« C’est un homicide ! C’est un meurtre ! », déclare le procureur, Jerry W. Blackwell
Près d'un an après le meurtre de l'Afro-Américain George Floyd lors d'une opération de police aux États-Unis, le procès contre l'ex-policier blanc Derek Chauvin a débuté le lundi 29 mars. La majorité des médias allemands parle du dossier enregistré au numéro 27-CR-20-12646. Revue de presse.
« Quelle peine peut calmer une Amérique troublée ? », se demande le « Tagesspiegel ». « Dix ans, 25, 40 ? Le policier accusé doit-il être explicitement reconnu coupable de racisme ? Est-ce trop peu si seul son usage excessif de la force est dénoncé ? » En tout cas, l’avenir est menaçant : « Les manifestants menacent déjà de protester si la sentence est trop clémente. Pour la communauté afro-américaine, le procès a pour but d'affirmer l'existence d'un racisme structurel aux États-Unis et d'une force de police qui représente plus une menace qu'une protection pour les Noirs - un objectif presque impossible à atteindre. L'issue de ce procès est également ouverte, comme elle devrait l'être dans un État de droit. Mais il est rare que l'inquiétude soit si palpable qu'au final, trop de gens seront déçus », observe encore le quotidien de Berlin.
Le « Darmstädter Echo » ajoute : « Rarement une mort individuelle et misérable n'a été aussi mondialement médiatisée, et le verdict aura donc également un effet mondial. » Le journal juge que ce procès sera comme « une pierre de touche » pour la présidence de Joe Biden. « Pourra-t-il créer un climat dans lequel un verdict extrêmement difficile, mais, espérons-le, équitable sera rendu ? Et sera-t-il alors accepté ? Des réponses à ces questions dépendent en grande partie du degré de paix que les sociétés occidentales peuvent continuer à faire avec elles-mêmes », déclare le « Darmstädter Echo ».
De son côté, le « Neue Osnabrücker Zeitung » écrit : « La mort de George Floyd a également suscité un débat sur le racisme dans ce pays. Et c'est une bonne chose. » Puis, à titre de comparaison, le journal jette un regard sur la réalité en Allemagne : « Les remarques stupides, la discrimination dans la vie quotidienne, la calomnie et la violence à l'encontre des personnes issues de l'immigration sont omniprésentes en Allemagne également. Même parmi ceux qui sont censés nous protéger - la police et la Bundeswehr (armée allemande) -, les idées d'extrême droite sont plus répandues que nous l’aurions imaginé. C'est pourquoi les crimes à connotation raciste doivent être sévèrement punis. » Mais attention quand même, prévient-il : « Cependant, les juges ne doivent pas se laisser guider par le climat social. Le seul but d'un procès pénal est de découvrir comment et pourquoi un crime a été commis et qui en est responsable. Si, au cours de ce processus, les déséquilibres du système sont découverts, c'est tant mieux. En attendant, nous sommes tous responsables du climat dans lequel le racisme prospère. »
Il y a « peu d'espoir » pour un verdict contre Chauvin, selon le« Frankfurter Allgemeine Zeitung ». Le quotidien de Francfort signale « qu’entre-temps de nombreuses personnes craignent que le procès de Derek Chauvin ne fasse reculer la ville dans ses efforts pour obtenir une plus grande justice et une réforme de la police ». D’autant plus que les policiers accusés de délits mineurs dans l'exercice de leurs fonctions sont souvent acquittés. « Si le meurtrier présumé de George Floyd sort libre du tribunal dans quelques semaines, il pourrait y avoir encore plus de violence - et une perte de confiance encore plus grande dans la police et les autorités », poursuit le journal, citant le « New York Times » qui a déclaré que « les gens n'ont pas beaucoup d'espoir qu'il soit condamné ». Le journal américain se réfère aux propos du révérend Brian Herron de l'église baptiste noire de Zion.
« Les attentes sont immenses »
Pour le quotidien « Süddeutsche Zeitung », « la violence policière meurtrière à l'encontre des Noirs fait brutalement partie de la vie quotidienne aux États-Unis. Mais la mort de George Floyd a secoué la nation ». Le quotidien du Sud de l’Allemagne prévoit que si le policier blanc s’en sort avec une peine clémente, il s’ensuivra « de nouvelles protestations, de nouvelles violences. Donc plus de souffrance encore ».
Le « Frankfurter Rundschau » reporte les propos fort émouvants du procureur spécial pour le Minnesota (Minneapolis), Jerry Blackwell : « Quand M. Floyd était en détresse, M. Chauvin n’a pas voulu l'aider, ne l'a pas aidé ». « Le procureur sait très bien que la vidéo est sa carte maîtresse », analyse le journal avant de reprendre les paroles de Blackwell aux jurés : « Les preuves montreront que, dès le début, il n'y avait aucune raison d'utiliser une force mortelle contre un homme qui ne pouvait pas se défendre, qui était menotté et qui n'offrait aucune résistance ». Et il a conclu en résumant : « Vous pouvez en croire vos yeux : c'était un meurtre ! »
Une bonne partie de l’article est consacrée aux propos des défenseurs de l’accusé et celui de la victime. Par exemple, Éric Nelson, l’avocat de Chauvin, a rejeté les arguments de l'accusation, insistant sur le fait que Chauvin ne faisait que son travail d'officier de police, « comme il a été formé pour le faire ». Selon Nelson, l'utilisation de la force contre Floyd était justifiée parce qu'il a résisté. En outre, il a fait valoir que la mort de Floyd n'était pas due à la violence, mais à son état de santé préexistant et à des résidus de drogue dans son sang. Faisant référence aux problèmes cardiaques de Floyd, Nelson a déclaré qu'il était mort à la suite d'une « arythmie cardiaque » causée par une pression artérielle élevée et par « l'ingestion de drogues », notamment du fentanyl, de la méthamphétamine et de l'adrénaline relevés dans le corps de Floyd. Auparavant, l'avocat principal de la défense de Chauvin avait cité dans sa déclaration liminaire que l'autopsie de George Floyd n'aurait montré « aucun signe clair d'asphyxie ». Il n'y avait « aucune preuve que le flux d'air de M. Floyd avait été restreint ».
« Les attentes sont immenses, car il est également question de racisme et de violence policière », souligne le quotidien de Francfort. Même le président américain Biden suit le procès « de très près », selon des informations reçues de Jen Psaki, attachée de presse de la Maison-Blanche. La mort de Floyd « a ouvert une blessure pour le public américain et a mis en lumière pour de nombreuses personnes dans ce pays exactement le type d'injustice et d'inégalité raciales que de nombreuses communautés subissent chaque jour. »
« Frankfurter Allgemeine Zeitung » constate combien les attentes concernant le procès sont « immenses » tout en rappelant que le sort de Floyd avait entraîné des mois de manifestations de masse contre la violence policière et le racisme aux États-Unis, en pleine pandémie de Corona. « Les protestations ont secoué le pays à une échelle historique, se souvient le journal. Dans d'autres pays du monde, dont l'Allemagne, des personnes sont également descendues dans la rue pour dénoncer le racisme ». Pas étonnant dès lors que « de nombreuses personnes aux États-Unis espèrent un verdict qui enverra un message contre le racisme et la violence policière ».
George Floyd (46 ans) était mort lors d'une arrestation brutale à Minneapolis le 25 mai 2020. Des vidéos ont montré comment les policiers l’avaient jeté au sol alors qu’il n'était pas même pas armé et comment l’un des policiers, Derek Chauvin, avait appuyé son genou sur son cou pendant huit bonnes minutes, tandis que celui-ci suppliait de le laisser respirer. Selon l’autopsie, l’homme a perdu connaissance et est mort. Les officiers avaient arrêté Floyd parce qu'il était soupçonné d'avoir payé des cigarettes avec un faux billet de 20 $. Quant aux trois autres ex-policiers impliqués dans l'opération policière, ils seront jugés dans un procès séparé qui débutera le 23 août. Accusés de complicité, ils risquent également de longues peines de prison.
Huguette Hérard
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