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L'année des décrets controversés

L'année des décrets controversés

La crise sanitaire n’a pas été l’unique événement ayant marqué les esprits en Haïti. La crise politique provoquée notamment par l’adoption de près d’une quarantaine de décrets présidentiels, les uns plus controversés que les autres, est aussi à considérer.

Le 1er janvier 2020, le chef de l’État haïtien n’a pas participé aux événements de commémoration des 216 ans de l’Indépendance d’Haïti en raison des turbulences politiques. L’opposition avait menacé de boycotter la cérémonie au cas où le président Jovenel Moise se présenterait à la traditionnelle cérémonie organisée chaque année aux Gonaïves, la cité de l'Indépendance. C’était déjà l’avant-goût d’une année difficile sur le plan politique.

À cause des mises en garde de l’opposition, le président était contraint de marquer cette date au Palais national et au MUPANAH. Mais quelques jours après, soit le 13 janvier 2020, 12 h 02, Jovenel Moise a donné une réponse surprenante à la classe politique, par l’annonce de la caducité du Parlement. C’était logiquement la fin du mandat des députés. Mais pour une dizaine de sénateurs, le flou régnait autour de la fin de leur mandat. Depuis, Jovenel Moïse a commencé son règne de gouvernance par décret.

Depuis le lundi 13 janvier 2020, le Parlement haïtien est dysfonctionnel. Seul un nombre restreint de sénateurs continueront de siéger, mais sans aucun pouvoir de changer le cours des choses. Durant cette même année 2020, le mandat des maires a pris fin. Aucun accord politique n’a été signé entre le gouvernement et l’opposition qui continue de réclamer le départ du président, Jovenel Moïse. Les maires sont donc remplacés par des agents intérimaires, membres ou proches de l’équipe du PHTK.

Lors des élections de 2015, les sénateurs ont été élus pour 6 ans. Mais le chef de l’État s’est appuyé sur la Constitution en vigueur pour mettre fin à leur mandat. L’idée était d’éliminer l’obstacle à l’installation d’un nouveau gouvernement, après l’échec essuyé avec Fritz William Michel. C’est ainsi qu’à la grande surprise, Joseph Jouthe a été nommé Premier ministre le 2 mars 2020, avec l’objectif de sortir le pays de la crise. Celui qui a été à la fois ministre de l’Environnement, et de l’Économie et des Finances n’a pas réussi à gérer la crise.

Dans l’opinion publique, Joseph Jouthe s’est plutôt construit une image négative, à cause de ses déclarations jugées trop complaisantes envers les chefs de gangs qui terrorisent la population haïtienne. En ce qui concerne l’opposition politique, elle a tenté vainement de faire de l’année 2020 la dernière ligne droite de la bataille contre l’équipe au pouvoir. Plusieurs manifestations antigouvernementales ont été lancées. Pas mal d'accords politiques, dont la Déclaration du 21 août, ont été proposés. Mais la division qui ronge le secteur a tout gâché.

À partir du vide institutionnel créé par l’exécutif lui-même, Jovenel Moise a pris deux grandes décisions qui, en fonction du contexte, exigeaient un accord politique. Au mois de septembre, le chef de l’État a fait publier l’arrêté nommant le Conseil électoral provisoire avec pour mission d’organiser un référendum constitutionnel pour doter le pays d’une nouvelle constitution, et réaliser les prochaines élections locales, municipales, législatives et présidentielles. Sans prestation de serment à la Cour de cassation, le CEP est entré en fonction.

Une fois le CEP installé, le chef de l’État a, sans perdre de temps, entamé les chantiers d’une nouvelle constitution. Alors que les remous de l’actualité pivotent autour de la thématique d’une nouvelle constitution, et que les experts essaient de montrer l’impossibilité de changer la Constitution sans le rétablissement du pouvoir législatif, Jovenel Moïse a rapidement tranché. En ce sens, il a procédé le 28 octobre 2020, à l’installation du Comité consultatif indépendant chargé de l’élaboration du projet de la nouvelle constitution.

La surprise de la communauté internationale

Fidèles supporteurs de Jovenel Moïse depuis le début de sa présidence en 2017, les diplomates et représentants permanents en Haïti ont toutefois adopté une position différente à la fin de l’année 2020. Pour que la communauté internationale, notamment les États-Unis, le maintienne au pouvoir envers et contre tous, Jovenel Moise a tout donné. À plusieurs reprises, il a voté contre le Venezuela à l’Organisation des États américains (OEA). Mais cela n’empêche que le langage de ces diplomates commence à changer.

Au cours de ce mois de décembre, le chef de l’État est frappé de plein fouet par la communauté internationale qui commence à faire certaines exigences, notamment en matière de respect des droits humains et de l’ordre constitutionnel. C’est pour la première fois depuis son accession au pouvoir que Jovenel Moise fait l’objet de nombreuses critiques de la part des diplomates et représentants permanents accrédités en Haïti. Le 10 décembre dernier, les États-Unis ont infligé des sanctions à deux anciens officiels du gouvernement et à un chef de gang réputé proche du pouvoir. Contrairement aux années précédentes, marquées notamment par le soulèvement général du 6, 7 juillet 2018, et les épisodes de « pays lock » entre septembre et décembre 2019, cette année a plutôt été profitable à Jovenel Moïse. La crise sanitaire du coronavirus, le vide institutionnel et l’incapacité de l’opposition à proposer une alternative viable font bénéficier à Jovenel l’avantage d’une année paisible sur le plan politique. Mais la situation s’annonce plutôt tendue à l’approche du 7 février 2021, date de la fin du mandat présidentiel, selon certaines considérations.

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