Corruption institutionnalisée : le SKL sonne l’alarme
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Alors que le pays s’enfonce dans une crise sécuritaire et humanitaire sans précédent, des révélations explosives du Sant Karl Lévêque (SKL) jettent une lumière crue sur l’ampleur de la corruption d’État au sein du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé.
Prévu du 2 au 4 mars à Fort-Liberté, le Carnaval national 2025 a été annulé suite à une vague d’indignation populaire. Pourtant, selon l’enquête menée par le SKL, les fonds alloués plus de 500 millions de gourdes ont été intégralement décaissés puis détournés au profit de hauts responsables politiques, à commencer par huit des neuf Conseillers-Présidents.
Le CPT, mis en place dans le cadre d’un accord politique pour sortir le pays de l’impasse, avait pour mission officielle de restaurer la sécurité, conduire les réformes constitutionnelles et institutionnelles, et organiser des élections crédibles. C’est ce que stipule l’article 16 de l’accord fondateur, qui affirme que le Conseil doit remettre Haïti sur la voie de la dignité, de la légitimité démocratique, de la stabilité et de la souveraineté.
Pourtant, un an après sa mise en place, le constat est accablant. La situation sécuritaire ne cesse de se détériorer, les réformes promises restent lettres mortes, et aucun calendrier électoral n’a été annoncé. Au lieu d’une transition vertueuse, la population assiste à une série de scandales à répétition impliquant le CPT et son gouvernement.
La multiplication des scandales, dont celui du Carnaval 2025 n’est que le plus récent, témoigne d’un système en décomposition, où la corruption semble institutionnalisée. Comment justifier l’absence totale de résultats concrets alors que des milliards de gourdes ont été mobilisés au nom du redressement national ? Le Conseil Présidentiel, loin d’être un outil de refondation, apparaît de plus en plus comme un espace de partage de privilèges, sans redevabilité ni transparence.
Affaire de la Banque Nationale de Crédit (BNC)
En juillet 2024, un scandale éclate lorsque Raoul Pascal Pierre-Louis, alors président du Conseil d’administration de la BNC, accuse trois membres du CPT Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire et Louis Gérald Gilles d’avoir exigé un pot-de-vin de 100 millions de gourdes en échange de son maintien à la tête de la banque. Faute de pouvoir fournir cette somme, Pierre-Louis aurait proposé et octroyé des cartes de crédit aux trois conseillers, chacune plafonnée à 20 000 dollars américains.
Détournement de fonds du Service d’Intelligence
Par ailleurs, des informations émergent sur l’utilisation abusive des fonds alloués au Service d’Intelligence de la Présidence. Plus de 30 millions de gourdes auraient été répartis entre les conseillers présidentiels, soit 4 millions chacun.
Programme Multisectoriel d’Urgence et rémunérations indues
Ce programme visait à aider des parents d’écoliers issus des écoles publiques. C'était une initiative du FMI et du Trésor public. 261 000 parents auraient dû bénéficier de ce programme, soit 20 000 gourdes par parent, mais malheureusement, ces fonds ont été détournés au profit des clientélistes liés au pouvoir. De plus, des rémunérations indues auraient été versées à des membres de l’entourage des conseillers présidentiels, sans justification claire ni prestation de services en retour.
La position du Sant Karl Lévêque
Face à ce contexte accablant, l’organisation de défense des droits humains Sant Karl Lévêque (SKL) dénonce fermement la dilapidation des fonds publics dans le cadre du Carnaval 2025. Le SKL estime que le gouvernement a totalement échoué dans sa mission et s’est transformé en une véritable machine à corruption. Pour l’organisation, l’État haïtien a abandonné ses fils et filles.
Le désengagement de l’État alimente la violence, détruit les repères collectifs et prépare le terrain à un chaos planifié. Des acteurs qui dénonçaient hier la corruption reproduisent aujourd’hui les mêmes pratiques avec un cynisme inquiétant.
Selon le SKL, chaque Haïtien doit reconnaître que cette corruption endémique est à la base de tous les maux du pays. Le Conseil Présidentiel ne cesse d’exiger des résultats, mais n’a rien commandé pour la Police Nationale d’Haïti ni pour les Forces Armées. Pendant ce temps, les conseillers et le reste du gouvernement vivent dans le luxe, alors que la population s’enfonce chaque jour davantage dans la misère.
Les fonds publics, censés répondre aux besoins collectifs, sont aujourd’hui mobilisés pour satisfaire les caprices de personnes qui ne travaillent même pas. Le Sant Karl Lévêque dénonce sans détour cette réalité insoutenable et appelle à une prise de conscience nationale face à l’effondrement programmé de l’État.
Sorah Schamma Joseph
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