Le dossier haïtien ignoré par Washington?
À la conférence annuelle de Washington sur le continent américain, le dossier d’Haïti n’a pas réellement été au menu des discussions. Ce n’est que grâce à l’intervention de l’un des membres du Congrès américain, Gregory Meeks, qu’au final le dossier d’Haïti a été mentionné dans le rapport de la réunion. Et-ce une façon pour les États-Unis de signifier leur distance vis-à-vis du cas d’Haïti, à un moment où les Haïtiens ne font qu’attendre une solution venant de l’extérieur ?
En Haïti, tout le monde a la certitude que l’intervention des puissances étrangères ne va pas relever l’économie haïtienne, créer des emplois ou d’améliorer les conditions d’existence des Haïtiens, mais cela n’empêche que tout le monde mise sur une solution étrangère même pour aider le pays à sortir du cycle infernal de l’insécurité généralisée. Ce mardi, les dirigeants de Washington, notamment la vice-présidente Kamala Harris et le secrétaire d’État, Anthony Blinken, se sont virtuellement réunis pour parler de l’avenir de l’Amérique et des politiques à adopter par les États-Unis au niveau de la région. Par volonté ou peut-être par oubli, le dossier d’Haïti n’a pas été sur la table. Or, le cas d’Haïti est considéré comme l’un des plus préoccupants de la région.
En Haïti, la crise sécuritaire s’aggrave. Pour le mois d’avril, plus de 90 cas de kidnapping ont été enregistrés, selon les données du Centre d’analyse et de recherche en droits humains (CARDH). Pas un jour sans un cas d’homicide. Le pays est gangrené par la pauvreté et la corruption. Selon les Nations unies, plus d’une personne sur trois a besoin d’une aide alimentaire urgente. C’est la nation la plus pauvre et la plus corrompue du continent américain, d’après les informations du Fonds monétaire international (FMI) et Transparency International. Des élections législatives et municipales n’ont pas eu lieu sous le règne de Jovenel Moise. En plus de cela, le flou persiste au sujet de la fin de son mandat. Mais ces réalités semblent être insuffisantes pour que le dossier d’Haïti intéresse Washington.
Au cours de cette réunion, Anthony Blinken, le secrétaire d’État américain, a uniquement souligné la position des États-Unis sur la réalité d’Haïti. Une position déjà connue de tous les Haïtiens. Le rappel pour la tenue des élections avant la fin de l’année 2021. Mais le président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis a persisté pour une approche plus fournie autour du dossier d’Haïti. Ainsi, le renouvellement du Statut de protection temporaire pour les immigrants haïtiens a été mis sur la table. D’après les discussions, la réalité d’Haïti dans les prochains jours déterminera la nécessité ou non du renouvellement de ce statut accordé de façon temporaire aux Haïtiens qui cherchent à avoir un statut légal aux États-Unis.
Ce silence sur le cas d’Haïti, alors que les citoyens vivent la peur au ventre à cause de l’insécurité grandissante, en dit long sur ce que représente Haïti réellement aux yeux des Américains. Depuis l’administration de Donald Trump, le cas d’Haïti importe peu pour les États-Unis en raison de la facilité avec laquelle les dirigeants américains obtiennent le support d’Haïti sur des questions diplomatiques, sans grande contre partie. Contrairement à certaines administrations qui représentent un danger pour les intérêts américains au niveau de la région, comme c’est le cas avec Caracas, l’administration américaine ne considère peut-être pas qu’il y ait lieu de s’attarder sur le cas d’Haïti puisque Port-au-Prince est déjà un allié. Mais le représentant du 5e district de New York, Gregory Weldon Meeks, compte lutter pour le renouvellement du TPS. Et tout renouvellement de ce statut signifie automatiquement que la situation en Haïti n’a pas changé depuis 2010, et qu’il y a lieu d’accorder une plus grande importance à la détérioration des conditions de vie dans ce pays de la région.
Evens REGIS
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