Selon des habitants de la zone, le G-9 a voulu établir des chefs de gangs dans ces quartiers pour s’assurer de la domination de la zone. Il s’agit aussi d’une bataille politique entre les pro et antigouvernementaux.

C’est le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) qui a mis au jour le bain de sang commis, le 24 mai 2020, dans les quartiers de Pont-Rouge, La Saline, Tokyo et Fort Dimanche. Alors que le pays est en pleine propagation de la Covid-19, les groupes armés regroupés au sein du G-9 an fanmi e alye ont attaqué les habitants de ces quartiers. Ils ont érigé une ceinture de sécurité pour empêcher toute tentative de renfort des autres groupes alliés de ces zones. Suivant les révélations du RNDDH, le G-9 aurait bénéficié de l’appui de certains policiers et des matériels de l’institution policière, des chars blindés, soit au moins cinq, pour mater ces habitants en rébellion à leurs projets de contrôler la zone.

Au cours ces attaques qui ont causé la désertion totale du quartier de Tokyo, 34 individus ont été tués, dont trois mineurs et six femmes. Sans compter les blessés. 98 maisons habitables ont été incendiées ou vandalisées.

Entre le 31 août et le 3 septembre, les quartiers de Bel-Air, ruelle Maya ont subi les mêmes attaques que les quartiers de pont Rouge. Le groupe G-9, emmené par Jimmy Chérizier dit Barbecue, a lancé des assauts contre les individus de ces quartiers. Des individus tués puis calcinés, des maisons incendiées et d’autres violences ont été recensés pendant plusieurs jours.

Situées à proximité de plusieurs bases de la PNH, ces zones n’ont pas bénéficié de l’intervention des agents de la Police nationale. Les habitants ayant l’occasion de s’enfuir ont monté leurs tentes au Champ-de-Mars, tout près du Palais national, et dans d’autres espaces publics. Jusqu’à présent, le parc Celtic (Tèren Pè) à Solino abrite plusieurs dizaines de familles oubliées de l’État haïtien.

De septembre à mi-décembre, ces quartiers ont mis des barricades pour se protéger contre d’éventuelles attaques. Il ne passe pas une semaine sans des affrontements à coups de balles entre les groupes armés de ces zones.

Un bâtonnier en fonction assassiné

C’est une nouvelle qui a bouleversé toute la République et la communauté internationale aussi. L’assassinat du bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince, Maitre Monferrier Dorval, dans la soirée du vendredi 28 août, en sa résidence à Pèlerin 5, tout près de la résidence privée du chef de l’État. En effet, au terme d’une journée où l’éminent avocat avait dénoncé la mauvaise gouvernance et l’administration maladroite de la République, le professeur de droit constitutionnel a été la cible de bandits armés.

À Port-au-Prince, les avocats ont organisé plusieurs marches pour réclamer justice pour leur bâtonnier. Ainsi, au terme du rapport préliminaire de l’enquête de la DCPJ, quatre individus sur huit ont été interceptés et transférés au cabinet d’instruction. Le dossier reste bloqué à ce stade où des corps du délit ont été volés.

Sous la demande de sa famille, les funérailles de Me Dorval ont été chantées en stricte intimité le 17 septembre. Le lendemain, 18 septembre, les avocats des 18 juridictions ont réalisé des cérémonies d’hommage pour le professeur de droit constitutionnel dans leurs territoires respectifs.

Une fin d’année ponctuée d’assassinats et de kidnappings

De septembre à décembre, le pays a connu un regain d’insécurité sans pareil. Les cas de kidnapping ont explosé dans la plus grande agglomération du pays. Pas un jour sans l’enlèvement d’individu à Port-au-Prince pour sa libération contre rançon. Ce fléau s’est propagé dans des villes reculées du pays. L’économie de ce phénomène d’insécurité peut être évaluée à des centaines de milliers de dollars américains, voire des millions.

Entre autres, le cas d’Évelyne Sincère, jeune écolière de 21 ans enlevée et assassinée, retrouvée, le 1er novembre, sur des immondices à Delmas 24, a défrayé la chronique. Son assassin a été arrêté par le chef de gang recherché Jimmy Chérizier et emmené en état au commissariat de Portail Saint-Joseph.

L’institution policière n’inquiète pas les bandits

De janvier à décembre 2020, la PNH n’arrive pas encore à déloger les bandits de leur territoire. L’ancien directeur général a.i, Rameau Normil, n’a pas réussi à rassembler les policiers autour de sa personne pour prendre le contrôle du pays. Au contraire, il s’est battu avec une institution sur le point d’imploser. L’ « opération Terminator 1 », lancée au mois d’août par l’ancien DG, a vu des policiers défiler dans les rues, armes à la main, en semant la panique au lieu de mettre en déroute les groupes armés. L’écart entre le Premier ministre, chef du CSPN, et l’ancien responsable de la DCPJ s’est creusé davantage jusqu’à ce que la séparation soit attestée par sa révocation.

Ainsi, Léon Charles est redevenu, le 13 novembre, directeur général a.i de la PNH, 15 ans après avoir été renvoyé à la tête de l'institution pour déficit de résultats. Depuis sa prise fonction, Léon Charles a conduit la PNH à des opérations pour tenter de reprendre le contrôle de certains quartiers. Toutefois, les groupes armés ne se montrent pas inquiétés par les interventions policières. Ils continuent de terroriser la population.

L’appareil judiciaire dans le labyrinthe aussi

De son côté, l’appareil judiciaire a traversé une année marquée par des crises répétitives. Outre de la pandémie Covid-19 qui a paralysé le fonctionnement des tribunaux, les grèves en série des acteurs de l’appareil judiciaire ont entravé la bonne marche des tribunaux. Le ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP) a connu trois ministres au cours de l’année (Jean Roudy Aly, Lucamane Delile et Rockfeller Vincent).

Du 1er juin au 1er juillet, les magistrats ont observé un arrêt de travail pour réclamer de meilleures conditions de travail. Ils ont sollicité le transfert du budget d’investissement du ministère de la Justice au CSPJ. Et, ils ont demandé également le renouvellement du mandat des magistrats.

Les greffiers ont exprimé leurs désaccords aussi du 28 juillet au 14 octobre. Ils ont passé plus de trois mois en grève juste avant de trouver une entente avec le MJSP pour recommencer à travailler.

Les magistrats debout sont entrés en débrayage depuis 23 novembre à ce jour (29 décembre 2020) pour demander des traitements dignes de magistrats. Ils réclament des traitements égaux avec les magistrats assis.

En grande difficulté de fonctionnement, le système judiciaire haïtien ne donne pas du fil à retordre aux fauteurs de trouble. Au contraire, les fossoyeurs des principes font peur aux acteurs judiciaires. En 2020, le pays tout entier s’est fait taper par les individus hors de la loi. Entre troubles politiques et insécurité galopante, 2020 a été une année porteuse de danger pour le pays.

Woovins St Phard

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