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Nouveaux documents sur le père d’Hitler découverts

Nouveaux documents sur le père d’Hitler découverts

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Il existe pléthore de livres, de films de fiction et de documentaires sur Adolf Hitler et son entourage. Mais c’est la première fois que sort un ouvrage sur son père. Peut-on comprendre que cette publication permettra peut-être de découvrir l’origine de sa haine meurtrière contre les Juifs !

« Hitler s’appelle Schicklgrubel ! », titre en 1932 l’hebdomadaire viennois « Wiener Sonn- und Montagsblatt » (1). Ce n’était pas un fake news, comme on dirait à notre époque : le père du dictateur allemand s’appelait bien « Alois Schicklgrubel ». Pour une raison ou pour une autre, il a changé en 1876 le patronyme Schicklgrubel en Hitler, avant la naissance d’Adolf en 1889.

Il existe des tonnes de travaux sur le tyran qui a régné sur l’Allemagne de 1933 à 1945 : des biographies de lui-même, mais aussi des écrits sur son avocat, son chauffeur, sa secrétaire, son médecin, son cuisinier, son astrologue. Sur sa famille, une grande panoplie de publications allant de la grand-mère du tyran jusqu’au demi-neveu et même sur ses soi-disant enfants. Mais c’est la première fois qu’un livre est consacré à son père.

On doit cette découverte à l’historien autrichien Roman Sandgruber (2) qui a en sa possession des lettres qu’Alois Hitler adressa au « Straßenmeister » de l’époque, la personne qui assura en ces temps-là la police des rues et des chemins. Il s’appelait Josef Radlegger de qui Alois acheta d’ailleurs une ferme. L’arrière-petite-fille de ce voyer a remis à l’historien 31 lettres qu’elle a trouvées dans un grenier de la maison de la famille, bien emballées. Sur la base de ces correspondances, il a rédigé un ouvrage intitulé « Le père d’Hitler. Comment le fils devint dictateur » (3).

Depuis des décennies, les historiens se sont penchés sur l’enfance et la jeunesse d’Hitler pour savoir d’où venait son aversion mortelle pour les Juifs. Par manque d’informations, ils ont stagné dans leurs recherches, les sources historiques ayant fait défaut. Grâce à ces lettres remontant au XIXe siècle, il est désormais possible d’avoir une idée de la famille d’Hitler et de la situation économique. Si ces lettres fournissent des renseignements sur le père, on a du coup une idée du fils, puisque l’historien y a découvert une ressemblance entre les deux. « Je vénérais mon père, mais ma mère, je l’ai aimée », écrit le Führer dans « Mein Kampf » (« Mon combat »). À ce sujet, Sandgruber prouve que Hitler a enjolivé certains passages ou a simplement confondu les dates.

Il semble que le père n’était pas aussi ignare qu’on l’avait cru jusqu’ici. On apprend par exemple qu’Alois Hitler était autodidacte, comme son fils le sera quelques années plus tard. Enfant illégitime, Alois a quand même fait une carrière, impressionnante pour l’époque, comme fonctionnaire des douanes. Il a eu du succès : fils unique, presque sans scolarité, il a réussi sous la monarchie à devenir fonctionnaire avec un bon revenu.

La passion du père Hitler était l’apiculture « non comme hobby, mais parce qu’elle a été une profitable source de revenus ». Son grand rêve était de posséder sa propre ferme qui serait exploitée et gérée de manière moderne. « Le père voulait toujours devenir un cultivateur formé sachant mieux que les autres », explique Sandgruber. Mais Alois ne posséda aucune expérience pratique. Lorsque plus tard, il acquerra une ferme à Hafeld, dans la province d’Haute-Autriche, il la perdra.

Tant du point de vue professionnel qu’au niveau de ses relations, les choses ont été difficiles pour Alois Hitler. Il a convolé en justes noces à trois reprises. Une première fois, avec une femme de 14 ans son aînée et ils n’ont pas eu d’enfants. La seconde fois, avec une femme de 18 ans plus jeune, qui meurt tôt. Celle-ci fut soignée par Klara Pölzl, qui deviendra sa troisième épouse. Âgée à l’époque de 23 ans, Klara, la future mère du dirigeant nazi, était la grande cousine de Alois. En raison de ces liens de parenté, les formalités pour leur mariage se révélèrent difficiles. Pour balayer les obstacles, il fallut une dispense papale. Lors de la cérémonie du mariage qui se déroula lieu à 6 h du matin, Klara Hitler était déjà enceinte de plusieurs mois. Ses deux premiers enfants décédèrent tôt avant qu’Adolf ne vînt au monde le 20 avril 1889 à Braunau am Inn, une municipalité autrichienne (4).

Hitler voulait devenir peintre

L’enfance et la jeunesse de l’autocrate étaient marquées par l’instabilité. L’historien raconte qu’au cours des 18 premières années de leur vie, la famille Hitler a changé 18 fois de logement. Il constate qu’on sait peu de choses des deux années au cours desquelles la famille a vécu à Linz, une ville autrichienne, successivement dans deux maisons. « Cela a peut-être à voir aussi avec le fait qu’une des maisons appartenait au Juif le plus riche d’Urfahr [à Linz] », suppute l’historien. C’est ce qui explique probablement pourquoi les traces de cette période devaient être dissimulées.

Ce que Sandgruber a compilé comme matériaux d’archives donne l’image d’une personnalité dominante. La ressemblance entre père et fils frappe : même arrogance, la même ferme résistance aux conseils de gens plus avisés qu’eux, même mépris pour la connaissance, l’Église et la noblesse. L’historien décrit le père comme quelqu’un d’autoritaire.

Pour Sandgruber, le caractère essentiel de Alois est un mépris de toutes les autorités. D’où son anticléricalisme. Le père allait à la messe dans l’unique but d’exhiber son uniforme. Hitler le suivra dans cette voie. On sait que le dictateur nazi n’a jamais manifesté d’intérêt ni pour l’Église ni pour la foi, « même s’il n’a jamais quitté l’Église catholique ».

L’imitation au cours des premières années a été si loin qu’Hitler a même imité l’écriture du père. De même que la manière guindée de s’exprimer. Par exemple, le père signait la plupart du temps avec l’expression « mit der vorzüglichsten Hochachtung Euer wohlgeboren sehr ergebener Alois Hitler, Zolloberamtsofficial », quelque chose qui ressemblerait à « avec les plus respectueuses salutations de votre très dévoué Alois Hitler, fonctionnaire des douanes »

La seule révolte significative du fils contre les idées du père aurait été le refus d’embrasser une carrière de fonctionnaire. « Il voulait devenir peintre libre et surtout pas marcher sur les traces de son père ! ». Mais le monde entier sait ce qu’il est devenu par la suite.

Cependant, l’auteur n’a pas donné de réponse claire concernant l’origine des idées racistes et antisémites d’Hitler. On ne sait pas si elles viennent du père ou si Hitler les a acquises par la suite. Dans le conflit des historiens sur ce sujet, Sandgruber soutient toutefois qu’Hitler a déjà fait preuve d'une hostilité envers les Juifs dans ses jeunes années à Linz. L'historien se réfère à la transcription originale d'August Kubizek (1888-1956), ami proche d’Hitler.

« La biographie ne peut pas résoudre trois mystères : Qui était le grand-père d'Hitler ? Pourquoi son père a-t-il fait changer son nom de famille de Schicklgruber à Hitler à l'âge de presque quarante ans et légitimer ainsi sa naissance illégitime qu'à ce moment-là ? Comment le nom Hitler est-il né, puisque les orthographes Hiedler ou Hüttler étaient courantes dans la famille », s’interroge Solveig Grothe, journaliste du « Spiegel » (22 février 2021). Sandgruber soulève toutes ces questions et écrit honnêtement à de nombreux endroits qu'il ne peut y répondre.

En effet, comment pourrait-on tout savoir exactement quand Adolf Hitler a fait tout ce qu'il a pu, après son accession au pouvoir, pour dissimuler ou déformer sa propre histoire et celle de ses parents et de ses ancêtres afin de servir ses objectifs politiques. « Le Führer, quimettait tant l'accent surson passeport d’ascendance et les origines aryennes, avait lui-même plus d'une lacune dans son arbre généalogique », écrit le confrère. Par exemple, c'est également un médecin juif qui a soigné la mère d'Hitler, Klara, jusqu'à sa mort. Ou encore son silence sur le propriétaire de sa résidence à Linz parce qu’il était juif.

Huguette Hérard

Notes
(1) Hebdomadaire autrichien ayant paru de 1836 à 1936.
(2) Roman Sandgruber (74), historien émérite et ancien directeur de l’Institut pour l’histoire sociale et économique à l’université Johannes Kepler, Linz.
(3) « Hitlers Vater. Wie der Sohn zum Diktator wurde », Roman Sandgruber, Molden-Verlag, Vienne 2021, 272 pages, 29 euros (paru le 23 février 2021).
(4) Hitler est né en Autriche et a obtenu la nationalité allemande pour avoir combattu du côté allemand lors de la Première Guerre mondiale.

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