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« Covid zéro est possible », selon un virologue allemand

« Covid zéro est possible », selon un virologue allemand

Directeur de l'Institut de virologie à l'hôpital de la Charité à Berlin, le virologue berlinois Christian Drosten est l’un des plus importants conseillers du gouvernement allemand sur la pandémie de Covid 19. Dans une interview (1), l’expert des coronavirus parle du comportement du virus, des mutants et de la menace sanitaire qui pèse l’Europe au printemps.

Co-découvreur du virus mortel, le Sars lors de la pandémie 2002-2003, Christian Drosten (48 ans) a mis au point au début de 2020 des tests pour détecter les coronavirus, dont le Sars-CoV-2. Concernant le mutant britannique B.1.1.7., le chercheur affirme qu’il est plus contagieux qu’il ne le croyait au début. Citant une nouvelle étude d'Oxford, qui a fourni des données très solides, cette variante du Royaume-Uni serait, indique-t-il, « jusqu'à 35 % plus infectieux que le type sauvage du virus ». Plus infectieuse, la forme modifiée du coronavirus serait donc aussi capable de se propager beaucoup plus rapidement.

La « mutation britannique » est actuellement à l'origine de nombreuses nouvelles infections, de nombreux décès et d'un lockdown strict au Royaume-Uni. On ne sait pas encore si elle est aussi plus meurtrière.

Drosten recommande aux Européens de maintenir la variante en-dessous d'un seuil critique en prenant un ensemble de mesures. L'une d'entre elles concerne la fermeture des écoles et des crèches, en particulier des classes des écoles secondaires, suggère-t-il, rappelant que l'Angleterre a procédé de la sorte. Seuls les accueils d’urgence ont été maintenus au Royaume-Uni.

Face au coronavirus qui ne faiblit pas, Drosten considère qu’à l’automne, l’Europe aurait dû suivre l'expérience irlandaise. À l'époque, l'Irlande avait beaucoup misé sur le télétravail. Une mesure très efficace, selon Drosten. « Cela réduit automatiquement le taux d'occupation dans les transports publics », fait-il remarquer. Un troisième point serait, comme font les Britanniques, de cibler et soutenir les groupes de population socialement défavorisés ou même difficiles à atteindre pendant la pandémie.

Le professeur estime qu’il est aussi essentiel d’abaisser le taux de reproduction (Ro ou R effectif) de la Covid-19, c’est-à-dire le nombre de nouveaux malades causés par une personne infectée dans une population sans immunité. « Actuellement, il est de 0,9, et c'est une bonne chose que nous ayons enfin réussi à le faire passer en dessous de 1, de sorte que le nombre de cas commence à diminuer », dit Drosten. Mais il considère toutefois que 0,9 ne suffit pas si nous voulons desserrer les freins rapidement. Il trouve qu’avec 0,9, il faut environ un mois pour que le nombre d'infections soit réduit de moitié. « C'est trop long, juge-t-il. Nous devrions essayer d'arriver à 0,7 en renforçant le shutdown. Le nombre de cas diminue de moitié en une semaine seulement et nous pouvons parvenir à les réduire suffisamment pour arrêter la propagation de B.1.1.7, ou du moins nous donner une longueur d'avance ».

Quant à la stratégie dite « zéro-covid », dont l'objectif est de réduire à zéro le nombre de nouvelles infections, elle est selon Drosten, « possible, avec beaucoup d'efforts ». Il est certain que le virus va rebondir encore et encore, comme c’est le cas en Chine et en Australie. Mais il serait absolument souhaitable, ajoute-t-il, de viser au moins le zéro maintenant. Surtout parce qu’il cultive « de grandes craintes sur ce qui pourrait se passer autrement au printemps et en été ».

Son inquiétude concerne l’après-vaccination. Le scientifique prévoit que lorsque les personnes âgées et peut-être certains des groupes à risque auront été vaccinés, on fera face à une énorme pression économique, sociale, politique et peut-être juridique pour mettre fin aux mesures de protection contre le Coronavirus. Et dans peu de temps, beaucoup plus de personnes que nous ne pouvons l'imaginer aujourd'hui seront infectées. Pour l’expert, on aura alors plus de 20 000 ou 30 000 cas, mais dans le pire cas, plus de 100 000 victimes par jour. Il suppose qu’il s’agira généralement de personnes plus jeunes, qui seront moins susceptibles d'avoir une évolution grave de la maladie que les personnes plus âgées. Mais si beaucoup de jeunes sont infectés, les unités de soins intensifs seront quand même de nouveau pleines et il y aura quand même beaucoup de décès, prévoit-il. « Cela touchera uniquement les jeunes, prévoit-il. Mais nous pourrions amortir quelque peu ce mauvais scénario si nous faisons baisser les chiffres dès maintenant ».

Quant à une baisse au printemps, Drosten ne la croit pas possible. À titre d’exemple, il prend le cas de l’Espagne où l’été dernier, on a constaté que le nombre de cas avait rapidement augmenté après la fin du confinement alors qu'il faisait très chaud. Il en est de même en Afrique du Sud actuellement : c’est l’été là-bas et pourtant les cas de coronavirus sont en hausse.

Les mutants

Pour ce qui a trait au travail de virologie, son équipe est en train d'étudier plus en détail la variante britannique. Dans quelques semaines, il espère avoir les premiers résultats.

Dans une population non immunisée comme celle de l’Allemagne, explique Dorsten, la variante venant de Grande-Bretagne se répandra avec succès car elle a une capacité accrue de se propager, donc elle est plus contagieuse. En revanche, les variantes sud-africaine et brésilienne peuvent être capables de contaminer des personnes qui ont déjà été infectées, mais cela ne leur donnera probablement aucun avantage dans une population non immunisée (comme l’allemande). Drosten conclut qu’ainsi, au cours de l'année prochaine, le virus se propagera ici et là et de nouvelles variantes naîtront certainement.

Le virologue constate qu’une des mutations des variantes brésilienne et sud-africaine montre déjà ce qu’il appelle une sérieuse « immun-espace », qu’on traduirait par une « fuite immunitaire ». C’est-à-dire qu’elle (la mutation en question) aide le virus à échapper à la défense immunitaire de l’organisme. « Les anticorps ne sont qu'un élément de la protection immunitaire ; un autre est l'immunité des cellules T. Cela protège beaucoup plus fortement contre les évolutions graves de la maladie. Et si un virus présente une mutation à un moment donné, cela ne modifie pas l'immunité des cellules T ». Cependant, l’expert ne pense pas qu'il faille s'attendre à un échec des vaccins.

Face aux attaques des négationnistes du coronavirus, Drosten recommande aux scientifiques de faire profil bas. « C'est tout ce que vous pouvez faire. En tant que scientifiques, nous sommes sans défense, nous ne pouvons pas simplement ignorer de telles attaques ou y faire face. Ce n'est pas seulement une question d’avoir une peau épaisse ou d'habitude, mais aussi de structures de protection ». Au début, il pensait qu’en venant avec des faits, cela dissuaderait les contradicteurs. Il s’est rendu ensuite compte que c’était peine perdue. Il est difficile pour les scientifiques de convaincre les gens. Par exemple, en mettant en garde contre la réouverture des écoles et des jardins d'enfants l’an dernier, le scientifique s’est attiré des hostilités.

« Pour être honnête, je n'aurais pas cru possible que les enfants soient épargnés par le Sars-CoV-2 même sans notre étude de la charge virale, confie-t-il. D'un point de vue purement biologique, la muqueuse du nasopharynx ne change pas beaucoup en grandissant. Les enfants doivent donc eux aussi être infectés - et infectieux. Que des doutes aussi fondamentaux puissent surgir à ce sujet était un mystère pour moi, et le reste encore aujourd'hui. »

Pendant longtemps, la contagiosité des enfants a été niée pendant longtemps. « Et rien n’a été fait, reproche Drosten. Aucune décision n’a été prise pendant des mois, pendant l’été. Pour moi, c’était tout à fait étonnant. »

Quand commencera la période post-pandémique ?, lui demande-t-on. Sans hésitation, Drosten annonce qu’au milieu de l'automne, on va remarquer les effets des vaccinations. Et ce, au niveau de l’ensemble de la population. Mais, avertit-il, pour que cela se produise, c’est-à-dire pour que les groupes à risque soient protégés et pour que beaucoup moins de gens s’infectent, « il ne faut pas que des choses imprévisibles se produisent maintenant ».

Huguette Hérard

Notes
1) Spiegel, le 22 janvier 2021, Interview de Rafaela von Bredow et Veronika Hackenbroch.

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